Archive pour septembre, 2011

Les bons conseils

8 septembre, 2011

« Si vous voulez mon avis… » 

« Bin… non, je ne le veux pas… » 

« Et pourquoi, s’il vous plait ? » 

« Parce que ça va influencer mes choix. Je vais perdre mon libre arbitre. Vous vous rendez compte ? » 

« Oui, mais je vous apporte un éclairage qui pourrait enrichir votre réflexion. » 

« Vous avez une façon d’enrichir qui m’appauvrit avec vos arguments raisonnables. Si je vous écoute, je vais sûrement trouver que vous avez raison ! Vous avez une vie équilibrée, non fumeur, bardé de diplômes ! Vous avez une femme, des enfants, un chien, un PEL, un CET ! C’est très gênant pour les autres ! Vous ne pourriez pas avoir tort de temps en temps ? Ce serait sympa. Ça me donnerait une bonne raison pour ne pas écouter vos conseils !  Là, non seulement vous allez me donner votre avis intelligent, mais c’est encore moi qui vais passer pour un idiot parce que je ne veux pas les écouter «  

« Si je comprends bien, il faudrait que je vous induise en erreur ! » 

« Tout de suite les grands mots ! Non ! Contentez vous de me dire des choses sans intérêt ! Comme ça on sera tranquille : si vous vous trompez, ça n’aura pas de conséquence et moi, je pourrais suivre ou ne pas suivre votre avis sans stress inutile. Ça n’aura pas d’importance puisqu’ils sont sans intérêt ! » 

« On ne pourrait pas adopter une demi-mesure ? » 

« Vous voyez vous recommencer avec vos phrases raisonnables ! » 

« Je pourrais dire des choses pertinentes le lundi et des banalités pour le reste de la semaine. C’est raisonnable, non ? De toute façon, le lundi est un jour pourri : vous faites tout le temps la tête. Vous écouterez mes conseils, ça vous donnera une bonne raison pour bouder encore un peu plus ! » 

« C’est un monde ! Vous trouvez toujours une solution à tout ! Vous ne comprenez rien, je n’ai pas envie de solution, moi ! J’aime les choses bancales ! C’est ma liberté : des situations bancales du lundi au dimanche ! » 

« … » 

« J’ai une idée : d’accord, soyez intelligent le lundi : mais restez chez vous ! Prenez votre congé de la semaine le lundi ! C’est très bien le lundi pour faire ses courses. Il y a moins de monde dans les magasins ! » 

Y’a du monde!

7 septembre, 2011

Je fends la foule.

En me noyant dans la masse.

D’emblée, je réalise que c’est une assemblée.

Le peuple fait un concours, un grand concours de peuple.

Il ya du monde, mais je ne m’en fais pas un monde.

J’assiste à l’assistance.

Les gens se rassemblent mais ne ressemblent pas.

Les citoyens mitoyens n’ont plus de moyens.

Les autres non plus d’ailleurs

La conscience de Marie-Bernadette

6 septembre, 2011

La ville de province où vivait Marcel Mollin était périodiquement affectée de restructurations industrielles qui entrainaient la fermeture de nombreuses usines. On se demandait même, à certains moments, comment les financiers pouvaient trouver encore des entreprises à mettre en cessation d’activités. 

Dans les foyers, les dettes s’amoncelaient. Au bureau de chômage, les files d’attente s’allongeaient. Devant les supermarchés, les parkings se vidaient. 

Le député-maire faisait des discours à Paris. L’archevêque priait dans son archevêché. Le journal local parlait des performances de l’équipe de foot. 

Marcel Mollin était le directeur de l’agence de la Banque d’Escompte et de Crédit. Marcel Mollin était un être rond. Tout chez lui était d’apparence circulaire. Son visage faisait penser à un ballon. Ses cheveux gris, soigneusement tirés vers l’arrière, accentuaient cette rotondité. Ses petites lunettes aux montures dorées cerclaient le globe de ses yeux gris, rarement expressifs. Comme il se doit dans les milieux financiers, Marcel Mollin portait la panse proéminente et respectable qui débordait un peu, mais pas trop de son costume trois pièces de la meilleure coupe. 

Marcel Mollin était un rouage dévoué de la banque d’affaires. De mémoire de directeurs de siège central, on n’avait jamais détecté le moindre accroc aux directives nationales dans la gestion de Marcel Mollin. En ces temps où sévissait durement la crise mondiale, Marcel Mollin avait parfaitement intégré la nouvelle politique de crédit qu’on lui avait demandé d’appliquer, assise sur le souci de ne surtout pas prêter d’argent à des industries en voie de désertion du territoire national et encore moins à des particuliers en passe d’accéder en grand nombre aux minima sociaux.

(suite…)

D’un commerce agréable

5 septembre, 2011

Pierre est un bon commercial.

Il vend des avions comme des petits pains.

Il aime les discussions de marchand de tapis.

Sur un coin de table, au café des Négociants.

Tout en détaillant les accortes serveuses.

Mais elles ne sont pas prêtes à monnayer leurs atouts.

En se représentant la tête de sa femme

Pierre s’achète une conduite.

 

Un drôle de type

4 septembre, 2011

Il va nous manquer. Il était très drôle. Il faisait tout à l’envers. Quand il faisait beau, il sortait son imperméable. Quand il avait faim, il arrêtait de manger

Il n’avait jamais d’idées très précises Il partait dans un sens et revenait dans l’autre. Pour ses vacances, il louait un appartement à Cassis et partait pour Pornic. Il prenait ses désirs pour des réalités et vice-versa d’ailleurs.

Un jour, il rencontra l’Homme qui avait des Objectifs. Celui qui savait toujours où il allait. Contre toute attente, ils sympathisèrent.

Le premier invita le second à diner. L’Homme à Objectifs Précis voulut savoir le menu avant d’accepter. Il lui répondit que ce n’était pas très poli.

« Comment ? Se récria l’Homme à Objectifs précis, savoir ce qu’on va manger est impoli ? Qu’est-ce donc que cette nouveauté ? Et votre adresse, on peut la connaître ? Quand je suis invité, j’aime bien connaître le lieu où je dois me rendre ! »

« Hé bien non, répondit notre héros qui ne l’était guère, ma rue n’a pas de nom et ma maison aucun numéro ! »

« Bon, alors de quoi discuterons-nous ? demanda l’invité potentiel. »

« Ce n’est pas très clair pour moi, répondit l’hôte. Littérature, peut-être ? »

L’Homme à Objectifs Précis voulut alors savoir de quel siècle littéraire il serait question, pour bien préparer l’entretien.

« Euh, et si on parlait plutôt de la place d’Internet dans notre société ? » répondit notre Indécis.

« Voilà qui est intéressant. Et çà va durer combien de temps ? Vous comprenez, il faut que je programme l’heure à laquelle je pourrai me coucher » rétorqua l’Homme Précis. 

« Bon, alors faisons plus simple. On pourrait faire çà chez vous. Vous avez surement une adresse ? »

L’Homme aux Objectifs Clairs et Nets acquiesça.

« D’accord, mais alors vous serez combien à table ? Parce qu’il faut que j’achète en conséquence, vous comprenez ? »

L’Homme Approximatif se gratta le crâne :

« J’en sais rien : 2,3,4… 10 peut-être… »

« Bon, et comment je fais moi, pour prévoir ? » demanda poliment l’Homme Sérieux.

« Pour simplifier, on pourrait aller au resto ! », conclut l’Autre.

« D’accord ! Mais alors, il me faudrait l’adresse, le nom, l’heure, le menu parce que vous comprenez… »

Il vole de ses propres ailes

3 septembre, 2011

Il m’a traité de tous les noms  d‘oiseaux.

Pourtant je ne suis pas un aigle.

Ni une triple buse.

Certes je n’aime pas les bécasses.

Mais je peux faire coucou à n’importe quelle femme.

Même à une oie blanche.

Pour roucouler comme des tourterelles.

Et l’emmener en voyage à Milan.

A condition qu’elle ne me prenne pas pour un pigeon.

Sinon nous reviendrons illico à Sarcelles.

Les échelons

2 septembre, 2011

Marcel  a commencé au bas de l’échelle sociale.

Il a grimpé les barreaux un à un.

Il fait beaucoup de marche en forêt.

Pour y cueillir des colimaçons.

C’est un homme rigoureux : il n’a pas l’esprit en escalier.

Il bénéficie aussi  d’un haut degré de fantaisie.

Il dispose d’une vraie hiérarchie des valeurs.

Il parle avec son voisin d’étage.

Il a un haut niveau de conversation.

Le rêve américain

1 septembre, 2011

Julien et Mariette sont assis, leurs dos bien calés contre le tronc du pommier en fleurs. L’air est à la fois doux et frais. Les rayons du soleil taquinent leurs visages en s’infiltrant entre les feuillages. La fillette s’abandonne à ce moment de quiétude. 

En cette fin de printemps, les enfants de la terre vont plutôt aux champs qu’à l’école. C’est souvent comme ça pour les progénitures des fermiers. Il faut bien surveiller les troupeaux de chèvres et de moutons pendant que les parents s’activent aux travaux agricoles. Et puis de toute façon, les vacances d’été sont bientôt là, l’instituteur du village ne va quand même pas nous embêter pour deux petites semaines d’absence. A quatorze ans, Julien est bien trop grand pour ses vêtements. Ses mollets blanchâtres et déjà robustes émergent de son pantalon de toile grise, retenu à ses épaules rondes par deux bretelles qui menacent d’exploser à chacun de ses mouvements. Sa chemise qui fut immaculée le démange parfois sous les aisselles Elle découvre son cou rose d’adolescent. Il promène un visage encore poupin, parsemé de tâches de rousseur. Mariette se moque souvent du physique puéril de Julien, mais secrètement, elle aime ses yeux bleus. Surtout, en ce moment quand il les lève d’un air rêveur vers le ciel d’azur en lui racontant des histoires impossibles à vivre que Julien invente dans ses moments de solitude. 

La jeune fille l’écoute en silence en mordillant les deux nattes blondes qui virevoltent autour de son visage aux traits souriants et ouverts à la vie. Sa blouse d’écolière montre des genoux salis par l’aide qu’elle apporte à sa mère dans les travaux du jardin. Des chaussettes aux couleurs incertaines retombent en plis lourds sur ses galoches.

(suite…)

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