Les conseils du Grand Jacot (3)

J’aurais besoin qu’on manifeste plus d’égards à ma personne. Il faudrait qu’on fasse attention à moi, tout de même ! Mais comment les gens s’y prennent-ils pour se faire remarquer ? Je suis assez marrant en société ! Je trie mes déchets ménagers ! Je sais parler de n’importe quoi n’importe comment. Et pourtant, je sens  qu’on ne m’accorde aucune importance ! 

Pour bien faire, il faudrait que tu aies un poste clé dans la société : retraité, ça ne va pas du tout. Tu pourrais devenir cheminot pour embêter tout le monde avec les grèves ou alors pour avoir l’air en pointe dans le combat syndical. Ce sera selon les opinions de chacun. 

Ou alors instituteur pour terroriser les parents. Tu pourrais les convoquer le soir après le bureau. Ils seraient fatiguées et tu leur assènerais tranquillement que, selon toi, l’avenir de leur rejeton te semble bien sombre au vu de ses dernières performances en calcul mental. 

Tu pourrais être aussi médecin ou curé. Tu interdirais tout, en menaçant tout le monde d’un châtiment terrestre ou éternel : la drogue, le sexe, le chocolat, la cigarette, etc …

Mieux encore : deviens donneur de renseignements. Ce n’est pas compliqué : tu te positionnes sur le trottoir et tu donnes des renseignements aux passants. N’importe quels renseignements. Tu verras : les gens se précipiteront vers toi, te poseront plein de questions et en plus, ils te remercieront de ta disponibilité ! 

Une autre idée : deviens donneur de conseils ! C’est tranquille : on sait bien que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Tu donnerais des conseils en prenant un air sombre, le front plissé, le regard lointain, tourné vers un monde mystérieux dont tu détiendrais seul les clés. N’oublie pas de commencer tes phrases par : « Je n’ai pas de conseils à te donner mais… ». Chacun serait suspendu à tes lèvres pour recueillir l’oracle qui en tomberait. Ton maintien modeste en dépit de l’acuité de tes visions impressionnerait ton entourage. Ce serait bien, non ? 

Mouais, c’est pas mal ! Mais je pourrais aussi me mettre sur Facebook, il parait qu’on se fait des amis. 

Sauf qu’on ne les voit jamais. C’est très virtuel, tu sais ! 

Bon, si je comprends bien, le mieux c’est encore de ne pas être là. 

Hé, oui ! C’est la rareté qui fait le prix !  Ne dit-on pas qu’Un Tel brille par son absence.  Peut-être que ta présence manquerait à quelqu’un et que l’on commencerait à se demander ce que tu deviens. Tu pourrais alors surgir à l’improviste et tout le monde serait soulagé. On se mettrait autour de toi pour écouter ce que tu as à dire. Il te suffira alors d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter. Tu pourrais avoir fait un stage de survie au Groenland ou alors avoir été invité dans un camp d’entrainement pour terroristes ou bien encore avoir passé trois mois dans une rizière chinoise à la découverte d’une civilisation lointaine ! 

Pourquoi pas ! Il faudra simplement que tu prennes la précaution de laisser ton adresse un peu partout avant de partir. Il ne faudrait pas que les gens soient obligés de la chercher au moment où ils réclameront ton retour à grands cris. 

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