Archive pour le 26 février, 2012

Boulot-dodo

26 février, 2012

«Vous avez vu ce pauvre Blanchin ?  Cette oisiveté doit commencer à lui peser. Je ne comprends pas les gens qui ne font rien de leurs journées. »

« Ah, parce que vous vous êtes un homme actif ? »

« Moi, Madame je travaille. Et le soir, je suis fatigué. Vous ne vous rendez pas compte de ma charge mentale. Je dois me reposer  de temps à autre. Je ne suis pas une machine ! »

« Un petit ciné de temps en temps, ça vous détendrait. Il n’y a pas que le boulot dans la vie. Il faut savoir se divertir et se remettre en cause. » »

« Oui, mais moi, je ne peux pas me permettre de relâchement. Allez dire ça à Blanchin. Je suis extrêmement important dans mon entreprise. Avec les responsabilités que j’ai, je ne vois pas bien comment je pourrais aller au cinéma ! »

« Vous n’êtes pas très amusant. »

« Vous n’avez qu’à me parler de mon job. J’en connais un rayon. Je me tape quand même quatre-vingt-dix heures de travail par semaine. »

« Oui, mais moi, je préfère parler littérature, voyage… Vous voyez … D’aventures humaines, quoi ! Vous partez bien un peu pendant vos vacances ? »

« Mes…  quoi ? Si vous croyez que j’ai le temps de partir en congés ! Peut-être un jour ou deux pour aller voir belle-maman. Mais je ne peux pas rester longtemps d’abord parce que elle me rase ensuite parce que aucun réseau ne passe dans son coin perdu ! »

« Bon, alors, vous lisez ? Quelle est votre dernière lecture ? »

« Euh… Peut-être les Trois Mousquetaires, le jour de mes treize ans. »

« On progresse, on progresse. C’est intéressant les Trois Mousquetaire. Mais dans le genre un peu plus moderne, vous n’avez rien ? »

« Puisque je vous dis que je n’ai pas le temps ! Regardez donc mon agenda, je suis pris jusqu’à la Toussaint. D’ailleurs, je me demande pourquoi je parle avec vous, j’ai déjà perdu dix minutes. J’enchaîne réunions sur réunions. Je déjeune sur le pouce. Ce soir, je serai obligé de partir à 22 heures ! »

« Je vois ! Mais vous pourriez au moins suivre le foot à la télé. Ce n’est pas compliqué, vous vous avachissez sur votre fauteuil avec une canette de bière et ça se passe tout seul. Intellectuellement, c’est nul, mais ça vous sortirait de votre quotidien. »

« Alors si je comprends bien, selon vous, je suis un être complètement inculte, juste bon à se démener comme un imbécile sur son canapé ? »

« Euh… bin… oui ! oui ! »