Archive pour le 6 septembre, 2011

La conscience de Marie-Bernadette

6 septembre, 2011

La ville de province où vivait Marcel Mollin était périodiquement affectée de restructurations industrielles qui entrainaient la fermeture de nombreuses usines. On se demandait même, à certains moments, comment les financiers pouvaient trouver encore des entreprises à mettre en cessation d’activités. 

Dans les foyers, les dettes s’amoncelaient. Au bureau de chômage, les files d’attente s’allongeaient. Devant les supermarchés, les parkings se vidaient. 

Le député-maire faisait des discours à Paris. L’archevêque priait dans son archevêché. Le journal local parlait des performances de l’équipe de foot. 

Marcel Mollin était le directeur de l’agence de la Banque d’Escompte et de Crédit. Marcel Mollin était un être rond. Tout chez lui était d’apparence circulaire. Son visage faisait penser à un ballon. Ses cheveux gris, soigneusement tirés vers l’arrière, accentuaient cette rotondité. Ses petites lunettes aux montures dorées cerclaient le globe de ses yeux gris, rarement expressifs. Comme il se doit dans les milieux financiers, Marcel Mollin portait la panse proéminente et respectable qui débordait un peu, mais pas trop de son costume trois pièces de la meilleure coupe. 

Marcel Mollin était un rouage dévoué de la banque d’affaires. De mémoire de directeurs de siège central, on n’avait jamais détecté le moindre accroc aux directives nationales dans la gestion de Marcel Mollin. En ces temps où sévissait durement la crise mondiale, Marcel Mollin avait parfaitement intégré la nouvelle politique de crédit qu’on lui avait demandé d’appliquer, assise sur le souci de ne surtout pas prêter d’argent à des industries en voie de désertion du territoire national et encore moins à des particuliers en passe d’accéder en grand nombre aux minima sociaux.

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