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Effets spéciaux

4 novembre, 2010

 

Max Justin s’est retiré dans ce trou perdu de Savoie pour écrire en quinze jours le scénario qu’il a promis. Le chalet domine la vallée qui s’endort dans les tons mordorés de l’automne naissant. Les volets voisins se sont refermés sur les vacances fanées des estivants enfuis. 

Il a installé son ordinateur portable sur la terrasse du chalet. La matinée est fraîche, mais un rayon de soleil agréable tombe sur ses épaules. Emmitouflé dans son écharpe rouge traditionnelle, il sera dans les meilleures conditions pour écrire. Son regard anxieux s’attarde sur son clavier muet, sa main fourrage dans sa barbe de huit jours. Il plonge encore le bec dans une tasse de café noirâtre. Le constat est là, présent, palpable, sévère : l’inspiration est défaillante. 

Mais Max est un scénariste d’expérience. Il a déjà vécu cette angoisse. Comme tous les auteurs qui n’ont plus d’idées, Max va écrire sur lui-même. Ce sera l’histoire d’un écrivain qui manque d’inspiration. Pour construire le texte, il va puiser dans un sujet inépuisable : la psychologie féminine. 

Max n’a pas de temps à perdre à imaginer des préliminaires inutiles, on va mettre tout de suite les protagonistes face à face. Le héros, si on peut le nommer ainsi, a besoin d’un modèle à observer : il a jeté son dévolu sur Mélissa. Mélissa, c’est bien, c’est moderne, un tantinet exotique. Pour le prénom du héros, on verra plus tard. 

La première scène se passe dans un bistrot parisien. Ce n’est pas original, mais c’est encore là où l’on peut le mieux exposer et s’exposer. Les deux personnages font connaissance ; l’ambiance est mi-figue, mi-raisin. On ne sait pas trop ce que pense la jeune femme. Il faudra choisir une comédienne connue pour l’ambigüité de ses regards.

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