Archive pour janvier, 2011

Au fond des bois

23 janvier, 2011

Juliette rinça la lame du couteau, le referma et le rangea avec précaution dan son étui. Relevant une longue mèche de cheveux roux, elle s’approcha de la fenêtre et devina la silhouette de Gonzague qui s’enfuyait dans  l’allée d’une course à la fois élégante et puissante. 

Gonzague ! Quel nom bizarre pour un chien ! Elle l’avait nommé ainsi en souvenir de son premier époux, dont les écarts conjugaux avaient laissé quelques traces d’amertume dans la mémoire obstinée de Juliette. 

La bête était de pure race. Malgré son allure de molosse, son corps était harmonieux. Musclé, doté de longues jambes, il semblait fait pour la course et le jeu de plein air. Quand il observait Juliette préparer le dîner, ses courtes oreilles se dressaient avec intérêt, sur une tête bien proportionnée et animée d’un regard vif et intelligent. 

Lorsque sa robe immaculée disparut à l’orée du bois voisin, l’attention de Juliette se reporta sur le gigot dont elle venait de découper une bonne tranche pour l’animal. Comme chaque fois, Gonzague avait quémandé une part du plat du jour, sans agressivité. On pourrait même dire avec respect. 

Pour Juliette, le mystère était double. Comment Gonzague était-il au courant du moment où elle cuisinait son repas ? Pourquoi ce chien emportait-il le morceau de viande qu’elle lui concédait dans sa gueule au lieu de le dévorer sur place ?

(suite…)

Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

22 janvier, 2011

Les soirs d’été, Jim regarde la voute céleste.

En se disant qu’il se sent bien sur le plancher des vaches.

Il a les deux pieds dans la glaise.

Il ne croit qu’à la terre nourricière.

Ce n’est pas lui qui tentera l’aventure sur le toit du monde.

Il se contente de soigner son parterre de fleurs.

Ou de jouer de la musique : c’est un spécialiste de la clé de sol.

Il n’est pas très fortuné, mais il ne reçoit pas d’allocation puisqu’il dépasse le plafond  de ressources.

En un mot, Jim est au faîte de la zénitude.

Patatras!

21 janvier, 2011

Au moment de la chute du mur,

Certains s’effondrèrent de rire.

D’autres tombèrent dans les pommes.

D’autres encore virent leurs espoirs s’écrouler.

Le maçon brisa le silence.

On l’avait envoyé au casse -pipe.

On avait voulu détruire sa réputation.

Ou alors le ruiner.

Mais il ne se laisserait pas abattre.

Ceux qui ne le respectaient pas, il leur démolirait le portrait.

Plier les genoux

20 janvier, 2011

Je n’ai jamais su twister. Je suis incapable de plier les genoux en cadence. C’est important de savoir plier les genoux. Pour skier, par exemple. Parce qu’il est fondamental d’aller au ski l’hiver, sinon vous êtes un déclassé social. C’est un peu comme si vous n’aviez pas de télé ou de téléphone portable. 

Au ski, je sais descendre, mais je n’ai pas de style. Il faut savoir glisser avec élégance. Mais j’ai horreur de glisser. Je ne sens pas à l’aise lorsque je n’ai pas les deux pieds dans la glaise. Et puis, il fait froid, je n’aime pas. Quand il fait froid, je ne sais pas faire autre chose que d’avoir froid. 

Le ski, passe encore, mais il faut y aller. La mise en œuvre est terrible. C’est qu’il faut arriver entier à la station ! Evidemment, vous arrivez au plus mauvais moment possible. La montée est enneigée ou glissante. Le montage des chaînes sur les pneus de votre voiture est une scène d’anthologie d’autant plus que vous avez oublié le mode d’emploi à la maison. 

Arrivé à la station, il faut trouver l’appartement qui se trouve justement à l’autre bout du village. Le trajet est en sens interdit, vous devez le faire plusieurs fois, de lourdes valises à la main. Il fait toujours aussi  froid. 

Vous n’avez pas pu faire les courses. Le premier soir, c’est spaghettis à la tomate. Vous détestez. 

Le lendemain matin, il faut se lever tôt. Vous ne croyez tout de même pas que vous êtes venu là pour rester au lit ! Petit déjeuner frugal. Il faut s’harnacher de vêtements compliqués à mettre et à ôter. 

Départ pour aller acheter les forfaits. La queue au guichet. Il faut une photo. Comment ça, vous n’avez pas de photo d’identité sur vous ? C’est très embêtant. 

La queue aux remonte-pentes ou « aux œufs ». 

Vers 10 heures enfin les premiers pas sur la piste. Vous êtes crevé, il fait toujours aussi froid. Les autres rigolent de votre chasse neige, tout en pliant élégamment des genoux en cadence. Vous êtes dépassé par les gamins et par les évènements. 

Enfin midi. Avec vos grosses chaussures qui vous donnent une démarche guerrière, vous entrez au restaurant d’altitude en bousculant tout le monde. Vous vous jetez sur un bol de frites graisseuses. Evidemment, il n’y a plus de place pour vous vautrer sur la terrasse ensoleillée… 

Les autres disent qu’ils ont pris leur pied en descendant la noire. Vous, vous n’avez rien pris du tout. Enfin si, quelques gamelles sur la verte… 

Non ! Tout ça, c’était il y a longtemps ! Quand vous étiez jeune ! Maintenant, ça se passe beaucoup mieux ! 

Un ex-candidat pour 2012

19 janvier, 2011

Jean et Paul poursuivent leur conversation.

Jean dit à Paul qu’il faudrait qu’il rattrape son retard.

Sinon, il court à l’échec.

Le désastre le talonne.

Paul veut regagner la confiance de Jean.

Il rejoint donc l’avis de Jean,

Et se rallie à sa stratégie.

Paul se retire de la course à la présidence.

Paul restera néanmoins un recours.

Une drôle de civilisation

18 janvier, 2011

C’était une autre civilisation. Il était obligatoire de rire. Pour rire, on se moquait. De tout. Du type qui bégayait. De l’homme qui avait un accent. De celui qui ne finissait pas ses phrases. Tout le monde riait sauf celui qui était tourné en ridicule, évidemment. Il était d’ailleurs obligatoire d’être raillé au moins une fois par an, sinon les sujets d’hilarité auraient rapidement manqué. 

Certains spécialistes se moquaient d’eux-mêmes. On appelait cet exercice l’autodérision. Ces hommes courageux tenaient une place de haut rang dans la société. Tels des pompiers, on les appelait souvent en renfort quand l’ambiance menaçait de devenir morose. 

On avait institué la dignité de Bouffon National, ainsi que celles de bouffon-adjoint et de bouffon délégué. C’étaient des postes enviés puisque leurs bénéficiaires pouvaient se moquer de tout et de tout le monde, n’importe où, n’importe comment pour faire rire le Roi. 

Une école de bouffons avait été créée. C’était le seul lieu d’enseignement où les élèves devaient se moquer cruellement des maîtres. C’était une obligation scolaire. Ceux qui ne s’y conformaient pas avaient de très mauvaises notes. 

Une nouvelle punition terrible avait fait son apparition dans les sentences des tribunaux. Les citoyens qui ne se gondolaient pas assez étaient condamnés à mourir de rire.

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Bouboule

17 janvier, 2011

Il  n’y avait plus un rond dans les caisses du royaume.

Dans les hautes sphères du pouvoir on s’inquiétait.

On rédigeait circulaires sur circulaires pour restreindre les dépenses publiques.

Le Roi continuait de se rendre dans son cercle de jeux.

Parfois, on essayait de l’intéresser à une réunion sérieuse en lui disant : « Sire ! Conférence ! »,

Mais sa Majesté avait les boules,

Elle préférait regarder les enfants jouer au cerceau ou au ballon.

Ou alors écouter ses disques préférés.

De toute façon, elle ne touchait pas sa bille dans les affaires publiques.

Sa Majesté était un vrai boulet.

Au fond des bois

16 janvier, 2011

Juliette rinça la lame du couteau, le referma et le rangea avec précaution dan son étui. Relevant une longue mèche de cheveux roux, elle s’approcha de la fenêtre et devina la silhouette de Gonzague qui s’enfuyait dans  l’allée d’une course à la fois élégante et puissante. 

Gonzague ! Quel nom bizarre pour un chien ! Elle l’avait nommé ainsi en souvenir de son premier époux, dont les écarts conjugaux avaient laissé quelques traces d’amertume dans la mémoire obstinée de Juliette. 

La bête était de pure race. Malgré son allure de molosse, son corps était harmonieux. Musclé, doté de longues jambes, il semblait fait pour la course et le jeu de plein air. Quand il observait Juliette préparer le dîner, ses courtes oreilles se dressaient avec intérêt, sur une tête bien proportionnée et animée d’un regard vif et intelligent. 

Lorsque sa robe immaculée disparut à l’orée du bois voisin, l’attention de Juliette se reporta sur le gigot dont elle venait de découper une bonne tranche pour l’animal. Comme chaque fois, Gonzague avait quémandé une part du plat du jour, sans agressivité. On pourrait même dire avec respect. 

Pour Juliette, le mystère était double. Comment Gonzague était-il au courant du moment où elle cuisinait son repas ? Pourquoi ce chien emportait-il le morceau de viande qu’elle lui concédait dans sa gueule au lieu de le dévorer sur place ?

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Un homme pondéré

15 janvier, 2011

Je compare précisément

Je confronte les opinions

Je calcule mentalement

Je chiffre posément

J’estime justement

J’économise mon énergie

Je mesure ce que je dis

Je pèse mes mots

Bref, comme on le voit, je ne fais pas les choses n’importe comment !

 

Demandes

14 janvier, 2011

Le juge questionne l’inculpé
Celui-ci quémande une faveur
Il veut interroger les cieux,
Il veut prier les dieux
Leur demander son chemin.
Pendant qu’on y est, il sollicite aussi un entretien avec le Saint-Esprit.
Il implorera sa clémence.
Il le suppliera de faire preuve de mansuétude.
Le juge exige la comparution de l’Esprit-Sain.

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