Robert

C‘est vrai que je ne suis pas mal. Mes jambes surtout. Je me demande de qui je tiens ces jambes. Ce galbe du mollet ! Je serais un homme, je serais sidéré par le fuselage de mes cuisses.

« T’as changé la caisse du chat ? »

Robert a toujours la bonne question. Au bon moment.

En minijupe, je suis torride. Ces messieurs me regardent d’abord par le bas. Lorsqu’ils aperçoivent la régularité de mon corps et de mes traits, c’est l’hallali. La douceur de mes yeux, l’ovale de mon visage les rendent fous.

C’est même assez gênant. Dans la rue, j’en suis venu à porter un foulard. Des lunettes noires et des habits qui masquent ma perfection. C’est mieux pour moi et pour eux.

« Je mangerais bien un petit gratin, ce soir. Tu t’en occupes ? Pense à mettre du fromage. Pas comme la dernière fois. Ça faisait l’eau ! »

Robert a faim.

Malgré mon succès, j’ai un maintien modeste. Devant les hommes, je baisse les yeux. Je n’ai pas d’attitude aguichante.

« T’as pensé à payer les factures ? »

Oui, Robert, j’ai pensé à tout.

Je me rends compte que pour les hommes, ma vue doit être infernale à supporter. La fermeté et la souplesse de mon corps doit les effrayer. Sans parler du grain soyeux de ma peau dorée !

Si encore, je n’étais qu’un bel objet ! Mais je suis très cultivée.

« Tu crois que les voisins du 5ème sont partis en vacances ? »

Aucune idée, Robert.

J’ai de la conversation. Je lis. Je vais au ciné.

« T’as pensé à acheter le pain. »

Oui, Robert, il y a du pain pour le souper.

Bref, j’en assez d’être reluquée par les hommes. J’ai hâte de rentrer tous les soirs. Avec Robert, il n’y a aucun risque d’être importunée par son admiration excessive.

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