Archive pour le 23 novembre, 2010

Le chou à la crème de Marcel

23 novembre, 2010

Je me souviens encore de ce jour où Marcel nous a fait un drôle de malaise ! 

Je déambule dans les rues. 

Les magasins s’enchevêtrent ou s’empilent les uns sur les autres. Il faut que le consommateur soit de plus en plus tenté. Avant, il ne l’était pas assez ; il pouvait se payer le luxe d’hésiter devant une vitrine luxueusement achalandée ou bien même de remettre son achat à plus tard, le temps de réfléchir un peu. Pourquoi attendre de se faire plaisir ? Maintenant, si le chaland ne pousse pas la porte d’une boutique, celle de la suivante lui est grande ouverte. Il faut vraiment qu’il soit de mauvaise volonté pour ne rien acheter dès qu’il met un pied sur le trottoir ! 

Un tel progrès était insuffisant. Aujourd’hui, les tentateurs travaillent même le dimanche. Comme ça, l’acheteur peut se sentir interpellé même le jour du Seigneur, qui est certainement d’accord puisqu’il  n’a rien trouvé à redire à cette nouvelle organisation. 

Et puis si le client n’a pas assez d’argent, on l’aide. Il y a, dans ce but, la période des soldes, dont la durée est sévèrement réglementée de manière à laisser une place à l’époque des promotions, qui devra elle-même savoir s’effacer à la date des rabais astronomiques. Il faut qu’il y ait des tentations, mais des tentations organisées c’est beaucoup mieux. 

Si le ménage, par une espèce de frilosité dont chacun percevra le caractère asocial voire même un peu égoïste, si le ménage –disais-je donc- s’avise de retenir sa frénésie d’achat dans une attitude économe peu compréhensible, on appelle une nouvelle race de héros : les super-tentateurs. Ces hommes lui offrent un crédit quasiment illimité. Tout est fait pour faciliter la vie du tenté qui n’a pas à se plaindre. Quand le foyer a épuisé la réserve d’un crédit, il suffit de frapper à la porte du magasin suivant pour en obtenir un autre qui permettra de rembourser le premier et de rénover son matériel ménager qui commence à dater un peu – soit dit en passant-  puisqu’il l’a changé voilà déjà plus de  six mois ! 

Chemin faisant, mon regard tombe sur un miséreux qui vit à même le sol tendant la main dans l’attente d’une obole salvatrice. C’est bien, il faut des miséreux. Il faut que les clients tentés aient continuellement devant eux l’image de ce qu’ils vont devenir s’ils ne deviennent pas à leur tour des tentateurs pour les autres. C’est tout de même très facile : il suffit d’ouvrir un commerce, de lancer un magasin de n’importe quoi, de se faire recruter par une banque,  puis après avoir ciblé sa clientèle, de la tenter. Lorsqu’on a bien tenté, cela s’appelle une réussite sociale.

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