Archive pour octobre, 2011

Notre rubrique cinématographique

21 octobre, 2011

La salle était obscure.

J’ignorais le rôle que Louise voulait me faire jouer.

Ou quel objectif elle poursuivait.

Mais il fallait avancer sinon, elle me ferait une scène.

Je cherchai donc une lumière

Et tombai sur un personnage bizarre.

Qui me fit toute une comédie

Pour que je lui serve d’interprète

Avec un polonais chargé du décor.

Louise me réveilla, juste à temps pour aller au cinéma.

Volatiles

20 octobre, 2011

A moi tout seul, je suis un vrai nid d’ennuis. Tous les oiseaux de mauvais augure s’y sont posés. J’ai été volé. J’ai été plumé. Les huissiers tournent autour de moi, comme des charognards affamés. 

Désormais, je ne mettrai plus tous mes œufs dans le même panier. Ce n’est pas que je manque d’envergure, mais tous ces évènements m’ont coupé les ailes. Dire qu’avant, j’étai gai comme un pinson au printemps. 

Maintenant, je me prends le bec avec tout le monde. Certes, je ne suis pas un aigle. Je me suis laissé picorer la laine sur mon dos. Maintenant, je dois marcher sur des œufs. 

Mais j’ai confiance : je vais de nouveau prendre mon envol. C’est que je suis un drôle d’oiseau. Je ne ferai plus le coucou. Je n’aurai plus le bec enfariné. Personne ne me prendra sous son aile. Je ne serai plus un perroquet qui cherche à imiter les autres. 

C’est dit : je vais prendre ma plume pour écrire des mots. Peut-être que le ciel me tombera sur la tête. Je devrais faire attention aux éditeurs qui se conduisent comme des rapaces. 

En attendant, j’écoute Piaf. Ses chansons me font planer. Où l’inspiration va-t-elle se nicher ? 

Je repense à Emma qui m’aima. C’était chouette.  L’été, nous faisions notre migration estivale vers le sud. L’hiver, on se caillait ensemble. Nous étions comme deux tourtereaux. 

Mais elle m’a pris pour un pigeon. J’ai compris qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. 

Je baillais aux corneilles pendant nos tête-à-tête. Je lisais le canard pendant qu’elle parlait. Mais je reluquais les poules sur le trottoir. 

J’ai été dénoncé par un corbeau qu’il faudrait mettre en cage. Je lui volerai dans les plumes. Je lui mettrai une volée. 

J’en ai marre qu’on me serine toujours la même chose. Je ne suis pas une triple buse. Je ne serai pas le dindon de la farce. Un jour je dénicherai l’oiseau rare qui ne sera peut-être une oie blanche, mais qui n’aura pas une cervelle de moineau. Et, bien entendu, je serai fier comme un paon. 

A l’assaut! (2)

19 octobre, 2011

Jouons à la bataille.

Sinon, je vais prendre une attaque d’ennui.

Il faudrait que nous fassions assaut d’imagination.

Pour résister à cette offensive du mauvais temps.

Le doute m’assaille.

Nous n’avons plus d’engagement pour la saison.

Les combats de catch n’intéressent  plus les gens

Qui luttent pour assurer leur gagne-pain

Ou qui rivalisent pour grimper dans les hiérarchies.

L’absence

18 octobre, 2011

C’est sûr : il est parti. 

Depuis quand ? Personne ne le sait exactement. Quand je me délocalise pendant quinze jours au Grau-du-Roi, j’éprouve le besoin de dévoiler les différents aspects de mon choix en détails. Lui était de ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas à rendre compte de leurs faits et gestes et encore moins à s’en justifier. De toute façon, il était aussi de ceux auxquels personne n’ose demander la moindre justification. 

Pendant longtemps, nous ne nous sommes pas remis de la nouvelle de son départ. Certes Pauline continuait à tricoter de plus belle, mais c’était sa façon de surmonter les épreuves. Roger oubliait de se mettre les doigts dans le nez. Lorsqu’il était avec nous, Jeannot, le joyeux drille de la bande, s’exclamait à tous propos. Hé bien, même Jeannot ne parlait plus ! Cunégonde parlait encore : elle allait changer de prénom pour que personne d’autre ne puisse prononcer le sien. Nous n’osions plus nous réunir dans notre restaurant habituel de peur d’être obligés de mettre son couvert et de matérialiser ainsi son absence. 

Quand il apparaissait quelque part, il avait une façon incontournable d’imposer sa présence. Lorsque j’arrive dans une pièce, personne ne prête attention à ma silhouette. A la mairie, je suis obligé de tousser comme un malheureux pour que l’employé de service lève enfin la tête de peur d’être infecté par un virus. Lui, c’était différent. Au moment précis où son corps imprégnait les champs de vision, les sourires s’accrochaient instantanément aux visages. On avait l’impression de respirer. Une place se libérait comme par magie dans le cercle amical. Il n’était pas envisageable qu’une chaise vint à manquer comme au moment où j’arrive en retard aux réunions.

(suite…)

Gla-gla

17 octobre, 2011

Je ne rentrerai pas dans mes frais.

La banque m’a réservé un accueil glacial.

Je suis au degré zéro de mon chiffre d’affaires.

Les clients sont givrés.

Ils ne veulent pas acheter ma gelée d’abeille

Pour affronter les frimas de l’automne.

Je vais m’offrir un petit rafraîchissement.

Et puis vendre des cailles farcies.

Ou alors des fruits qui se pèlent facilement.

Le temps passe si vite.

16 octobre, 2011

Faisons comme si j’avais six ans. Qu’est-ce qui m’interdit de faire comme si j’avais six ans ? Au moins par l’imagination ? 

 Je vais faire mon entrée en CP. Ça sent l’encaustique. Il faut se mettre en rang par deux. Ça commence bien, moi qui ai horreur de m’aligner sur les autres ! Et puis, je n’ai pas envie de donner la main à ma voisine. Ça, ça me passera plus tard. 

J’ai  du enfiler un tablier. Je n’aime pas, ça fait fille. Il est à carreaux en plus ! Pourquoi pas avec des fleurs ? 

Il faut écrire à la craie sur l’ardoise. Je n’aime pas non plus, ça crisse, ça me fait mal aux dents. Ça me fait penser qu’il faut que j’aille chez le dentiste. 

Mon bureau en bois est gravé de signes cabalistiques par mes prédécesseurs. Un nom, un prénom, un cœur, un fusil, une voiture, des choses plus pornographiques… Où sont-ils passés tous ces artistes ? 

Il n’y a pas d’informatique dans cette classe. Je peux enfin regarder autre chose qu’un écran. Une mouche, les jambes de la maîtresse, par exemple. 

La maîtresse nous apprend le A. J’aime bien cette lettre. Il faut répéter ensemble ce qu’elle dit. J’essaie d’écrire un A palatino. Je demande à la maîtresse quand on pourra écrire « en attaché ». Elle dit que ce n’est pas au programme, qu’elle, elle suit le programme pour ne pas se faire enguirlander et que si j’ai d’autres questions comme ça, je peux me les garder. 

A la récré, le grand Jeannot tente de prendre le pouvoir. Il y a toujours eu un grand Jeannot pour me chiper mon pouvoir. Cette fois, ça ne va pas se passer comme çà : j’organise la résistance avec Maurice qui vient des Antilles. 

La maîtresse lit une histoire où le loup mange l’agneau. Elle a raison de prévenir, c’est toujours comme ça que ça se passe. Et puis elle demande si on a compris pour être sûr qu’on a retenu la leçon. Le grand Jeannot surtout qui comprend tout à l’envers. 

Juliette pleure parce qu’elle trouve l’histoire trop triste. C’est normal, il y a toujours une fille pour pleurer. Quand il n’y a personne pour manger un agneau, elles inventent des histoires encore plus tristes. 

La cloche sonne. Je me réveille. Mon chef me demande si j’ai bien dormi et si je pense que je suis payé pour dormir au bureau. Il ressemble au grand Jeannot avec ses grandes dents et ses yeux globuleux. Ou alors au loup affamé. 

Nos mauvais poèmes

15 octobre, 2011

C’était un indigène

Qui était né à Gênes.

Où il manquait d’oxygène.

Il disait qu’il n’y avait pas de plaisir là où il y a de la gêne.

Aussi prenait-il ses vacances à la Roche-Migennes.

Puis il se maria avec Jane.

Qui lui rappelait Madame Sans-Gêne.

Il l’emmena à Carthagène-

Avant de partir en Australie où il rencontra des aborigènes.

Pour finir, de mauvaises affaires les plongèrent dans la gêne.

Grosse légume

14 octobre, 2011

La police le fit monter dans le panier à salade.

Après lui avoir permis de remettre ses lentilles.

Sa manifestation avait fait chou blanc.

Il avait été le seul à s’élever contre l’impôt sur la consommation d’asperges.

L’Etat lui courait sur le haricot.

Il n’avait plus un radis.

On le prenait vraiment pour une courge.

Ou alors un cornichon.

Il avait pourtant un cœur d’artichaut.

De cette histoire, il allait en faire tout un plat.

Une soirée de Monsieur le Baron

13 octobre, 2011

Son Excellence Juan-Pedro Gonçalvez de Almeida, ex-ambassadeur extraordinaire de sa Majesté le Roi Michel de Roumanie, sort de sa léthargie alcoolique. D’un geste machinal, il rajuste la veste de son costume beige qui fut à la mode et sa cravate de soie aux reflets argentés qui ne l’a jamais été. Sa voix rauque et pâteuse s’élève au-dessus du comptoir : 

« Henri, un autre ! » 

Henri Masson, ex-enfant de chœur du Père Moulin en l’église de Nœux-les-Mines, essuie ses verres en bras de chemise. Parfois, il s’arrête pour examiner la propreté de ses flûtes à champagne, en les tendant à bout de bras  vers la lumière du néon. De mémoire de gentleman, on n’a jamais vu l’ombre d’une trace sur la vaisselle d’Henri. 

Henri a déjà revêtu son gilet rouge et ceint son cou parcheminé de son nœud papillon carmin qui va et vient autour de sa glotte proéminente lorsqu’il parle. Ses cheveux que les habitués ont eu le temps de voir grisonner en vingt ans de service, sont lissés vers l’arrière de son crane, découvrant un front jauni par les lumières et un regard à la fois attentif, neutre et professionnel. 

« Je ferais respectueusement remarqué à Monsieur le Baron, que Monsieur le Baron, a déjà bu quatre Black Russian ».

(suite…)

Péril en la demeure

12 octobre, 2011

Il habitait Place Gabriel Péri.

Près du périphérique.

Il employait beaucoup de périphrases pour parler.

Il avait fait un long périple autour du monde.

Et avait l’habitude de fréquenter des péripatéticiennes.

Il ne mangeait pas d’aliments périssables.

Car il pensait que c’était périlleux.

Par contre, il aimait les apéritifs.

A la fin, il se sentait à l’étroit dans le périmètre de sa petite vie.

Aussi périt-il.

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