Mauvaises résolutions pour l’année qui va commencer

Cette année, je pourrais faire plein de choses qui ne servent à rien. 

Pour commencer, je vais dire « bonne année ! » à tout le monde ou alors, « meilleurs vœux ! », j’hésite encore. Ou bien, j’irai m’acheter une montre sans aiguilles, pour ne pas lire l’heure. Ou encore acquérir un téléphone avec plein de fonctionnalités que je ne saurais absolument pas faire marcher. Je pourrai au moins montrer que j’en ai un. 

Et puis, je vais me fixer des objectifs que je n’attendrai jamais. Comme ça, je ne me stresserai pas inutilement. 

Je tiens également à dire n’importe quoi. Je vais clamer que j’irai une semaine à Courchevel en février alors que j’ai horreur de la montagne. Ou que je suis allé à l’exposition Monnet ; je ne connais rien à la peinture, je suis capable de me tromper d’exposition. 

Et puis, je ferai l’important dans tous les salons. Je saurai toujours quelque chose de confidentiel sur le prochain remaniement ou sur le transfert de Platini au Real de Madrid ou alors sur les soupçons de dopage qui planent sur la victoire de Maurice Garin dans le premier Tour de France. 

J’embêterai tout le monde avec mes soucis de santé : mon asthme, mon arthrose, mes cors aux pieds… Je n’en n’ai pas, on fera comme si ; ça n’intéressera personne !  Je donnerai en grande confidence des adresses d’ostéopathes absolument extraordinaires et complètement fausses.

Je dirai qu’on parle de moi pour le prochain Goncourt mais que je le refuserai par modestie. J’organiserai le prochain G20 en donnant de mauvais conseils à qui-vous-savez. Je ferai semblant de reprendre des études de droit pour défendre les opprimés ; à mon âge, ce serait très courageux ! 

Je prendrai un abonnement dans une salle de fitness où on ne me verra jamais ce qui ne m’empêchera pas de prétendre que je tiens une pêche d’enfer et qu’il faut savoir entretenir son corps. Je ne verrai aucune contradiction entre ma santé de sportif et mes problèmes d’articulations évoqués plus haut. 

J’irai en retraite spirituelle au couvent en emportant quelques bons polars pour ne pas trop m’ennuyer. 

Je glisserai une note non signée à Morissot pour dénoncer Dupont, mon voisin de bureau, qui ne fait rien de la journée, tout en m’indignant de la lâche pratique des lettres anonymes, alors qu’il est si simple de parler des problèmes quand il y en a. 

Je penserai, bien sûr, à m’élever fermement contre la faim dans le monde. Et contre les divers conflits dans des terres lointaines dont j’ai oublié le nom. 

Et puis à la une des quotidiens du matin, je signerai un brillant article sur la place que prends le cynisme dans cette société prétendue moderne. 

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