Archive pour avril, 2011

Dans de beaux draps

20 avril, 2011

Il était toujours habillé comme une couverture de magazine.

Il collectionnait des toiles de maîtres.

Et fréquentait du beau linge.

Quand il se lançait dans une nouvelle entreprise, il n’était pas du genre à se ramasser une bâche.

Il était plutôt de l’étoffe dont on fait les héros.

Mais il accablait Julia d’un tissu de mensonges.

Cette dernière se drapa dans sa dignité.

Tira le rideau sur leur vie commune

Et préféra prendre le voile.

Un coach à coacher

19 avril, 2011

« J’essaie de ne pas penser. C’est dur de ne pas penser. Quand on ne pense pas, on pense forcément au fait que l’on ne pense pas. Et, à partir de là, on se met à penser à la raison pour laquelle on tente de ne pas penser. 

Exemple : il faut que j’aille chez les Berthier. Je vais m’enquiquiner toute une soirée, ce n’est pas nécessaire que je gâche une journée supplémentaire à penser au pensum que cette visite va constituer. J’ai donc bien raison de ne pas y penser. Mais ça risque de me conduire à oublier d’acheter des fleurs pour la mère Berthier. Ce qui va me créer une tonne d’ennuis. Donc, finalement, je suis obligé d’y penser ! Quel ennui ! 

J’ai une idée : puisque je suis obligé de penser, je vais penser à quelque chose d’agréable. Par exemple, je vais m’offrir trois jours de congé. » 

«  Euh !… ça s’appelle rêver ça ! Ce n’est pas penser !  Penser, c’est plus compliqué ! Il faut que ce soit constructif. Par exemple, dans quel projet inscrivez-vous vos trois jours de congé ? Hmmm ? » 

« … » 

« Vous pourriez partir au Guatemala pour découvrir de nouvelles civilisations. Ou alors vous construire un vrai savoir-faire pour vivre de manière autonome et écologique ! » 

« Moi, ma stratégie, ce serait plutôt de ne rien faire ! » 

« Ce n’est pas un objectif, ça ! Vous voyez comme vous êtes : vous n’avez ni stratégie, ni objectif, ni pensée ! Rien ! Vous régressez, mon vieux ! Nous retournons droit vers l’animalité ! » 

« Si je comprends bien, pour progresser, il faut absolument avancer vers un objectif ? C’est quoi votre objectif à vous ? » 

« Moi, je suis coach ! Je suis payé pour vous sortir de votre état végétatif. L’être humain ne doit rien avoir à faire avec le néant. C’est de la paresse, vous comprenez ! Si vous n’avez pas d’objectif, c’est la dépression assurée ! Et moi, je serai mis à la porte ! Viré ! Avec trois enfants, une maison à payer ! Déjà que je n’arrive pas à la fin du mois ! » 

« Je vous sens mal à l’aise ! Confiez-vous à moi, mon vieux ! » 

« Si encore j’ai été bien payé ! Mais je reçois une vraie misère pour sortir des gens comme vous du néant !  Et le pire, vous savez quoi ? » 

« … » 

« C’est que je dois aller chez les Berthier samedi soir ! » 

Arc-en-ciel

18 avril, 2011

L’amour est un bouquet de violettes

Surtout au début, quand on se regarde dans le blanc de l’œil.

Après on se dispute en voiture, arrêtée aux feux rouges.

Ou alors pendant que Madame lave le bleu de travail de Monsieur.

Ou bien encore lorsqu’il ne reste plus qu’une vieille salade verte dans le frigo.

Madame se plaint de sa peau d’orange sur les cuisses.

Monsieur commente les cartons jaunes de l’arbitre devant sa télé.

Quand il ne rentre pas complètement gris au foyer

Après avoir envoyé son patron sur les roses ;

Bon, il faudrait peut-être arrêter de voir tout en noir !

 

Une salle d’attente

17 avril, 2011

 

L’homme qui vient de s’asseoir en face de moi est un ouvrier. Sa silhouette ronde et puissante avance en se dandinant. Dans le bâtiment. A sa façon de regarder où il pose les pieds, je parie qu’il travaille dans le bâtiment. Il a l’habitude de lutter contre le froid : il ouvre son anorak rapiécé sur un gros gilet de laine qui lui gratte le menton. Il renifle en s’essuyant la moustache d’un revers de main. Il s’assied lourdement en soupirant. La chaise qu’il a élue, gémit sous son poids. C’est terrible : la façon de s’asseoir trahit l’origine sociale de chacun. Il faudrait que je fasse attention à occuper mon siège élégamment. 

L’ouvrier se racle puissamment  la gorge. Probablement un problème de bronche. A ses cotés, un petit bout de femme a pris place. Elle le pousse du coude en silence et lui tends un papier chiffonné issu d’un sac à main démodé qu’elle tient serré sur ses genoux avec précaution.  Elle a du le trainer jusqu’ici. Il a maugréé, résisté longuement et puis cédé sous l’insistance de sa femme. 

En face du couple, une jeune femme élégante. Elle feuillette un hebdomadaire. On sent qu’elle ne lit pas, elle se laisse pénétrer par les photos sans les regarder vraiment. D’un geste convulsif, elle remet souvent en place sa chevelure brune et mi-longue qui n’en a nul besoin. Elle est inquiète, son regard noir excessivement souligné d’un maquillage agressif, s’évade par la fenêtre à intervalles réguliers. J’imagine qu’elle souffre du blues du mois de septembre si fréquent sous nos latitudes. 

Si j’en crois la télé, il y a de plus en plus de périodes propices à la dépression. Le spleen du dimanche soir entre 17 et 19 heures, par exemple. Ou la mélancolie qui s’empare de la nature humaine dans les brouillards de novembre. Ou bien encore, le 2 janvier quand la fête est finie. Et puis, la tristesse du mois de septembre alors que les villas du bord de mer referment leurs volets, que le ciel encore lumineux rappelle cruellement les jours heureux et que les teints halés palissent si vite. Je préciserais même que ma voisine souffre du syndrome de première semaine de septembre. Ces huit jours pendant lesquels tous les journaux ne cessent de lui parler de « rentrée » alors qu’elle à l’impression de ne jamais être sortie. 

La jeune femme croise ses jambes gainées de soie qui dessinent des motifs chinois sur ses mollets. Femme de cadre supérieur, elle est chargée de mission, je ne sais pas laquelle, mais surement d’une mission qu’elle juge importante. Avec plein de rendez-vous et de réunions. Elle passe son temps à se dire surbookée.

(suite…)

Ambiance marine

16 avril, 2011

On écoutait des chansons sur les ondes

Pendant les plages musicales.

La mer roulait ses galets.

On était en grève,

Mais pas sur le sable.

L’argent coulait encore à flots.

On s’est bien marré.

On écumait les lieux de plaisirs,

Assaillis d’une  vague inquiétude, tout de même.

Curieux dialogue de petite envergure

15 avril, 2011

Mince ! dit Léonard.

Il ne fallait pas jouer au plus fin ! lui répondit Gustave.

Surtout quand on a de maigres économies ! ajouta Désiré.

Et un gros découvert à la banque ! renchérit Léopold.

Il ne faut quand même pas être étroit d’esprit ! ajouta Marianne.

Ni être fragile de l’intestin grêle ! indiqua le docteur qui passait par là.

Le menu du restaurant ne mettait pas en appétit.

Le cuisinier était un grand efflanqué.

Elancé, du pois chiche il était le roi incontesté.

Délié, il n’entendait pas qu’on parte de son hôtel sans bourse délier.

Le jury embarrassé

14 avril, 2011

Il faut être installé dans le village depuis plusieurs générations pour savoir que la salle à manger du père Dupuis est aussi un débit de boisson dument autorisé. Le dimanche, après la messe, on voit une longue file d’hommes, aux faciès rougis par l’alcool et le grand air, s’infiltrer par une porte anonyme dans le long couloir sombre qui débouche sur cet espace mal éclairé. Le père Dupuis accepte, parfois, de servir la clientèle qui parvient à s’y installer en se serrant sur les bancs en bois fabriqués par son grand-père du temps de la menuiserie familiale. 

Ce mercredi soir, quatre silhouettes sont attablées dans une semi-pénombre. Le père Dupuis, après avoir proposé ses préparations préférées, à forte coloration d’anis, a jugé prudent de se retirer tant il sent l’atmosphère lourde entre les quatre convives. D’ailleurs, le soin de son poulailler et de ses lapins le réclame dans son jardin. 

Le maire Alex Barthélémy est exaspéré par la tournure des évènements. Chacun le sait : s’il tiraille sa moustache dans tous les sens tout en grattant son poitrail velu, c’est que les affaires municipales vont très mal. Il est gêné, mais il sent qu’il doit prendre des décisions, ce qui a le don de le contrarier. 

Depuis plusieurs minutes déjà, il répète, d’abord dans un souffle, puis dans un long grognement : 

-          Je l’avais bien dit ! 

En face de lui, l’institutrice Marie-Claude Pigoulet n’en démord pas. A chaque fois que le maire serine les mêmes mots, elle répond en tapant du pied : 

-          C’était un bon sujet !

(suite…)

En exclusivité : l’histoire de Karine

13 avril, 2011

Karine était boulangère.

Mais elle n’aimait pas être roulée dans la farine pour autant.

Elle avait une cousine russe, fille d’une barine.

Pour autant, elle ne se prenait pour une tsarine.

Son mari était dans la marine.

Ensemble, ils élevaient une vache, de race tarine.

Pour laquelle, ils construisirent des latrines.

Mais Karine sentait venir les ennuis de loin à l’aide de ses narines.

Elle comprit vite que  son époux la trompait avec Mazzarine.

Conversons

12 avril, 2011

                                                       

« Quel temps, non mais quel temps ! » 

« Dumoulin, Vous n’allez pas encore me parler de la météo ! Je n’ai pas besoin de vous pour savoir qu’il fait froid ! D’ailleurs, regardez, j’ai mis mon écharpe blanche. La rouge, je l’ai perdu l’été dernier à la Baule. Il faisait du vent et… » 

« C’est intéressant… » 

« Dites-moi, Dumoulin, comment se fait-il que vous ne m’ayez pas encore dit qu’il fait plus froid que l’année dernière à la même époque ? Vous auriez du vous levez à 5 heures du matin pour faire des recherches sur Internet, ce n’est pourtant pas compliqué. Je ne peux même pas compté sur vous pour une information complète ! » 

 « J’ai allumé mes radiateurs à la maison, je ne sais pas si ça vous  intéresse ? » 

« Il faudrait aussi penser à rentrer vos géraniums. Décidément, il faut tout vous dire, mon pauvre Dumoulin ! » 

« Dimanche, je resterai bien au chaud à la maison. Qu’est-ce que vous en pensez ? » 

« Oui, et puis faites-vous une bonne potée ! Avec le temps qu’ils annoncent, ça fera du bien ! Vous pourriez en profiter pour m’inviter, ce serait convivial. Vous ne vous préoccupez pas beaucoup des bonnes relations entre camarades de travail, Dumoulin !  Tiens voilà Martin ! Il a l’air frigorifié !» 

« Bonjour, quel froid, ce matin ! Figurez-vous que ça glissait devant chez moi ! J’ai failli me casser la figure sur le trottoir ! Ah ! Ah ! Remarquez, ils ont dit que ça va s’adoucir le semaine prochaine» 

« Tiens voilà la mère Pichu, je parie qu’elle va encore nous sortir une banalité sur le temps du style  « Noël au balcon, Pâques au tison »… ou alors « il faut bien que les saisons se fassent ! » 

A notre rayon poissonnerie…

11 avril, 2011

Au bureau, Georges a imposé ses dates de vacances : ce n’est pas une carpette.

Il soigne la raie de ses cheveux.

Il part en camping dans une ile où il plantera sa tente avec des sardines.

Il tiendra compagnie à sa mère qui n’est pas une bécasse.

Les premiers jours, il souffrira de coups de soleil. Il sera le rouget de l’ile.

Plus tard, il sera dans le ton.

Il jouera au loup avec sa mère : ce sera un loup de mère.

Il a tout prévu : pour les jours d’orage, il a réparé sa baleine de parapluie.

Il fera des ballades à dos de mulets.

En s’arrêtant auprès de son saule pleureur pour écrire à sa belle.

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