Archive pour le 19 avril, 2011

Un coach à coacher

19 avril, 2011

« J’essaie de ne pas penser. C’est dur de ne pas penser. Quand on ne pense pas, on pense forcément au fait que l’on ne pense pas. Et, à partir de là, on se met à penser à la raison pour laquelle on tente de ne pas penser. 

Exemple : il faut que j’aille chez les Berthier. Je vais m’enquiquiner toute une soirée, ce n’est pas nécessaire que je gâche une journée supplémentaire à penser au pensum que cette visite va constituer. J’ai donc bien raison de ne pas y penser. Mais ça risque de me conduire à oublier d’acheter des fleurs pour la mère Berthier. Ce qui va me créer une tonne d’ennuis. Donc, finalement, je suis obligé d’y penser ! Quel ennui ! 

J’ai une idée : puisque je suis obligé de penser, je vais penser à quelque chose d’agréable. Par exemple, je vais m’offrir trois jours de congé. » 

«  Euh !… ça s’appelle rêver ça ! Ce n’est pas penser !  Penser, c’est plus compliqué ! Il faut que ce soit constructif. Par exemple, dans quel projet inscrivez-vous vos trois jours de congé ? Hmmm ? » 

« … » 

« Vous pourriez partir au Guatemala pour découvrir de nouvelles civilisations. Ou alors vous construire un vrai savoir-faire pour vivre de manière autonome et écologique ! » 

« Moi, ma stratégie, ce serait plutôt de ne rien faire ! » 

« Ce n’est pas un objectif, ça ! Vous voyez comme vous êtes : vous n’avez ni stratégie, ni objectif, ni pensée ! Rien ! Vous régressez, mon vieux ! Nous retournons droit vers l’animalité ! » 

« Si je comprends bien, pour progresser, il faut absolument avancer vers un objectif ? C’est quoi votre objectif à vous ? » 

« Moi, je suis coach ! Je suis payé pour vous sortir de votre état végétatif. L’être humain ne doit rien avoir à faire avec le néant. C’est de la paresse, vous comprenez ! Si vous n’avez pas d’objectif, c’est la dépression assurée ! Et moi, je serai mis à la porte ! Viré ! Avec trois enfants, une maison à payer ! Déjà que je n’arrive pas à la fin du mois ! » 

« Je vous sens mal à l’aise ! Confiez-vous à moi, mon vieux ! » 

« Si encore j’ai été bien payé ! Mais je reçois une vraie misère pour sortir des gens comme vous du néant !  Et le pire, vous savez quoi ? » 

« … » 

« C’est que je dois aller chez les Berthier samedi soir ! »