Archive pour le 26 avril, 2011

L’horloge infernale

26 avril, 2011

Chaque matin, les villageois pouvaient voir, sur la place de l’Eglise,  l’abbé Bouchu se tenir la tête à deux mains en implorant le ciel.  Il tournait en rond, allant de ci de là, en gesticulant de ses longs bras et en marmonnant on ne sait quel sermon désespéré.

C’est qu’il s’en passait de belles dans le clocher de l’église. Chaque soir, il prenait le plus grand soin de faire monter le bedeau Alexandre pour remettre l’horloge en état de marche, laquelle prenait la plus malin des plaisirs à marquer une heure relevant de la plus haute fantaisie dès le lever du soleil suivant. Il y avait là un secret comme la nuit sombre aime à en créer qui dépassait l’entendement du pauvre ecclésiastique.

L’horloge lui avait  joué tous les tours qu’il était possible à un tel mécanisme d’inventer. Certains jours, les aiguilles refusaient obstinément de marquer quoique ce soit, restant définitivement pointées vers le douze. Le dimanche de Pâques, on vit soudain la petite aiguille prendre la place de la grande et indiquer les minutes au lieu des heures !

L’abbé Bouchu était connu comme un homme très pieux. Ses paroissiens n’avaient rien à lui reproché. Même la mère Patagrin qui, du haut de ses quatre vingt quinze ans, avait connu une douzaine de curés, avait de l’affection pour lui. Elle était  pourtant sévère avec les serviteurs de la religion, la mère Patagrin. Faiblement occupé par l‘élevage de ses trois poules, elle avait pris l’habitude de donner une note à chacune des prestations des prêtres du village, copiant ainsi la coutume repérée lors des matchs de foot qu’elle suivait assidument à la télé. Dans son hit-parade personnel, l’abbé Bouchu tenait une place très honorable en raison de sa voix puissante qui emplissait l’Eglise du village au moment du sermon, alors que ses prédécesseurs bougonnaient dans leur barbe de telle sorte qu’elle ne captait rien de leurs prêches du dimanche matin.

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