Archive pour le 5 février, 2012

Des mots, encore des mots…

5 février, 2012

« Aujourd’hui, il y a des phrases à prononcer. »

« C’est obligatoire ? »

« Bin… oui. Je vous donne un exemple : nous entrons dans un monde nouveau, il faut abandonner les anciens paradigmes. »

« J’ai déjà dit ça, il y a vingt ans. Il faut le redire ? Et puis, je ne sais pas bien ce que c’est qu’un paradigme. »

« Bon… alors dites qu’il faut changer nos habitudes de consommation. Si vous le sentez bien, ajoutez que l’homme doit ménager la nature. Il en va de la survie de la planète. »

« Bon, ok. Qu’est-ce qu’il faut dire encore ? »

« Soyez un peu astucieux. Parlez de ce monde de violence. Dites que vous ne vous sentez plus en sécurité comme dans le temps. Ou alors, au contraire, ne regrettez rien du passé, affirmez que vous êtes un homme d’avenir. »

« Pourtant avant c’était mieux. Il y avait de la place pour se garer en ville. Le facteur passait deux fois par jour. On se saluait dans la rue entre voisins. »

« Oui, mais ça, c’était avant. Depuis on a beaucoup progressé.  Par exemple, vous avez tourné une demi-heure pour trouver une place de parking avant de venir chez moi. Vous avez pesté. Et ça nous a donné un sujet de conversation intéressant. Pendant que j’y pense, vous pourriez dire aussi un peu partout que les programmes de télé sont débiles. »

« J’en sais rien, je ne les ai pas regardés. »

« Personne ne les regarde. Tout le monde s’en fout. J’ai aussi un très beau couplet à vous proposer : dites que les jeunes d’aujourd’hui perdent leurs repères et que ce n’est pas de leur faute parce que c’est plutôt de la responsabilité des parents dont l’autorité part en quenouille. »

« Moi, mes gamins sont très sympas. Je ne peux pas dire ça ! »

«Vous voyez ! Vous faites encore l’original ! Ça ne va pas du tout !  Bon. Alors on va faire plus simple : parlez du temps. Le mois de juin a été beaucoup plus pluvieux que l’an dernier. »

« C’est que météorologiquement  parlant, ce n’est pas tout à fait vrai. »

«  On s’en fout, personne ne se souvient du mois de juin de l’an dernier. Vous aurez l’air d’être informé de quelque chose ! Et puis, débrouillez vous pour avoir un cousin qui travaille dans les services de la Météo Nationale et qui vous aura dit que le niveau des nappes phréatiques est très inquiétant. Vous pourrez angoisser tout le monde avec ce genre d’informations. Plus vous êtes catastrophistes, plus vous serez sollicité et intéressant. Les gens aiment bien ça. »