Archive pour le 12 février, 2012

Bonjour!

12 février, 2012

« Vous pourriez être poli ! »

« Non ! »

« Comment ça, non ? »

« Justement, je ne peux pas. Il y a quelque chose de convenu dans la politesse qui ne me convient pas. Quand vous me dites bonjour, je ne vous sens pas vraiment concerné par la journée que je vais passer ; ça ne me rassure pas. »

« Certes, je me fiche un peu de votre journée, mais c’est une convention, un rite social. Vous comprenez ? Quand nous nous saluons, nous entrons en considération réciproque. »

« Ah, d’accord… C’est un acte de communication… Oui, mais après, il faut qu’on ait quelque chose à se dire. Sinon, c’est comme déboucher une bouteille de bon vin, sans la boire. »

« Judicieuse comparaison ! Mais enfin si vous n’avez rien à me dire, ce n’est pas la peine de venir me voir ! »

« Vous avez raison. Je vais vous éviter désormais. Ce serait mieux. »

« Euh… Oui, mais enfin, si on tombe l’un sur l’autre, par hasard ? Au détour d’un couloir, par exemple. Vous serez bien obligé de me dire bonjour. En plus, vous aurez sûrement l’air gêné et je verrai tout de suite que vous cherchez à m’éviter. Vous voyez un peu où ça nous mène toutes vos conn… »

« Bon, d’accord. Vous avez raison. Le mieux ce serait que vous ayez toujours quelque chose à me dire. Je ne sais pas moi !…  Parlez-moi du match d’hier soir ! C’est un exemple, évidemment ! »

« Oui, mais imaginez qu’il n’y ait pas eu de match, la veille du jour où je tombe nez à nez avec vous ? Ça se complique ! »

« Bon, écoutez ! On va faire plus simple ! Pour éviter de se rencontrer, on pourrait s’envoyer nos trajets respectifs, chaque matin par Internet. En quelque sorte, nous échangerions nos plans de vol pour la journée. Je vous prends un exemple : si j’atterris à midi trente à la cantine, vous auriez la piste libre pour treize heures trente ! »

« Ce n’est pas possible : j’ai faim plus tôt ! »

« Vous êtes embêtant ! Tout ça pour éviter de me dire bonjour dans un couloir. Vous ne faites pas autant d’histoires pour baratiner l’hôtesse d’accueil ! … »

« Peut-être, mais elle, j’ai toujours quelque chose à lui raconter, si vous voyez ce que je veux dire ! Mais revenons à nos moutons : si je ne vous dis pas bonjour, qu’est-ce que je risque ? »

« Mon manque de considération ! »

« Ah ! C’est ennuyeux ça ! J’aime bien que l’on me considère un petit peu… Bon, écoutez, on ne va pas se fâcher ! Je vais peut-être arrêter de dire bonjour à Dumoulin qui ne le mérite pas vraiment. Je vais vous dire bonjour. Et en échange, vous savez quoi ? Vous me répondez : comment ça va ? »