Archive pour le 30 janvier, 2011

Jojo et Roberta

30 janvier, 2011

Un jour en colonies, j’ai rencontré Jojo. Sur le vieux mur d’enceinte qui entourait la propriété, on aurait dit qu’il m’attendait au soleil. Les pierres grises dévorées par la mousse étaient son royaume. Je m’approchais à pas de loup, poussé par la curiosité. Je pensais qu’il se sauverait en se faufilant dans les buissons épineux où je l’aurais perdu de vue. 

A ma surprise, il se laissa saisir, puis caresser sous le ventre et le menton. J’avais attrapé le seul lézard vert domestique du canton. Avec ses petits yeux noirs qui clignotaient, il me regardait comme s’il m’espérait depuis longtemps. Presque comme un frère qui reviendrait de loin après une longue absence. 

Je me présentais à lui et avouais mes dix ans, en oubliant pas d’ajouter comme d’habitude : « et demi ». J’hésitais un peu sur son âge, je n’avais aucune idée de l’espérance de vie chez les lézards. A son agilité et à sa queue frétillante, je décidais qu’il ne comptait pas beaucoup plus d’années que moi et que nous pouvions donc jouer ensemble, voire même coexister. 

Je trouvais une boite en carton dont je garnissais le fond de paille et d’herbe. J’y installais mon ami après avoir pris soin de percer quelques trous d’aération. Il ne s’agissait pas d’étouffer Jojo. C’est ainsi que je décidais de l’appeler après une rapide consultation des diminutifs sympathiques que j’avais en mémoire. 

Dans les jours suivants, je circulais avec ma boîte sous le bras sans cesser de m’adresser gentiment à son occupant de telle manière que les autres avaient l’impression que je parlais tout seul, à haute voix. Comme un somnambule. 

Les colons devinèrent le contenu de la boite qui ne me quittait pas de la journée. Les réactions furent contrastées, comme disent les grandes personnes. Il y eut ceux qui exprimèrent leur dégout avec ostentation et qui reculaient à mon passage. Et puis, il y eut une petite minorité de curieux qui voulurent faire la connaissance de Jojo. Estimant que la peine que je me donnais pour élever ce nouveau camarade devait être récompensée, j’organisais des visites payantes de Jojo. Pour un euro, je soulevais le couvercle de la boite et mon client pouvait admirer mon ami pendant trente secondes. Pour deux euros, il avait l’autorisation de lui grattouiller la tête. Ou d’essayer, car Jojo ne s’accommodait pas de la camaraderie de n’importe qui.

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