Archive pour novembre, 2010

Et maintenant, ouvrons notre livre de grammaire…

19 novembre, 2010

Le chef fait le point sur la situation.

Il met entre parenthèses les errements d’hier.

On est tous imparfaits !

Il dit qu’il ne participe pas au passé.

Il souligne les réussites de chacun.

Il ponctue son discours de sourires.

Il met l’accent sur l’avenir.

Il est  impératif de réussir.

Il s’accorde à penser que le futur se conjuguera au bonheur.

Un accident bête!

18 novembre, 2010

J’ai eu une panne d’oreiller. Je n’ai pas eu de chance, ça s’est passé dans la dernière ligne droite. Pourtant, j’ai entendu clairement le speaker annoncer des nuages au-dessus du golfe de Gascogne. Il avait l’air d’en être désolé. 

A ce moment précis, je me souviens avoir décollé l’une de mes paupières. Le speaker est resté discret sur le sujet, mais moi j’ai bien vu qu’il était six heures trente. Dans un mouvement réflexe bien compréhensible, j’ai grogné en enfonçant ma tête dans l’oreiller. Je sentais cependant un sentiment de culpabilisation m’envahir. Comme un frisson insidieux qui parcourait mon échine dorsale de haut en bas. C’est très inconfortable, vous savez ! 

Vaincu par le sens du devoir, j’ai sorti un de mes bras des couvertures pour l’étirer vers le haut, ça m’a fait du bien. A cet instant, j’étais certain que j’étais sur la bonne voie. J’allais m’en sortir, si vous voyez ce que je veux dire. Je crois que j’ai même baillé à m’en décroché les mâchoires, ce qui est en général un signe qui ne trompe pas. 

Et puis, j’ai senti soudain l’intensité de la fraîcheur matinale sur ma peau nue. Par un geste maladroit, j’ai alors tiré les couvertures jusque sous mon menton. Vous voyez le tableau. Pourtant la situation n’était pas encore désespérée : en me retournant j’avais allumé la lampe de chevet qui semblait m’appeler à mon devoir d’un air sévère. 

J’étais prêt. En essayant de localiser la position de mes pantoufles auprès de mon lit, je m’aperçus qu’il était déjà six heures trente cinq. Tant que le nombre des minutes reste dans la trentaine, je ne m’affole jamais : ça me parait raisonnable.

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Je

17 novembre, 2010

Je suis comptable de mes propres actions : je me rends compte.

Je suis propre : lorsqu’il le faut je lave un affront.

Je suis avisé en affaires, je n’achète plus d’actions de gisement de charbon : je ne paie pas de mines.

Il ne faut pas gaspiller : j’entretiens le doute sur  moi-même.

Parfois, je fais des farces : par exemple, je surprends une conversation.

Mais je sais aussi me grandir : je suis capable d’élever une protestation.

Lorsque que vient Noël et ses cadeaux, je suis comme le lait sur le feu : je boue d’impatience.

Il faut alors penser à faire un don charitable : je nourris l’espoir

Un retour inattendu

16 novembre, 2010

Pour le bal qu’on prépare, plus d’une qui se pare, met devant son miroir le masque noir. La Comtesse a décidé, elle aussi, de prendre part à la fête. 

La Comtesse rit, rit comme elle n’a jamais ri. Ce soir, ce sera passionnant. 

Le Marquis sera là sans doute. Elle le reconnaîtra sous son loup. Elle fera semblant de ne pas l’apercevoir dans l’obscurité. Lui s’insinuera auprès d’elle en mimant une première rencontre avec une jeune inconnue. Comme autrefois, il lui débitera des fadaises ou alors il lui récitera un petit compliment pour la faire rougir. Avant ses épousailles avec le Comte, il lui avait fait une cour assidue. 

Et puis, elle le rejettera. Pour rire. Il prendra ses airs chagrins qui lui plaisent à mourir. Elle ira le consoler ou alors peut-être le fera-t-elle attendre encore un peu. Après tout, voilà quinze ans qu’il attend, le Marquis ! Il ne s’est jamais remis du mariage de la Comtesse. Du moins c’est ce qu’il prétend si galamment qu’elle meurt d’envie de le croire. 

En attendant, la Comtesse a revêtu sa robe à crinoline, de satin noir, qui lui donne cette allure sévère et distante qui rend fou d’amour le Marquis et beaucoup d’autres galants enamourés. Un collier de diamants illumine sa gorge laiteuse. C’est celui de son premier bal où elle rencontra le Comte, il y a si longtemps. Aujourd’hui, elle a enfin décidé de tirer un trait sur son passé. 

Le Comte l’a quittée, il a maintenant quatre ans. Toute la capitale sait qu’il s’est installé aux colonies. Il y vit, parait-il, comme un nabab, entouré d’un harem de jolies indigènes. Mourant de honte, la Comtesse n’a plus osé sortir depuis ce départ, malgré les supplications du Marquis, pour ne pas donner prise aux railleries des habituées des meilleurs salons où l’on parle.

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Poursuites

15 novembre, 2010

Je pourchasse les mauvaises odeurs.

Mais je n’ai pas que ça à faire : je cours après le temps.

Je poursuis une intuition.

Je traque une bonne affaire.

Pourtant, je file du mauvais coton.

Le fisc me talonne.

La police me harcèle.

La malchance me colle à la peau.

Qu’on me lâche les baskets !

Petit déjeuner

14 novembre, 2010

Il faudrait que je pense. Je n’arrive plus à penser. Je n’ai peut-être pas assez dormi. En tout cas, mes idées ne dépassent pas la perspective du repas de midi. Je suis au même niveau que la bête sauvage dans sa jungle. Et encore le fauve moyen est mieux loti que moi ; il n’est pas obligé de se coltiner mon chef de service toute la journée !

Quand, j’essaie de penser, j’ai un blanc dans la tête. Comme un mur. Il n’y a rien à penser d’un mur que je sache ! A moins de me spécialiser en travaux de maçonnerie.

Il faudrait au moins que j’arrive à me faire une notion de la façon dont je vais remplir les prochaines vingt quatre heures. De toute façon, je ne me fais pas de souci : avec la santé que j’ai, je vais arriver au bout. Que je pense ou que je ne pense pas !

J’entends du bruit dans la cour. Maurice, le concierge, va sortir les poubelles, puis passer un coup de balai. Pense-t-il ? Peut-être qu’il ne pense pas. Et qu’il ne pense pas qu’il ne pense pas. Il n’y a bien que moi pour me pourrir la vie avec des questions pareilles. Comment font les autres pour ne pas avoir besoin d’élever leur esprit au-dessus des contingences matérielles ?

Il me faudrait un vrai sujet de réflexion. Un truc qui ne se laisse pas aborder facilement.  La capitalisme va-t-il mourir ? Par exemple ? Non, c’est déprimant. Il va falloir que je passe en revue tous les ravages du capitalisme. Ce n’est pas ce qui va me regonfler le moral !

Ou alors : l’espoir fait-il vivre ? On pense toujours que demain sera mieux qu’aujourd’hui. Depuis le temps, on devrait être habitué au contraire ! On voit tout de suite que ça pose une autre question : pourquoi l’homme ne tire-t-il pas toujours des leçons de l’expérience ? C’est bien, ça ! Je passe de questions en questions : j’ai une vraie démarche de philosophe ce matin !

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Dans la salle de bains…

13 novembre, 2010

Ludmilla sort en société dans des toilettes somptueuses.

Ses robes lui vont comme un gant.

Elle aime se faire mousser.

Par contre, son époux Norbert se rase dans les soirées mondaines.

Il n’aime pas du tout ces bains de foule !

Pour Norbert, ce n’est pas coton !

En plus, les dépenses de Ludmilla ont entrainé des dettes qu’il lui faut éponger !

Hier, il a passé un savon  à Ludmilla qui a dragué effrontément toute la soirée précédente.

Elle a pris une véritable douche froide !

Notre laboratoire de chercheurs scientifiques

12 novembre, 2010

Dans leurs parties respectives, ils étaient tous des vedettes.

Cédric était en pointe dans la recherche scientifique.

Armand menait des enquêtes policières difficiles.

Sébastien produisait des études de marché approfondies.

Louis faisait de la prospection commerciale dans des endroits inaccessibles.

Micheline avait une passion pour les fouilles archéologiques.

Marcel partait en Indonésie dans des explorations aventureuses.

Paulette découvrait de nouvelles recettes de cuisines exotiques.

Seul  Maurice ne cherchait rien…

Enfin si, il faisait la quête à l’Eglise.

Une bonne leçon

11 novembre, 2010

« Quel manque de savoir-vivre ! » 

« Ah ! Il y a un savoir pour vivre ?  » 

« Evidemment ! Tout le monde sait qu’il faut savoir ! Vos parents ne vous ont donc rien appris ?» 

«Non, il y a des cours ? Comment fait-on ? Il faut passer un permis ? » 

« D’abord, il ne faut gêner personne ! Par exemple, vous devez tenir compte de ma présence ici et ne pas être irrespectueux à mon égard. C’est comme le code de la route, si tout le monde fait ce qu’il veut, c’est le bazar. Pour vivre en collectivité, il faut des règles. » 

« Oui, mais enfin, il faut que je m’exprime aussi ! Vous comprenez, j’ai aussi ma personnalité, moi ! Il faut que je puisse la développer ! Par exemple sculpter, peindre ou écrire des choses qui me plaisent, même si elles ne plaisent pas aux autres ! » 

« Alors là, voyez-vous, nous entrons dans le domaine de la création artistique !  Vous avez parfaitement le droit de créer si ce que vous faites ne choquent pas les bonnes mœurs des gens qui ont du savoir-vivre ! » 

« … autrement dit des gens qui respectent les conventions sociales ! Vous ne trouvez pas qu’on tourne un peu en rond dans votre affaire ? »

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Ne nous énervons pas!

11 novembre, 2010

Karine est une adepte de la fureur de vivre.

Elle vit avec la rage au ventre.

Au moment des soldes, elle est prise de frénésie acheteuse.

Elle se rue dans les magasins au milieu de mille harpies.

Après une lutte acharnée,

Elle prend n’importe quoi pourvu qu’on lui fasse un rabais monstrueux.

C’est de la folie furieuse !

Comme lecture, elle a surtout apprécié les « raisins de la colère ».

Pendant ses congés, elle sort son voilier et s’embarque sur des flots déchainés.

Elle revient souvent avec de la fièvre.

Et doit enfin se coucher. Tranquillement.

 

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