Archive pour janvier, 2012

Un joyeux fêtard

21 janvier, 2012

Le savant met une bombe au point pendant la semaine.

Rien ne le distrait de son travail.

Mais le dimanche, il se rend à la foire.

Dans sa Fiesta.

Qu’on lui a offert pour son anniversaire.

Le soir, il fait la fête.

Bientôt il se mariera et devra aller à ses noces.

Tout le monde s’apprête aux réjouissances.

On dansera la java.

Un peureux

20 janvier, 2012

Il dut s’arrêter car son pneu s’était dégonflé.

L’administration avait bien balisé la route.

Le vent lui fouettait le visage.

Il avait froid dans le dos.

Il se passa la main dans les cheveux et se rappela qu’ils étaient dressés sur sa tête puisqu’il était peigné en brosse.

Il avait mal au foie. On aurait dit qu’il avait plusieurs foies.

Heureusement il avait des jetons pour téléphoner dans le bistrot.

Puis, il fit une partie de flipper.

Et joua au tric-trac en attendant le garagiste.

Une vocation

19 janvier, 2012

De drôles de pensées s’entremêlent dans l’esprit de Mathilde. Comment en est-elle arrivée là : fille-boucher chez Monsieur Borgnol ? Et puis d’ailleurs pourquoi peut-on parler de garçons-bouchers et non pas de filles-bouchers ? Discrimination, discrimination ! Il va falloir que ça change !

En rangeant les outils de la boutique, elle se revoit toute petite, accompagnant sa mère dans le magasin de Monsieur Moussicot, le prédécesseur de Monsieur Borgnol. Cette odeur particulière de chair fraîche qui saisissait les narines dès l’entrée. Le tablier blanc maculé de sang qui ceignait l’immense panse du patron. Son béret noir qu’il portait penché sur l’oreille, celle-là même derrière laquelle il posait le crayon à papier dont il s’emparait pour rédiger les notes des clientes. Et puis cette façon bourrue et joviale d’appeler toutes ses habituées « ma petite dame ! ».

Mathilde avait ressenti très tôt une attirance pour les gestes de Monsieur Moussicot. Particulièrement lorsque son grand couteau s’enfonçait doucement dans un large quartier de bœuf pour découper une tranche de viande rougeaude, belle, juteuse, large comme la main et appétissante comme un fruit mûr. La petite fille en frissonnait d’aise.

Elle aimait aussi voir ses avant-bras puissants lever la hache qui découpait les côtelettes d’agneau ou de porc que sa mère commandait le samedi ou les jours de fêtes. Lorsque l’outil retombait d’un coup sec sur l’établi, on pouvait être sûr que la découpe était toujours parfaite. Monsieur Moussicot ne manquait jamais son but.

Chaque fois que le béret du boucher se relevait et se tournait vers ses clientes, Mathilde avait l’impression que l’artisan était fier de son œuvre et qu’il quémandait l’appréciation de l’assistance. Un jour, elle ne put résister et l’applaudit à tout rompre. Monsieur Moussicot avait salué, souri et donné un bonbon en échange de son appui. Il avait dit qu’elle ferait une bonne bouchère.

Beaucoup plus tard, il avait vendu sa boutique à Monsieur Borgnol qui vint s’installer avec son épouse, Madame Borgnol dont la vaste poitrine trônait au-dessus de la caisse. L’allure de Monsieur Borgnol était plus élancée que celle de son prédécesseur. Il arborait une longue moustache brune qui encadrait, à la commissure des lèvres, une bouche lippue qu’il déformait en cul de poule lorsqu’il s’acharnait sur un quartier de viande particulièrement difficile à dépecer. Son élégance et sa courtoisie plaisaient beaucoup aux dames. Parfois, lorsque Madame Borgnol avait le dos tourné, il risquait un petit compliment à l’une de ses clientes. On se disait dans le quartier que Monsieur Borgnol était un homme délicat en dépit de la rudesse de son métier.

(suite…)

Partir, partir

18 janvier, 2012

Maurice démissionna.

Le jour de l’éclipse du soleil.

Il avait envie d’ôter son bleu de travail.

Et deb se retirer à la campagne.

Il en avait assez de regarder le temps s’enfuir.

Et voulait se réfugier sur sa terre.

Maurice se détachait des choses matérielles.

En prenant un air dégagé.

Seul son chien ne l’abandonnait pas.

Invitation

17 janvier, 2012

« Je vous invite à vous taire ! »

« Vous m’invitez… C’est sympa ! »

« Oui, mais c’est à vous taire ! Je ne vous invite pas à diner, il ne faut pas confondre. »

« Vous ne m’invitez jamais chez vous. Comment ça se fait ? C’est assez dérangeant. Vous voyez bien que je suis perturbé. Nous pourrions passer la soirée à boire et à manger. Nous ririons beaucoup. Je suis très drôle. Et puis, après le diner, je m’effondrerai dans votre canapé. J’espère qu’il est moelleux. Verre à la main nous continuerions à délirer sur les femmes, la vie, la mort. Vers minuit, vous auriez l’idée de sortir une bouteille de champagne de votre frigo. Bien sûr, nous n’aurions aucune envie de dormir.

Peut-être même pourrions nous sortir pour profiter d’une belle nuit d’été. Sur le trottoir, devant chez vous, nous entonnerions à tue-tête « Nuit de Chine ». Vos voisins hurleraient leur mécontentement aux fenêtres, et pour les narguer, nous enchainerions de plus belle avec « Au clair de la lune », tout en nous marrant comme jamais.

Comment ça ? Ça ne vous convient pas ? Vous n’êtes pas très amusant ! Vous n’avez pas de canapé ? Ni de  champagne au frigo ? Comment voulez-vous que je fréquente votre compagnie dans ces conditions ?

Bon… je vous vois en plein désarroi. On va faire autrement : vous m’invitez au restaurant. Au chinois, ce n’est pas trop cher et puis ça nous dépayserait. On mangerait des choses exotiques avec des baguettes. Vous auriez du mal à manger parce que vous êtes d’une grande maladresse. Je vous montrerais comment faire. Ça nous ferait hurler de rire.

Vers minuit alors que les serveurs commenceraient à s’impatienter, nous commanderions une coupe de champagne puis nous la viderions en nous tordant d’hilarité. Puis nous jetterions notre verre par-dessus notre épaule comme les slaves. Les serveurs ébahis ne les rattraperaient pas au vol, ce qui entrainerait un redoublement de notre jubilation. »

« Je vous invite à vous taire. »

Manque de liquide

16 janvier, 2012

Dans ce pays aride,

Aux sources d’eau taries,       

Il ne fait pas bon tomber en panne d’essence.

Sinon les solutions sont vite épuisées ainsi que le conducteur.

Il est utile d’emporter une bouteille de vin blanc sec.

Un bout de pain même rassis

Et des fruits séchés.

Surtout si on n’a pas un sou.

Dans ce cas, on ne se fera pas dépouiller, c’est toujours ça de gagner.

 

Promesses

15 janvier, 2012

« La partie n’est pas jouée. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. D’autant plus que l’ours court plus vite qu’on ne le croit. Moi, j’attends toujours d’avoir fait quelque chose avant de dire que je vais le faire ! »

« Ce n’est pas très ambitieux ! »

« Peut-être, mais ça m’évite de passer pour un hâbleur comme vous. Vous deviez aller faire un trekking au Népal et ça s’est terminé par des vacances à Saint-Raphaël. Comme chaque année. »

« J’ai oublié de me faire vacciner pour pouvoir partir dans ces contrées lointaines ! »

« Et puis, vous deviez casser la figure à Duchemin, s’il touchait à vos dossiers pendant vos congés ? Et alors ? Il a touché, Duchemin ! »

« Ah bon ? Il faut que nous en débattions. Je vais organiser plutôt un dialogue constructif sur la répartition du travail pendant les absences des uns et des autres. »

« Bon, moi je n’ai pas l’intention de casser la figure à qui que ce soit. Si Duchemin veut mes dossiers, je les lui refile sans problème ! Moi, je suis un homme modeste. Pas du genre à fanfaronner. Si vous voyez ce que je veux dire ! Je tiens mes promesses. Donc je n’en fais pas beaucoup. Par exemple, je n’irai pas vous promettre de vous inviter à dîner, sachant que je n’en ai aucune envie. Vous, par contre, vous m’aviez promis une invitation et je n’ai rien vu venir. C’est pour quand ? »

« Là, ma cuisine est en travaux, mais dès que c’est terminé, on fête ça ! Promis-juré ! »

« Et pour ce qui est de la visite de votre cave, vous aviez promis aussi ? »

« J’avais dit ça, moi ? Il doit y avoir un malentendu, je suis de plain-pied, je ne peux pas avoir une cave ! »

« Donc, j’aurais mal compris sans nul doute. Ce n’est pas comme la fois où vous m’aviez promis de me faire goûter les fraises du jardin de votre grand-mère ! »

« Oui, mais maintenant elle a changé. Elle cultive le cardon ! »

« J’ai horreur du cardon ! »

« Ah ! Vous voyez ! Finalement, je vous rends service ! »

Histoire de territoires

15 janvier, 2012

Dans tous les pays,

Et dans tous les domaines,

Chacun croit détenir une parcelle de vérité.

Il s’en suit que tout le monde défend son pré carré.

Et qu’on ne pourra bientôt plus trouver de terrain d’entente.

On cherche d’abord à clouer son interlocuteur au sol.

Même dans les jardins d’enfants.

Ce qui fait que le monde sera bientôt un champ de ruines.

Restons les pieds sur terre !

C’est le bouquet !

13 janvier, 2012

Je vais vous faire une fleur.

Je vous raconte le temps où j’allais effeuiller la marguerite

Avec Rose.

Pour laquelle j’ai une pensée.

Elle sentait la violette.

Au milieu des champs de coquelicots, je lui apprenais à lire

Je lui disais « Lis !là ! »

Puis nous nous regardions dans l’iris de l’œil.

Il n’y avait pas de cactus entre nous.

Je n’en dirais pas plus : il ne faut pas pousser mémé dans les orties !

Conseils déconseillés

12 janvier, 2012

Il n’y a pas que l’argent qui compte dans la vie. Il faut savoir se détacher des choses matérielles.  Sinon, on vous tiendra toujours par là. Certes, je vous ai emprunté mille euros, mais ce n’est pas une raison pour pleurnicher ! Un peu de tenue, je vous prie ! Vous n’avez rien de mieux à faire ?

Vous pourriez être bénévole dans une association, par exemple ! Moi, je n’ai pas beaucoup de temps à y consacrer compte tenu de toutes mes activités. Je ne peux tout de même pas rater ma partie de golf !

Il faut absolument que vous les jeunes vous vous investissiez dans la vie associative. Vous verrez ! Vous en sortirez grandi ! C’st ce que me dit mon ami Dupont-Bougnard. Nous parlons souvent du peuple ensemble. Les temps ont changé, nous ne pouvons plus l’ignorer le peuple. Nous sommes tous dans le même train ! Nous n’occupons pas les mêmes places : vous alimentez la chaudière et nous nous pavanons en première classe. Mais nous allons au même endroit.

Tiens ! Je vais vous donner un conseil : soyez exigeants avec vous-même ! Vous voyez ! J’ai de la considération pour vous, sinon je ne pourrais pas vous donner un tel avis !

Il faut savoir se donner des objectifs élevés, ressentir le besoin de se dépasser. C’est ça qui permet de se réaliser. Accordez donc moins d’importance à votre salaire, surtout quand il n’augmente pas. Vous verrez ! Vous vous sentirez beaucoup mieux !

Il faut comprendre que l’économie a besoin de profits élevés pour marcher à grands pas! C’est au sein d’une économie qui fonctionne bien que vous pourrez le mieux développer vos potentialités ! N’hésitez pas à mettre du charbon dans la chaudière !

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