Les vœux

« Je te souhaite une bonne année »

Pourquoi un simple souhait ? Maurice pourrait faire plus. Il pourrait entrer en prières pour que je passe une bonne année. Et puis qu’est-ce qu’une « bonne année » ? Quand j’ai rencontré Ginette, c’était une « bonne année ». C’est après que ça s’est gâté. Finalement, Maurice pourrait me souhaiter une bonne décennie, ce serait plus généreux et plus efficace. Une décennie « glissante », comme ça je serai couvert pour un bon moment.

« L’important c’est la santé, hein ? »

C’est sûr. Maurice a un certain talent pour les remarques pertinentes. Je n’aime pas trop être malade. Mais je voudrais éviter d’être malade au point de finir toutes mes phrases par « hein » comme Maurice. C’est assez inélégant.

« Qu’est-ce que je peux te souhaiter de plus, hein ? »

Je n’en sais rien. C’est à lui de me le dire s’il m’aime bien. Il est marrant, Maurice. Il te présente se vœux, mais il faudrait lui faire le texte. Si tout le monde en faisait autant, on ne serait pas près de se souhaiter la « bonne année » correctement. Et puis, finalement ce rite est-il bien nécessaire ? Cette année se passera comme elle se passera. Ce sont les évènements qui décident. Ce n’est pas Maurice. Moi peut-être, un peu.

« Espérons que l’année qui vient sera meilleure que la précédente, hein !. »

Je n’en sais rien non plus. Moi, j’évite d’espérer quoique ce soit pour ne pas être déçu. Pour bien comparer les années, il faudrait faire un bilan complet. Après tout, l’année qui s’est écoulé n’était pas mauvaise. Je me suis bien marré à son mariage. Lui, un peu moins. Je ne pense pas rigoler autant dans les douze prochains mois. Ce n’est pas forcément mon but. Peut-être que l’on peut éprouver du plaisir à réfléchir sérieusement.

« Et ce réveillon, c’était bien ? »

De pire en pire. J’ai mangé des huitres, j’ai été malade comme chaque année. A minuit, j’ai essayez de crier ma joie, en comptant à l’envers. Je me suis précipité au volant de ma voiture pour klaxonner et puis j’ai été me coucher.

« Tu pars au ski avec Jeannine, en février ? »

Non, pas plus que les années précédentes. D’abord cette année, elle s’appelle Louise. Ensuite, je n’aime pas le ski. Il fait froid. Les réservations sont chères. On met trois jours pour arriver sur des pentes enneigées. Autant pour revenir à cause des bouchons sur l’autoroute, quand on ne passe pas la nuit dans un centre d’hébergement ! Il faut se lever tôt pour être sur les pistes de bonne heure. Et puis à la fin, on se casse la figure. En riant, si possible.

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