Archive pour décembre, 2011

La Bourse et la vie

21 décembre, 2011

Louis était un trader connu à la Bourse

Chaque matin, il faisait son marché

Avant d’aller confesser ses mauvaises actions.

Il s’en faisait une obligation.

Au cours de sa vie 

Il avait souvent transigé avec la morale.

A plusieurs titres,

Il avait montré peu de valeur humaine.

Très tard, il s’était découvert une vocation spirituelle.

C’était une sorte de compensation.

Il sont tous là

20 décembre, 2011

Ce type… là.  Avec ses cheveux mouillés et son costard brillant. Sa cravate fantaisie, mais pas trop. Bien rasé. Frais. C’est sûrement un consultant informatique. Ils ont tous la même tête. Il a l’air préoccupé notre petit consultant.

La fille, derrière, qui a les cheveux devant les yeux, la lippe boudeuse et qui regarde son portable à tout bout de champ, elle n’a pas l’air content.

D’ailleurs, à sept heure trente du matin, il n’y a pas beaucoup de mines réjouies.

Voici une dame en robe à fleurs qui attend  patiemment. On a l’impression qu’elle regarde devant elle sans rien voir. En quelque sorte, elle ne contemple rien. Elle rêve sans doute d’un monde meilleur. Sans matin brumeux. Un monde où on s’intéresserait à elle. Où on la trouverait belle.

Un retraité promène son chien. Etre à la retraite et se lever aussi tôt, ce n’est pas humain. C’est peut-être canin, mais ce n’est pas humain. Pourquoi a-t-il fallu qu’il s’encombre d’un animal de compagnie. La télé suffisait !

Un jeune à la casquette retournée se dandine d’un pied sur l’autre. Ses écouteurs lui distillent une musique inaudible. Son sac pendouille en essayant de s’accrocher à ses épaules. Son pantalon, bien aidé par ses mains enfoncées dans ses poches, s’affaisse en boudins sur ses baskets rouges.

Auprès de lui, une mère de famille bien propre sur elle. Son imperméable cache un chemisier rose et une jupe noire, droite et discrète. Elle tient son sac à mains serré entre son coude et sa poitrine. Les cheveux ont été longuement brossés ce matin, puis emprisonnés dans une queue de cheval qui se balance au gré de ses mouvements. Acajou… elle a pris un shampoing qui donne des reflets d’acajou à sa chevelure. Il faudra qu’elle pense à passer à la boulangerie, ce soir, en rentrant. On sent la mère de famille de deux enfants, organisée et prévoyante.

Ce n’est pas comme l’homme qui la côtoie. Il n’est pas rasé et mal peigné. Il donne le sentiment de se demander ce qu’il fait ici. A son allure non décidée, il ne se  rend sûrement pas au boulot dont il rêve. Il se rend à rien du tout. Même pas à l’évidence de son non-emploi.

Le feu passe au vert. Tout ce monde entame la traversée de la chaussée au même pas. Sauf l’homme mal rasé. Il décide d’attendre le prochain voyage. Ce sera toujours une minute de plus qui passera. Il arrivera en retard aux rendez-vous qu’il n’a pas. Il ne s’en excusera pas.

Et hop!

19 décembre, 2011

Il sautait du coq à l’âne

Tout en faisant revenir ses pommes de terre dans la poêle.

Il bondissait de joie

Dès que le ballon franchissait la ligne de but.

Il sautillait sur  place

En attendant  que son bus surgisse.

Il dansait le rock.

Et lançait sa partenaire dans les airs.

Il se trémoussait d’aise

En envoyant valser ses contraventions.

Il explosait de joie

Lorsque jaillissait les flots champagne.

 

 

Troisième degré

18 décembre, 2011

« Dites quelque chose ».

« Meuh !!! »

« Etvous trouvez ça marrant ? »

« Depuis la nuit des temps, tout ce qu’il y a de drôle sur terre à sûrement été dit. Même Neanderthal racontait des blagues à son voisin. »

« Vous avez peut-être raison, mais ce n’en est pas une pour arrêter de rire. Je me vois mal aller déterrer les bêtises de Néanderthal pour pouvoir me
gondoler un peu. »

« Méfiez-vous, j’ai un humour très fin ! Genre « troisième degré » ! Je ne suis pas sûr que vous compreniez ce que je veux dire ! C’est que je ne
fais pas dans le vulgaire, moi ! »

« C’est dommage, j’aime bien la bonne gaudriole gauloise ! Bien de chez nous ! Allons, allons, laissez- vous un peu aller ! »

« C’est trop facile pour moi. Je suis plutôt du genre à rire entre les lignes, si vous voyez ce que je veux dire. Je fais des allusions spirituelles de temps en temps, sans avoir l’air d’y toucher, et les gens se marrent. Enfin, ceux qui sont suffisamment cultivés pour comprendre. Vous devriez essayer ! »

« C’est dur. J’ai déjà du mal à suivre les blagues de Bigeard ! Alors si on élève le niveau, je vais souffrir au lieu de me réjouir. Je suis en plein paradoxe. Et
puis pourquoi vous dites tout le temps : si vous voyez ce que je veux dire ? Personnellement, je ne vois rien du tout ! »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, je ne vais tout de même pas me départir de la finesse de mon humour pour vous faire plaisir alors qu’elle m’assure un succès phénoménal dans le bonne société ! »

« Faites comme Air France ! Mettez-vous au low-coast. Faites de l’humour à basprix, vous toucherez une nouvelle couche de clientèle et votre notoriété
s’étendra ! Vous seriez le premier à faire de l’humour low-coast ! Vous vous rendez compte ! »

« C’est pas bête ! Finalement, on sent bien que vous appartenez à une couche populaire ! Vous avez une espèce d’intelligence intuitive qui vous permet
de deviner les bonnes affaires sans avoir besoin de réfléchir ! »

Le temps des soldes

17 décembre, 2011

« Madame Duraton mène le peloton. Avec Jeanne Poulard à ses côtés qui essaie de jouer des coudes. Prête à surgir, Amélie Rosier se démène sur la droite, surveillée de près par Louise Potiron qui ne s’en laissera pas compter.

Derrière elles, c’est la bousculade, Marcelle Dunois semble se dégager. Mais la robe à fleurs de Lucie Pignon se glisse à l’intérieur tandis que le bermuda vert de Simone Verglas prend tout le monde à revers ! »

« Vous avez fini ? Ce n’est pas très beau de se moquer des gens qui se jettent sur les soldes ! Ils n’ont pas beaucoup d’argent ! »

« Si on ne peut plus rire… »

« Il ne faut pas se moquer des autres ! D’ailleurs, vous, avec votre cynisme, vous êtes à plaindre mon pauvre ami. On voit bien que vous avez une revanche à prendre sur la vie ! »

« Bon d’accord ! Je vais faire un effort : je suis très content de vivre, je me sens stimulé, je vais mordre dans la vie à pleine dents ! »

« Vous voyez ! Vous voyez ! Vous ne pouvez pas vous empêcher d’être sarcastique ! Vous devez avoir un sérieux problème. »

« Je vois ce que c’est : pour vous, il ne faut surtout pas se poser de questions existentielles. On se fait exploiter de tous les cotés, mais c’est normal ! Circulez, il n’y a rien à voir comme disait l’autre ! »

« Vous me faites dire ce que je n’ai pas dit, comme d’habitude. J’ai dit qu’il n’est pas bien de se moquer des gens aux revenus modestes qui se battent comme des chiens dans les grands magasins au moment des soldes. »

« Je dis ça pour mieux stigmatiser les dérives de la société de consommation, vous comprenez ? »

« On pourrait faire autrement ! Par exemple, on pourrait expliquer  que si un commerçant solde un produit à 70%, c’est, qu’en temps normal, il fait 80% de bénéfice dessus. Vous trouvez ça bien? Au bout du compte, celui qui en pâtit c’est le pauvre paysan, producteur de matières premières, pressuré par les grandes marques de distribution, vivotant péniblement dans la misère épouvantable d’un pays sous-développé, dénué de tout, et qui bientôt ne pourra plus travailler et mourra abandonné de tous ! »

« Ah, bin oui, vu comme ça…. Je ne vais plus me moquer ! Vous avez une belle veste ! Vous l’avez acheté où ? »

« En solde… »

Bien tassé

16 décembre, 2011

Je m’étais serré la ceinture en vue des soldes.

Il ya eu une vaste bousculade dans les magasins.

J’ai acheté une sculpture compressée.

J’ai  attrapé une poussée de fièvre.

J’ai un poids sur l’estomac.

J’ai pris un comprimé d’aspirine.

Puis un citron pressé.

Pour finir par une bière pression.

C’est nerveux : j’ai un rire étouffé.

La jalousie est un vilain défaut

15 décembre, 2011

« La jalousie conduit souvent à diminuer les autres. Faites attention, vous frisez la médiocrité mon vieux. Vous frisez ! Enfin ce que j’en dis, c’est pour vous ! »

« Je crois que vous avez déjà fait beaucoup pour moi. Si vous pouviez vous abstenir de sortir avec ma fiancée par exemple, ça m’arrangerait ! »

« Ah, c’est pour ça que vous vous énervez. Je vois ! Ce n’est pas très grave. Elle me préfère à vous, mais enfin, vous avez toute sa considération ! Si je n’étais pas là, je crois que vous lui plairiez. Vous voyez : vous n’êtes pas si tarte que ça à ses yeux ! »

« Je pense que je me passerai volontiers de sa considération, ce n’est pas exactement ce que je recherche. Si vous voyez ce que je veux dire ! Et puis d’abord comment savez-vous qu’elle vous préfère ? Vous n’êtes pas spécialement attirant ! »

« Je discerne un petit quelque chose dans ses yeux lorsqu’elle me regarde. Croyez-moi, j’ai l’habitude ! Ça ne trompe pas ! »

« Euh… ! Je préfèrerais qu’elle sorte avec quelqu’un qui n’a pas l’habitude ! Sans vous froisser, évidemment. Avec moi, ce serait mieux. Il se trouve que je n’ai justement pas l’habitude ! »

« Ah, c’est pour ça ! »

« Pour ça, quoi ? »

« Elle trouve que vous ne vous y prenez pas très bien. Vous n’êtes pas assez amusant. Vous êtes même parfaitement assommant quand vous parlez de vous. Vous allez dans des restos bas de gamme.  Vous renâclez sur les suppléments. Mais si vous n’avez pas l’habitude, ce n’est pas de votre faute. Finalement, c’est mieux que ce soit moi qui m’en occupe. Vous, vous gâchez ! »

« Euh… votre position pose un léger problème de principe. Si je peux me permettre de vous rappeler mon hypothèse de départ : vous sortez avec ma fiancée ! Ce n’est ni un problème de restaurant, ni un problème d’amusement ! »

« On tourne en rond ! Vous devriez commencer par des fiancées plus modestes et monter petit à petit en puissance. Si j’ose m’exprimer ainsi ! »

« Mais vous êtes un épouvantable machiste ou un horrible sexiste !  Il y a des lois contre des hommes comme vous ! Je vais vous dénoncer aux autorités pour manque de respect envers les femmes et la mienne en particulier ».

« Vous voyez, vous vous énervez encore ! Bon, d’accord ! J’abuse peut-être un petit peu. Alors on pourrait sortir tous les trois qu’est-ce que vous en pensez ? Hmmm ? »

 

Plus d’un tour dans son sac

14 décembre, 2011

Jeannot est un farceur : il a fait le lit de Marie en portefeuille.

Lorsque le seau d’eau lui tombe sur la tête, Marie doit s’éponger avec une serviette.

Elle n’ouvre pas la pochette-surprise que lui tend Jeannot.

Marie en a assez : elle veut faire son baluchon et prendre la route.

Mais Jeannot a plus d’un tour dans son sac pour se réconcilier.

Il n’a pas d’oursin dans sa poche.

Il joue gros en Bourse.

Il offre une montre à gousset à Marie.

Et l’emmène au bal musette.

 

Nos plus mauvais poèmes

13 décembre, 2011

Il neige : le temps me fait outrage.

Voici que passent les camions de salage.

Ce n’est pas de trop, on ne peut plus avancer dans les parages.

Ni mettre ma voiture au garage.

Que je ne conduis plus en raison de mon grand âge

Cela n’a pas d’importance, je vais faire mon ménage.

Je mets mon aspirateur en marche : quel tapage !

C’est demain que je dois me rendre à mon mariage.

On va rire : quel marrage !!!

 

Convivialité

12 décembre, 2011

« Soyons gais et enthousiastes. »

«  Je préfèrerais être morose si ça ne vous embête pas. »

« Enfin, quand même, c’est plus agréable de croire à ce qu’on fait ! »

« Oui, mais moi, ça me plait d’avoir l’air triste. J’ai l’air plus romantique dans ces moments là ! Et puis en s’attendant au pire, on a toujours de bonnes surprises ! »

« Peut-être, mais moi, je préfère être gai comme un pinson. Ça attire les autres, c’est convivial. Je ne me sens jamais seul. »

« Vous devez être très embêté avec tout ce monde autour de vous ! »

« Tout vaut mieux que l’indifférence, mon cher ! »

« C’est vous qui le dites. Moi, je n’ai pas spécialement envie qu’on s’intéresse à moi. J’ai déjà eu du mal à me construire, je ne vois pas pourquoi j’en ferai profiter les autres ! »

« Mais enfin ! Au contact d’autrui c’est comme ça qu’on progresse ! »

« Oui, c’est bien ça le problème. Moi, je veux bien progresser, mais pourquoi devrais-je faire progresser les autres ? Hein ? »

« Vous ne comprenez rien ! On ne peut pas avancer tout seul, c’est le contact qui est enrichissant ! »

« Les autres ne pensant pas comme moi, je ne vois pas en quoi je vais m’enrichir. Je vais plutôt dépérir si je dois faire rentrer ma riche personnalité dans le moule commun ! Il n’y  a rien qui m’indispose autant que la pensée unique ! »

« Justement ! Si vous avez une pensée originale, faites en profiter les autres ! Vous seriez reconnu et loué pour  le non-conformisme de votre discours ! »

« C’est impossible, personne ne m’écoute. On me dit toujours que je délire ou que je ne comprends rien ! En fait, le contact, c’est la lutte entre le pot de fer et le pot de terre et c’est toujours le pot de terre qui perd. Vous trouvez ça enrichissant vous ? »

« J’en sais rien ! Vous m’embêtez ! Trouvez d’autres pots de terre pour discuter avec vous ! Entre pots de fer, on s’entend très bien. Il suffit de ne pas échanger d’idées pour s’entendre. Discutez sans échanger d’idées ! Parler du temps, des vacances, de votre cousine… Comme ça tout le monde a raison ! »

123