Archive pour avril, 2011

Une décision qui n’attendra pas 2012

10 avril, 2011

Pour 2012, je ne me prononcerai pas tout de suite. Vous aurez ma réponse en temps voulu. Pour le moment, je continue ma mission, jusqu’au bout. Comme un héros. Je suis payé pour ça et moi, je ne suis pas du genre à renoncer. J’ai une ligne de conduite inflexible. Ce n’est pas comme certains que je ne nommerai pas. 

Le moment venu, je me déciderai après avoir pris l’avis de ma famille et de mes proches. Je tiendrai compte du point de vue de mon voisin Maurice Berlingot, de ma grand-mère et de mon chat. Si je me sens porté par un courant d’opinions favorables, alors je saurais assumer mon destin sans faiblir. 

Je sens que les français sont impatients de connaitre ma décision. Mais ils doivent comprendre que trop tôt, c’est trop tôt et trop tard, c’est trop tard. Je dois prendre le temps de la réflexion. D’abord serai-je digne ? C’est qu’un tel bouleversement dans ma vie, c’est une véritable aventure ! Il ya beaucoup d’autres hommes qui pourraient le faire à ma place. Non ? Vous êtes sûrs ? Allons, allons ! J’ai beaucoup de défauts vous savez. Je ne suis qu’un être humain, après tout. 

Quoiqu’il arrive, je resterai un français parmi les autres. Il y a entre le peuple et moi une relation consubstantielle. 

Euh… qu’est-ce que je raconte moi ? Rassurez-vous. A l’automne, je m’exprimerai dans un message radiodiffusé au pays. Il sera temps alors de se mettre en marche. L’avenir s’ouvrira devant nous tandis que le passé sera dépassé. Ma décision sera irrévocable. 

Nous saurons assumer les grands enjeux qui nous attendent. Je sais, je sais, j’inspire confiance. On a envie de m’entendre tout de suite. On voudrait que je prenne la tête d’un grand mouvement populaire. Vous êtes sûr ? Redites-moi le pour voir ! 

Bon d’accord, je fais part de ma décision tout de suite : française, français ! En 2012, les questions d’environnement et de consommation deviendront fondamentales. En dépit de la crise financière, il faudra être forts. Je l’ai compris et c’est pourquoi je vous l’annonce dès aujourd’hui : je vais changer le chauffe-eau de ma salle de bains 

Aux armes !

9 avril, 2011

Julia était un canon de beauté.

Elle était mitraillée de photo  dans tous les lieux.

Sous l’Arc  de Triomphe dernièrement.

Les artistes se l’arrachaient : l’un d’eux avait fait son portrait à la peinture au couteau.

Elle possédait toutes les armes de la séduction.

C’était une excellente cuisinière à l’aise dans sa batterie de cuisine.

Elle savait aussi tirer parti de son rouleau à pâtisserie.

Malheureusement, on la payait au lance-pierre.

Un vent de fronde la souleva de colère.

Elle se catapulta à l’autre bout du monde.

Du mouvement !

8 avril, 2011

Je travaille trop, il faut que je me remue.

Je vais faire bouger les lignes.

Je vais trainer la patte.

Je vais décaler tous mes rendez-vous.

Et puis après je vais tirer au flanc.

Si ça ne suffit je vais pousser le bouchon plus loin.

Je déplacerai mon centre de gravité jusqu’à mon lit

Que je déménagerai dans mon bureau.

Histoire animale

7 avril, 2011

Elle lui a posé un lapin, c’est sûr. Il aurait du comprendre qu’il allait faire le pied de grue. Il aurait du se souvenir que la vie est une vacherie du début à la fin. L’erreur, c’est de vouloir ménager la chèvre et le chou. 

Il aurait du comprendre, mais il n’a pas compris. Raymond longe le boulevard de sa démarche en canard. Il  retourne dans sa tanière. La maison du bout de la rue, juste avant les palissades de chantier. Le quartier des rats. L’odeur du chou farci l’étourdira en passant devant chez la mère Rombier, puis il grimpera jusqu’à son nid. 

Ce n’est pas un aigle, Raymond. Il se serait contenté d’une proie facile. Il ne cherchait pas le mouton à cinq pattes. Sylviane n’est pas une caille aux yeux de biche, on ne peut pas dire qu’elle ait une taille de guêpe, mais elle avait l’air d’avoir envie de roucouler. On lui avait pourtant dit qu’il se jetait dans la gueule de la louve et qu’elle n’était pas une grenouille de bénitier. Elle le ferait tourner en bourrique, c’est sûr ! 

Lorsqu’il la croisera à la caisse de la supérette, demain, il ne lui montrera pas les crocs. Il n’aboiera pas comme un chien perdu. Il ne criera pas comme un putois. Il ne lui dira pas que c’est une tête de linotte. Il ne la regardera pas, non plus, avec des yeux de merlan frit. 

Elle lui dira qu’elle avait d’autres chats à fouetter. Ce ne sera sûrement pas vrai parce qu’elle aime les félins, Sylviane, surtout les siamois. Ou alors elle ne lui dira rien, elle qui est pourtant bavarde comme une pie. 

Peut-être que s’il rasait son bouc ou s’il escamotait ses pattes d’oies au coin des yeux,  elle préférerait. Certes, il a un nez de fouine, il est myope comme une taupe et frisé comme un mouton. Mais il est pourtant doux comme un agneau et sobre comme un chameau. 

En résumé, Raymond ne ferait pas de mal à une mouche, mais il sera toujours le dindon de leurs farces. C’est comme ça ! 

Elle dira comme les autres que ce n’est pas une question de physique. Elle n’aime pas larves. Ni les papillons d’ailleurs. Et puis de toute façon, elle ajoutera qu’il ne doit pas mener la politique de l’autruche : il ne sera jamais un coq de village. Pour lui, il n’y aura jamais anguille sous roche. 

S’il maugrée, il sera un ours mal léché. S’il se plaint, il sera une poule mouillée. Il ne dira rien, il a horreur des prises de bec. Il ne la suivra plus comme un caniche. 

Raymond restera muet comme une carpe. Il ne pleurera pas. Il n’a jamais su verser des larmes, même pas de crocodile. Et elle sera gaie comme un pinson, tout en évitant de le regarder. 

Ce soir, il dormira comme un loir et oubliera. Demain, il reprendra le collier. Il n’aura pas le cafard. Mais il ne prendra pas le taureau par les cornes. Il est trop las pour jouer au chat et à la souris. 

Son seul copain Lucien le lui dit depuis longtemps : Raymond est un être associable. Lucien lui répètera une nouvelle fois qu’il est une triple buse. 

Raymond répondra encore qu’il a décidé d’assumer sa singularité : ce sera un hibou, Raymond ! Un loup solitaire ! 

 

 

Bilan comptable

6 avril, 2011

Henri sort de prison : il a payé sa dette à la société.

Il fait l’inventaire de son maigre baluchon.

A part un stock de mégots, le fond de son sac est vide.

Il ne faut pas qu’il reste immobilisé.

Il va être actif.

C’est capital.

Il faut d’abord trouver du liquide pour se laver.

Puis retrouver du crédit.

Et renouer avec  la recette de la réussite.

Lui

5 avril, 2011

Voilà, il est parti. 

Il laisse une place considérable. Disons une place ample. Ample est un mot qui convient mieux que considérable. On a l’impression d’une occupation de l’espace. C’est exactement le sentiment qu’il produisait. 

Il avait l’habitude de s’installer. Lorsque les gens arrivent dans un lieu, ils ne font qu’y arriver. Lui s’y installait. On avait même l’illusion qu’il s’installait à plusieurs tant sa personnalité disposait de facettes différentes et actives. 

Il y a trente six manières d’entrer quelque part. Beaucoup sont discrètes, furtives ou gênées, certaines sont invisibles. Quand il paraissait dans une pièce, son entrée était un évènement. On faisait silence, les têtes se tournaient vers lui attentivement, respectueusement. Les conversations s’estompaient. On fronçait le sourcil sévèrement lorsqu’un trublion  n’avait pas remarqué son arrivée ou feignait de l’ignorer. 

Quand il parlait, on l’écoutait. On ne buvait pas ses paroles, on s’en abreuvait. Il n’était pas envisageable de parler sur lui. Son regard dominateur ne l’aurait pas admis. Il s’exprimait peu avec son corps, mais la détermination tranquille qui émanait de ses traits ne laissait personne indifférent. Il n’était pas concevable de ne pas être convaincu par son discours. En plus, on se souvenait de ce qu’il avait dit. 

Quand il se taisait, il parlait encore. Ses silences étaient de véritables opinions personnelles. Ils exprimaient la plupart du temps son désaccord plus sèchement qu’une longue réponse. Celui qui prenait la parole après lui avait toujours l’air petit. 

Quand il avait décidé de s’occuper des autres, il n’était pas bon de refuser son aide. D’autant plus qu’il  ne le faisait jamais à moitié. Il a trouvé des jobs pour Jérémy, Lucien, Louis. Il était inconvenant de ne pas le laisser s’occuper de votre cas. 

Il a réussi à marier Lucie, Gisèle et même Paule. Le plus extraordinaire c’est que ces unions tiennent encore debout. 

Quand il faisait la cuisine, il était hors de question de ne pas accepter son invitation et de ne pas manger de bon cœur. 

Il avait une manière de forcer le destin à se conformer à sa volonté qui ne lui laissait aucune chance d’échapper à son emprise. 

Il n’était pas acceptable d’être malheureux s’il avait programmé le contraire. Personne n’osait le remercier. Un simple mot de gratitude aurait réduit son intervention à des dimensions trop étroites. 

Et puis, voilà il est parti. 

Bouche bée

4 avril, 2011

La porte était entrebâillée.

Helmut  se dit qu’il allait y avoir des grincements de dents.

Marc ne mâchait pas ses mots.

Julien bavait d’envie devant Martha.

Louis ravalait sa colère.

Clara avalait sa salive.

Gérard prenait langue avec Auguste.

Lucien se croyait dans un palais.

Béatrice avait un rire de gorge.

Tandis que Marcel avait le cœur au bord des lèvres.

Ma petite entreprise

3 avril, 2011

En sortant de Sciences-Po, je n’avais aucune envie de poursuivre une carrière étriquée de fonctionnaire servile dans des bureaux poussiéreux et malodorants. 

Je rêvais de communication et d’expression libre. 

Dans mes soirées d’étudiante, j’avais rencontré Steve et  Louis. Ils avaient eu le bon goût de ne pas me draguer. De toute façon, compte tenu de leur manque de manières,  ils auraient eu du mal. Mais ils avaient un talent fou de graphistes. J’en étais convaincue. 

Avec l’argent que m’avaient laissé mes parents, je n’hésitais pas. Je fondais avec enthousiasme mon agence. Je gérais et mes copains produisaient. Peu enclins à chercher un travail durable par leurs propres moyens, Steve et Louis me suivirent sans discussion. Probablement soulagés que je leur épargne la galère du chômage. 

J’avais pris soin de cultiver les relations  nouées par mon père dans le monde des affaires. Au début, je n’eus aucun mal à convaincre des chefs d’entreprise qu’ils avaient absolument besoin de rénover leurs sites Internet ou leurs catalogues commerciaux qui sommeillaient dans une obsolescence coupable. 

Steve était venu s’installer à Paris, chassé du Minnesota pour de sombres raisons judicaires que je décidais d’ignorer tant son talent de créateur m’éblouissait. Ses cheveux gris et longs, son visage émacié et ses fines lunettes aux verres ronds, faisaient inéluctablement resurgir le fantôme de John Lennon. Je trouvais à cette époque que c’était un atout de plus pour mon entreprise.

(suite…)

Les demandes de Lucien

2 avril, 2011

Lucien a tout demandé.

Il a prétendu à la main de Mauricette.

Il a défilé dans la rue pour réclamer une augmentation de salaire.

Il a du postuler à un poste nouveau.

Il a sollicité un prêt pour sa maison.

Il a consulté son médecin.

Il a imploré les dieux pour sa guérison.

Il a prié ses visiteurs de prendre les patins.

Bref, Lucien a l’impression désagréable d’être un quémandeur perpétuel..

En plus, Georges vient de s’adresser à lui d’un ton rogue :

« Est-ce qu’on t’a  demandé quelque chose à toi ? »

 

Beaucoup

1 avril, 2011

Louis était invité  chez son banquier.

Depuis, la terrasse, ils avaient une vue splendide sur la mer.

Les deux convives dégustaient un énorme cassoulet.

L’homme lui parla de son déficit colossal,

Avec une infinie tristesse.

Louis lui rétorqua qu’il s’agissait d’un formidable malentendu.

Et que son découvert était une vaste rigolade.

C’est alors qu’une tempête monstrueuse se leva.

Et que tout fut emporté par un énorme raz-de-marée.

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