Archive pour décembre, 2010

Bon appétit, Jules!

22 décembre, 2010

En prenant son petit déjeuner, Jules aperçut le givre sur les vitres de la fenêtre.

Le mercure s’était effondré : dehors, il faudra casser la croute de glace.

Il donna à manger aux  chiens dans la grange puis tapa la cloche pour les appeler à table.

Il fit un brin de ménage en commençant pas astiquer son buffet campagnard.

La veille, il avait rencontré Gina pour un premier souper d’amoureux.

Son impression était mitigée : il y avait à boire et à manger.

Elle avait mis un drôle de pantalon bouffant.

Il l’avait regardée d’un air absorbé toute la soirée.

Il se mit devant son chevalet et essaya de croquer son visage, de mémoire.

Une erreur fatale

21 décembre, 2010

Je ne tuais pas. Ce n’était pas mon genre, je trouvais cette extrémité vulgaire. Je me contentais d’attaquer des vieilles personnes à domicile, de les bâillonner et de les ligoter sur une chaise. Elles étaient trop faibles pour résister à ma détermination. Au pire, si elles gigotaient un peu trop, elles prenaient une paire de claques, ça les calmait. Parfois, je ne les réveillais même pas. Ces incursions sans violence me ravissaient. Dans ces circonstances, j’étais au sommet de mon art délicat. 

J’avais la conscience tranquille puisque je ne portais pas atteinte à la vie d’autrui. Je dévalisais paisiblement appartements ou villas en choisissant mon butin d’un œil expert. Argent, bijoux, bibelots. Pourquoi les vieilles gens accumulent-elles tant de valeurs chez elles alors que tant de nos compatriotes se débattent dans la misère ? Est-ce bien moral ? J’avais alors l’impression de ressembler à Robin des Bois sauf que si je prenais aux riches, je ne voyais pas la nécessité de redistribuer aux pauvres. 

L’idéal était bien sûr de trouver des espèces sonantes et trébuchantes. Les vieilles personnes sont complètement dépourvues d’imagination pour les cacher. Il me suffisait de soulever une pile de draps dans une armoire ou d’ouvrir une boîte à sucre sur un rayonnage de la cuisine pour mettre la main sur des billets de banques. Les colliers, les bagues, les antiquités étaient plus difficiles à valoriser. Pour n’éveiller aucun soupçon, j’étais obligé de les négocier aux quatre coins du pays. Ces voyages pesaient fortement sur les coûts d’exploitation de ma petite entreprise. Je pestais contre le peu d’aide que les pouvoirs publics consentaient aux petits artisans. 

Sur mon passage, je laissais en évidence une carte à jouer. Le dix, c’est mon nombre fétiche. C’est un nombre qui ne ressemble à aucun autre. C’est le nombre qui ouvre la logue série de ses confrères à plusieurs chiffres. C’est un leader, un innovateur, un peu à mon image. Selon mon humeur, je déposais le dix de cœur, de carreau, de pique ou de trèfle. C’était un geste qui n’avait aucun sens pour les autres, mais je signais ainsi mes méfaits, je trouvais que ça leur donnait un cachet particulier. Une fois, j’ai laissé un six de pique et un quatre de trèfle pour faire rire la police qui s’épuisait à ma recherche. Apparemment sans réussite. Il y a des moments où les forces de l’ordre manquent d’humour.

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Ca va, ça vient

20 décembre, 2010

C’est un homme qui revient de loin.

Mais qui part au quart de tour.

Il s’en va  en croisade pour un oui ou un non.

Il faudrait qu’il atterrisse de temps à autre, tout de même.

C’est bien beau de ne pas retourner sa veste.

Mais il faut savoir aller au plus  simple,

Pour faire aboutir ses projets.

Décidemment, il ne m’arrive pas à la cheville.

Il est vrai que j’ai atteint le faîte de ma gloire.

Nos souhaits pour la prochaine année

19 décembre, 2010

« Les gens parent au plus pressé. Ils ne se donnent jamais de perspectives à long terme. C’est toujours du coup par coup. Nous avons tous besoin d’espoir, pourtant. D’un vrai projet. Un truc qui nous fasse rêver ! » 

« Comme quoi, par exemple ? » 

« Ch’ais pas ! Qu’on soit tous égaux ou alors qu’on retourne dans la lune. Ou bien qu’on mange tous du caviar ! » 

« C’est bon le caviar, mais on finit pas sans lasser ! » 

« Vous avez raison. Choisissons plutôt un objectif du passé. Que chaque français mange de la poule au pot, le dimanche ! » 

«  Et  puis, le samedi, pendant qu’on y est ! Ouais !!!! »

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Il faisait le ménage et ne fit pas un ménage

18 décembre, 2010

Elle s’était installée dans l’appartement en vis-à-vis du sien.

Le matin, il faisait semblant de nettoyer devant la porte-fenêtre de son balcon

Ou de cirer ses chaussures.

Mais en réalité, il se rinçait l’œil tandis qu’elle s’habillait.

Il hésita, mais balaya ses doutes d’un revers de main et tenta sa chance au marché du quartier.

Il essuya un sévère échec de la part de la jeune femme.

Qui lui administra une véritable douche froide.

Il lui fallait laver cet affront,

Et dépoussiérer ses méthodes d’approche.

S’il voulait un jour faire un ménage heureux.

Mouvances…

17 décembre, 2010

Jean est un spécialiste de l’évasion fiscale.

Aujourd’hui, il doit procéder à un transfert de fonds important à l’étranger.

Mais il constate une fuite d’eau dans sa salle de bains au moment de partir.

Vite, il sort son mobile de dernière génération pour appeler un plombier.

Aucun n’est libre ! Mais avec toute cette immigration clandestine, il va bien trouver quelqu’un !

Enfin un plombier arrive : les déplacements urbains l’ont retardé. 

L’immeuble de Jean est inondé ! C’est la débandade générale !

L’eau s’écoule dans les escaliers.

Jean suit le mouvement de foule dans la rue.

C’est qu’il a une livraison à faire, lui !

Echanges

16 décembre, 2010

Le car de l’entreprise vient d’ouvrir ses portes. Louis et deux autres compagnons en descendent. Louis est fatigué. A 53 ans, monteur sur la chaîne de fabrication automobile à l’autre bout de la ville, il doit encore quelques années de travail à la société. Théoriquement. Car on parle de plus en plus de fermeture, de licenciements, de mises à la retraite anticipée. Louis ne sait pas de quoi demain sera fait. Demain ? C’est une façon parler. Demain sera samedi. Louis pousse un soupir : il vient d’atteindre un nouveau week-end avec le soulagement de celui qui ne sait s’il pourra atteindre le suivant. Doigts noués dans les lacets qui ferment un sac de toile qu’il porte sur le dos, il croise Madame N’Diaye.

Elle, elle va au boulot : nettoyage de bureaux après le départ des employés. Le regard de Louis s’illumine un instant de sympathie : la confraternité des travailleurs manuels parle :

« Alors Madame N’Diaye…. Boulot-boulot ? »

Madame N’Diaye ne répond pas. Enfin, elle ne sait plus quoi répondre. Monsieur Louis lui lance la même phrase tous les soirs, à la même heure, au même endroit. Elle lève donc les yeux au ciel avec un semblant de conviction. Comprenne qui pourra. Surtout pas elle. Venu du Sénégal avec son homme, il y a 20 ans, elle a le temps de ne plus avoir le temps de réfléchir à son sort. Elle ne s’en plaint pas d’ailleurs de son sort. Il y a dix huit mois, elle a décroché ce boulot dans une société de nettoyage. C’est un progrès. Et puis ce n’est pas forcément désagréable, même si la chef passe de temps à autre le doigt sur le dessus des armoires qu’elle est supposée épousseter. Tiens voilà, Aurélie la gamine du 5ème. Sa mère se saigne pour l’envoyer en fac. 18 ans, cheveux au vent, beaucoup de légèreté dans la démarche et le comportement. Madame N’Diaye sait les souffrances de la mère. Elle avise la fille qu’elle a vu grandir d’un air qu’elle veut à la fois sévère et affectueux :

« Et ne rentre pas trop tard Aurélie, ta mère t’attends!… »

La jeune fille a un coup d’œil moqueur vers l’africaine :

« Mais oui, Madame N’Diaye, mais oui!… »    

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Complètement secoué

15 décembre, 2010

Marco était le champion incontesté du 100 mètres brasse.

Ce matin-là il s’attabla devant ses œufs brouillés,

Puis il touilla son café,

En agitant de sombres idées.

Un jeune nageur envisageait de secouer le cocotier,

De semer la révolution dans la spécialité qu’il dominait.

Il  fallait absolument le déstabiliser.

C’est que Marco n’aimait pas qu’on se mêle de ses affaires.

Ni qu’on lui cherche des embrouilles !

Marco s’ébroua : il ne se laisserait pas ébranler !

Un homme organisé

14 décembre, 2010

Je suis prêt. J’ai tout calculé d’une manière extrêmement rigoureuse. Je ne suis pas comme certains qui ne planifient pas leur travail et qui se plaignent d’être surbookés ! Si on ne s’organise pas, on finit toujours par être débordé ! Un peu de professionnalisme ! Ma méthode est simple.

Le lundi, je fais la liste de mes tâches, le mardi je calcule le temps que je vais passer sur chacune d’entre elles, le mercredi j’examine les enchaînements de l’une à l’autre car c’est dans les points d’articulation qu’on peut gagner du temps. Le jeudi, je fais la chasse aux temps morts. Et le vendredi, après la pause café, je réalise une simulation de mon travail pour voir si tout fonctionne bien !  Le samedi matin, je peux ainsi, l’esprit tranquille, aller flâner au marché avec ma femme.

Dans tout processus de travail, il faut savoir se réserver un temps pour souffler un peu. C’est une question d’hygiène mentale ! Le samedi après-midi, j’organise le travail de ma femme. Il s’agit de faire le ménage dans l’ordre, une pièce après l’autre. Grâce à mon sens de l’organisation, je l’aide beaucoup. 

Et comme nous ne sommes que de modestes créatures humaines, il ne faut pas oublier la dimension spirituelle de notre être : je vais donc à la messe du père Gaillard, le dimanche matin. J’ai proposé au prêtre d’organiser ses tournées dans les communes voisines, pour occuper mes dimanches après-midi. Il a eu la bonté et la grande sagesse de refuser de crainte que je ne sois, à mon tour, surbooké ! 

Ainsi, la boucle est bouclée, tout est en ordre. Mon travail est rigoureusement ordonnancé, mon ménage vit harmonieusement, je suis en paix avec moi-même, mon salut étant assuré grâce aux offices du père Gaillard ! C’est ainsi. Pour bien vivre, il ne suffit pas de pleurnicher sur son sort, il faut savoir se prendre en mains ! Que diable ! 

Notre rubrique « astronomie et conquête de l’univers »

13 décembre, 2010

Louis ne manque pas d’air.

Il vit en satellite autour de Max, son richissime ami.

Une étoile montante dans le monde des affaires.

Max dit souvent à Louis qu’il vit sur une autre planète.

Er qu’il est constamment dans la lune. Il faut qu’il trouve un job !

Louis n’est pas une fusée.

Il ne peut pas être enfermé dans un bureau : il a besoin d’espace.

Juste ciel ! s’écrie Max.

Arrête d’avoir la tête dans les nuages !

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