Archive pour décembre, 2011

Attente

10 décembre, 2011

J’habite à la lisière du bois.

Chaque matin un oiseau se pose sur le rebord de ma fenêtre.            

 Je maquille le contour de mes yeux.

 Je m’assieds sur la margelle du puits.

 Puis je jette un regard périphérique.

 Au loin, je distingue la rive du fleuve.

 L’église se dresse à l’orée du village.

 Une voiture s’arrête sur le bord du chemin.

 Ce n’est pas lui, c’est le voisin d’à coté.

 

 

Un homme pointu

9 décembre, 2011

Le navigateur a doublé le cap.

Au loin, il aperçoit des sommes enneigés.

Il est poursuivi par des oiseaux qui lui donnent des coups de becs

Il leur répond par des mots d’esprit. Les volatiles ont peur de ses saillies.

Son trimaran est à la pointe du progrès.

On pourrait même dire que c’est une véritable avancée  technologique.

L’homme est au pic de sa forme.

Il pointe en première place.

Il sera sur la plus haute marche du podium.

La géométrie d’Anatole

8 décembre, 2011

Il y a la géométrie d’Euclide et il y a la géométrie d’Anatole.
C’est pareil.

Par exemple, il n’a pas grossi malgré ses trois séances de gym par
semaine. C’est comme ça. C’est toi qui le regarde mal.

Ou alors, son poste est important. C’est obligatoire de voir les
choses comme ça. C’est quasiment légal.

Quant à sa bagnole, elle est 
plus puissante et plus économe que la tienne. On ne sait pas qu’elle est
la marque de ta voiture, mais ça n’a pas d’importance, c’est forcément Anatole
qui a la plus belle voiture. C’est un postulat qui n’a pas à être démontré.

Deux droites parallèles ne se coupent jamais. Anatole non plus. Il
ne se trompe jamais. Si l’on admet à la rigueur que les deux parallèles se
coupent à l’infini, lui, Anatole, se trompe dans un nombre de cas infinitésimal.

Dans un triangle rectangle, la somme des carrés des cotés est égal
au carré de l’hypoténuse. Dans le cas d’Anatole, l’addition de ses facultés
élevées au carré, ajoutée au brio de son imagination atteint la perfection
multipliée par elle-même.

A coté de lui, je suis tout juste un petit triangle isocèle avec
mes petits cotés bien comme il faut, mon aspect un peu obtus et mon égalité
d’humeur.

Son périmètre d’intervention et son rayon d’action impressionnent
par leur ampleur. Il ne se contente pas de son secteur d’activité dans sa
profession. Il a de remarquables facilités d’adaptation et sait se retourner à
180 degrés.

De plus, il a de la culture. Il utilise souvent des paraboles de la
Bible pour s’exprimer. En plus, il est beau. L’ovoïde parfait de son visage et
la rectitude ne son nez le propulsent en ligne droite vers les plus hautes
destinées cinématographiques.

C’est un homme carré alors que les autres s’échinent dans des
attitudes sinusoïdales parfaitement incompréhensibles. Mais il sait aussi être
souple et adopter des attitudes à géométrie variable.

C’est aussi un grand sportif. Son jeu en triangle est connu sur
tous les terrains de foot. Son salon est un point de rencontre entre les plus
grands. Il ne prend jamais la tangente devant l’adversité et ne cache jamais
ses coordonnées. Si on le cherche, on le trouve. Entre son bureau et son logis,
il passe une droite et une seule dont il ne s’écarte jamais.

Sa femme est parfois un peu primitive. Lui est constamment positif,
sur une pente croissante. Il lit son journal en diagonale, mais sait en résumer
les nouvelles essentielles.

Tout le reste lui est équilatéral.

Un homme à l’aise

5 décembre, 2011

Maurice a une famille nombreuse. Il a été fécond.

C’est un auteur prolifique.

A l’esprit inventif et imaginatif.

Il dispose de terres immenses et très fertiles que ses
fermiers cultivent.

Ainsi que de vergers fructueux.

Il est très riche.

Sa cassette semble inépuisable.

Il sait être très généreux avec les pauvres.

Et magnanime avec les malfrats.

Maurice dépense sans compter pour couvrir les siens de
cadeaux.

Il est intarissable sur sa famille

A laquelle il prodigue de nombreux conseils.

Des phrases…

4 décembre, 2011

La situation est grave. Elle exagère toujours un peu la situation. Il faut
toujours qu’elle pique sa crise pour se faire remarquer.

C’est comme les circonstances, elles se croient toujours exceptionnelles. Elles ont
un autre défaut, les circonstances : il faut toujours qu’elles organisant
des concours. On nous parle à tout bout de champ des concours de circonstances.
Mais à son actif, il faut reconnaître qu’elles sont souvent
compréhensives : les circonstances savent être atténuantes.

D’autres entités sont encore plus sérieuses, comme le cas. Le cas a fait de longues
études. Les chercheurs les plus pointus parlent sans cesse du cas d’école puis
observent avec admiration les études de cas.

Nous vous conseillons d’éviter le détail qui est toujours si troublant et qui peut
cacher le Diable lui-même. Par contre l’état est poli, on peut même dire que
l’état est civil. On le rencontre un peu partout, il appartient à tous les
endroits : c’est l’état des lieux.

Onaimera aussi le caractère précautionneux de la conjoncture. Ce n’est pas le
genre dépensier ou à courir les soldes : la conjoncture est économique.

Deson coté, l’emplacement ne parle pas beaucoup. Il est toujours aussi réservé.

Tout le monde est jaloux de la position. Elle est toujours très enviée parce que très
élevée. Elle est parfois un peu prétentieuse. Ne voit-on pas souvent s’afficher
la position ?

Les lieux, eux, ne s’en font pas trop. Ils en prennent à leur aise. On peut même
parler de lieux d’aisance. Cependant, l’un d’entre eux est plus bavard que les
autres : c’est le lieu-dit.

Il vaut mieux fréquenter les lieux que les affaires qui sont, bien souvent louches
ou alors trop sérieuses. Evitons également de tomber dans l’ennui qui est
souvent très profond. Ne rencontrons pas le mépris qui est glacial. Pas plus
que l’ironie qui est mal huilée et toujours grinçante.

Vous pourrez plus facilement croiser la question, qu’on dit de confiance. Ou alors
le centre qui est passionnant. Le centre est d’intérêt. N’oublions pas d’avoir
de l’estime et de l’attention pour la marque qui le vaut bien.

Restez vigilant si vous voulez parler à l’indisposition qui est toujours passagère ou
aux apparences qui sont trompeuses !

De grâce, évitons le coup !

C’est viscéral

3 décembre, 2011

Le film de ce soir est palpitant.

C’est une histoire qui retourne les sangs.

Et qui donne les foies,

Sans parler de la chair de poule.

Le héros a du cœur.

Et  de l’estomac.

Il plonge dans les entrailles de la Terre.

Il a des femmes tout le tour du ventre, bien entendu.

A la fin, il mange des tripes à la mode de Caen, comme si rien n’était.

Il ne se prend pas pour le nombril du monde, lui au moins.

Boum !

3 décembre, 2011

Je m’installe dans mon fauteuil après avoir pris une bûche et alimenté le foyer.

La situation est mauvaise : la Bourse s’effondre.

Le pays tombe en ruine.

Le gouvernement est renversé.

Un avion vient de se crasher.

Ma voiture a un problème de culbuteur.

A la piscine, je ne peux même plus plonger.

Je dors mal : je n’en écrase plus.

Je croule sous le travail.

Je ne peux plus aller à la cantine : je prends une gamelle.

Moralité

1 décembre, 2011

« Je ne mange pas de ce pain-là. Ni de l’autre là-bas. J’ai une certaine morale. Par exemple, je donne au Téléthon ou à l’abbé Pierre. Pas beaucoup, mais enfin, c’est l’intention qui compte. Je ne mens jamais. Ou alors, je m’arrange pour que ça ait l’air vrai. Là aussi, il faut d’abord voir mes bonnes intentions derrière les faits. C’est dur d’être un homme à la hauteur ! Et vous, vous y arrivez ? » 

« Euh… non, pas vraiment ! Y’a toujours un truc qui ne va pas ! Par exemple, je ne déclare pas tous mes revenus. Sinon je ne m’en sortirai pas. J’y passerai tout mon temps. On est quand même plus tranquille dans les paradis fiscaux. C’est ennuyeux, parce que j’ai un peu honte. Je sens bien que je ne suis pas considéré comme un bon citoyen ! » 

« En effet, il y a à dire ! Vous pourriez vous dénoncer, ça rattraperait le coup ! Vous pourriez plaider un oubli malencontreux !» 

« Bin… non ! Je n’ai pas vraiment envie qu’on enquête sur les sources de mes revenus. Vous voyez ce que je veux dire ? » 

« Non, je ne préfère pas ! Prenons les choses autrement : vous êtes sûrement bon mari et bon père de famille ? » 

« A peu près ! Ma femme ne me bats pas et j’ai réussi à sortir mes gamins du commissariat après leur dernier incendie de voiture ! » 

« C’est peu, mais enfin c’est déjà ça ! Vous aidez certainement les vieilles personnes à traverser les rues ? » 

« Comment voulez-vous que je les voie ? Moi, je lis le journal au fond de ma voiture. Mais vous avez raison ; je vais dire au chauffeur de faire un peu plus attention aux personnes âgées. » 

« Je vois, je vois. Ce n’est pas gagné avec vous. Il faudrait tout de même que vous commettiez un bienfait. Par exemple, arrêtez un peu de braquer tous les casinos de la région ! Les gens commencent à jaser ! » 

« Ça va être compliqué. J’ai déjà programmé toutes les opérations de mes hommes pour les six prochains mois. Vous n’auriez pas autre chose ? » 

« On pourrait parler de votre trafic d’armes. Est-ce bien là une nécessité ? » 

« Vous rigolez ? Il faut bien vivre ! Pour une bonne action, je suis mal barré. En plus, j’ai envie de vous kidnapper pour exiger une rançon. Un type avec une moralité élevée comme vous, ça doit valoir du fric ! » 

123