Archive pour octobre, 2010

Les pénitents du père Ducard

21 octobre, 2010

L’abbé Ducard regarde sa montre, puis il recense ses ouailles. Ils sont tous là comme convenu. Gaëtan Bidouart, le capitaine des pompiers est arrivé le premier comme d’habitude. C’est un soldat, toujours vaillant devant l’épreuve ! C’est normal ! Après lui, le notaire Norbert Berrichon. L’abbé déteste sa mine de fouine, son allure fourbe, et sa façon de se déplacer, penché en avant les mains dans le dos, comme s’il cherchait constamment un trésor sous ses pieds. 

Juste après lui, Louis de la Vernadière, le conseiller général. Il est apparu au coin de la place du Marché, la panse proéminente, le regard binoclard et torve, en ayant l’air de se demander ce qu’il venait faire là, tout en le sachant très bien. 

Puis l’abbé a accueilli tous les autres un par un. Le médecin Morissot, le surveillant général du lycée Bertin, le bijoutier Poulain, l’adjoint au maire Lartigot, etc.. etc… 

Le prêtre prépare cette journée depuis trois mois. 

L’outrecuidance et la vanité humaine a toujours profondément exaspéré l’ecclésiastique. Ces hommes qui piétinent devant lui, ces notables imbus de leur importance communale, ces êtres orgueilleux et fiers de leur réussite professionnelle, il les exècre. Il sait qu’ils fréquentent ses offices pour paraître. 

Paraitre, c’est le seul mot qu’ils comprennent. Non seulement, ils estiment leurs existences plus précieuses que celles de leurs concitoyens, mais encore il convient que ces derniers soient les témoins assidus de leur réussite matérielle. La messe du dimanche est le lieu de rencontre idéal et complètement détourné qui permet à la  ville d’en-haut de faire admirer ses atours aux gueux des quartiers d’en-bas. 

Eh bien, puisqu’ils veulent se montrer l’abbé Ducard a décidé de prendre ces messieurs à leur propre jeu !

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Y’a un comme un doute

20 octobre, 2010

Johny était agent double de profession.

Il aimait entretenir l’ambigüité.

Il s’arrangeait pour avoir des ongles d’une propreté douteuse.

Il ne sortait que par des temps incertains.

Pour se promener dans des terrains vagues.

Dans la rue, il arborait un sourire équivoque.

Il n’empruntait que les rues à double sens.

Dans les magasins, il tenait des propos énigmatiques.

Il aimait peindre  des tableaux qui baignaient tous dans un flou artistique.

Sans aucun doute, l’avenir de Johny est problématique.

Un client inattendu.

19 octobre, 2010

Il était pourtant sympathique, Marcel avec son allure sportive, ses petits yeux bleus et sa coupe de cheveux à la Jeanne d’Arc. Son sourire franc inspirait confiance. On avait envie de le connaître. D’ailleurs, même quand on ne le connaissait pas, il se chargeait d’assurer sa propre promotion auprès de ses interlocuteurs. Marcel était un homme de bonne compagnie qui savait s’ouvrir aux autres. 

Le premier problème, c’était qu’avec Marcel, tout était faux. Le second, c’était que tout le monde le savait. 

A commencer par ses diplômes. Marcel se prétendait docteur en sociologie. Enfin, c’est ce qu’il avait annoncé lors de son entretien d’embauche pour une place de garçon de salle au Resto-Grill, situé juste après la sortie de l’autoroute. Sa thèse sur les représentations sociales des métiers traitant des déchets urbains avait, parait-il, fait grand bruit dans les milieux universitaires. Comme Marcel était un homme qui savait mettre en pratique ses idées, il avait décidé que sa carrière professionnelle serait entièrement vouée au maniement de la serpillière et de l’éponge à récurer, au nom de la revalorisation des fonctions sociales subalternes. 

Ce fut dans ces dispositions d’esprit que Marcel se présenta à Louis, le directeur du Resto-Gril qui avait un besoin urgent de remplacement de personnel à satisfaire et qui n’avait pas le loisir de consulter les annales de la faculté de lettres pour vérifier les affirmations du candidat unique au poste de travail qu’il proposait. L’affaire fut donc rapidement conclue.

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Restons unis, mes frères!

18 octobre, 2010

Jean déguste son assortiment varié de crudités,

Pendant le diner annuel de l’Amicale de boulistes qu’il anime.

Il dit qu’il faut savoir se réunir entre êtres humains.

Même si l’on possède une agrégation de maths.

Se réunir dans n’importe quoi : une compagnie théâtrale ou une confrérie religieuse.

Mais se réunir.

Il faut éviter tout de même les sectes secrètes ou les organisations claniques.

Ou encore les alliances contre nature.

Puis il s’excuse : il a aussi un diner avec l’Harmonie Municipale.

Avant d’aller prendre le dessert au congrès des anciens combattants.

Et le digestif aux assises des collectionneurs de couvercles de camembert.

Nos controverses philosophiques (4)

17 octobre, 2010

Comme à son habitude, Monsieur Leblanc s’arrête un instant devant le jardin de M.Lenoir. L’automne venant, celui-ci ratisse les feuilles jaunâtres qui jonchent sa pelouse. Monsieur Leblanc salue cérémonieusement son voisin. 

Il s’inquiète de l’absence de Monsieur Lerouge à la dernière assemblée générale du club bouliste qu’ils fréquentent tous les trois. Monsieur Lenoir avoue son ignorance : 

« Qu’est-ce qu’il devient ? … Je n’en sais rien, je ne le vois plus » 

Monsieur Leblanc s’interroge à haute voix : 

« Alors, c’est qu’il est devenu transparent. Non, voyons… Ce n’est pas possible. C’est qu’il est parti ! C’est fou, il faut toujours que les gens partent. Certes, au début des temps, les hommes se déplaçaient tout le temps à la recherche de leur pitance, mais avec le développement de la civilisation, nous sommes devenus sédentaires. Si tout le monde bouge, ça va être la pagaille ! Dans ce surcroît de mobilité géographique, ne peut-on pas voir une régression sociale ? Qu’en pensez-vous, Monsieur Lenoir ? » 

Pour une fois, Jean-Antonin Lenoir est de l’avis de Monsieur Leblanc. Il s’appuie sur son râteau et enchaine : 

« Vous avez raison, Alexis, les hommes croient toujours que c’est mieux ailleurs : plus de soleil, plus d’argent, plus de gens sympathiques… » 

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Vingt précautions valent mieux qu’une

17 octobre, 2010

Henri hésite :  le temps est incertain.

On pourrait même dire mitigé.

Il formule plusieurs hypothèses sur le déroulement de ses congés.

Il examine l’éventualité de longues promenades.

Sans pour autant écarter la possibilité de visites de monuments historiques qui le mettraient à l’abri d’éventuelles intempéries.

Il faut qu’il en délibère avec Gontran avant de prendre une décision.

Peut-être même devrait-il partager sa perplexité avec Antoine qui est un homme avisé.

Sans oublier Jim, dont il apprécie les conseils.

Mais Henri est prudent : il ne faut pas aller trop vite en besogne pour ne pas se tromper.

On ne prend jamais assez de précautions !

Il va plutôt consulter Louisette qui connait, mieux que lui,  les personnes à interroger.

Et puis après, il établira son objectif et une première version de son programme de travail pour les vacances.

Pour plus de sureté, il le fera valider par grand-mère Ernestine qui pourra réunir le conseil de famille.

Il faut savoir tirer parti de l’expérience des anciens, que diable !

 

Une découverte dangereuse

15 octobre, 2010

 Marjorie s’inquiète. Qu’est-ce que c’est que cet objet qu’elle vient de découvrir devant sa porte ? Décidemment les gens laissent traîner n’importe quoi. Sa cour n’est pas le dépotoir municipal ! Hier, c’était un ballon, avant-hier une boite de conserve ! Où va-t-on ? Non, mais où va-t-on ? 

Aujourd’hui, voici qu’elle découvre cette chose longue munie d’une espèce de lame qui a l’air tranchante. Quand on est mère de famille avec huit enfants à surveiller, on se doit d’être vigilante. Marjorie se fait du souci pour le p’tit dernier, Roger, qui joue avec tout ce qu’il trouve. L’inconscient pourrait très bien s’emparer de cette chose inconnue. Personne ne sait à quoi ça sert ? Qu’importe, Roger trouvera sûrement un usage insolite et si possible très périlleux à sa nouvelle découverte ! 

Il va falloir qu’elle en parle à sa copine Lucie. Elles sont voisines et partagent tous leurs soucis quotidiens depuis si longtemps ! Il ne faut pas compter sur Raoul. Lui, tout ce qu’il sait faire, c’est réveiller les environs à six heures du matin en chantant au moment de sa toilette, puis aller draguer dans le quartier pendant le restant de la journée. Aucun souci ! Aucune attention à la surveillance des enfants ! Aucune participation aux tâches ménagères ! 

Marjorie revient avec Lucie. Les deux amies clopinent tout en caquetant avec gravité. Soudain Marjorie se précipite, affolée : 

-          J’en  étais sûre ! Veux-tu retourner avec tes frères et sœurs ! 

Marjorie est furieuse : Roger a profité de son absence momentanée pour s’approcher de cet engin inconnu ! Quel imprudent ! Il faudra donc toujours avoir un œil sur lui ! Il la fera devenir chèvre ! 

 Arrivée devant l’objet de l’inquiétude de Marjorie, Lucie se penche ostensiblement sur cette chose bizarre. Elle est longue, effilée, et pointue à l’une de ses extrémités ce qui en fait effectivement un ustensile à risques. Tant qu’on ne sait pas ce que c’est, il vaudrait mieux ne pas y toucher !

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Possession

14 octobre, 2010

Juliette est une poétesse qui traque la richesse des rimes.

Pour tout patrimoine, elle a une bicoque à la campagne.

Ou elle invite ses amis à la fortune du pot.

Avoir un auditoire, c’est capital.

Elle leur récite les fonds de se ses tiroirs,

En faisant le tour de sa propriété.                 

Ils lui disent souvent qu’elle en pleine possession de son art.

Juliette est heureuse : ces compliments lui font du bien.

Dialogue spirituel

13 octobre, 2010

« Qu’est ce que vous faites là, à regarder le ciel ? »

« Je prie les dieux ! »

« Parce qu’il y en a plusieurs ? Je n’étais pas au courant ! Et qu’est-ce que vous leur demander aux dieux ?  Enfin, si ce n’est pas indiscret de ma part ! »

« Pour le moment, je suis en contact avec le dieu du sport, je le prie de bien vouloir accorder une petite victoire à l’équipe de foot local. On se traîne en bas du classement, vous comprenez ?»

« Je comprends surtout que vous feriez mieux de changer votre milieu de terrain, le mercato n’est pas encore fini que je sache ! Mais ça m’intéresse votre affaire, vous n’auriez pas un contact avec le dieu des transports, le bus du matin est tout le temps en retard. Ça fait des tas d’histoires au bureau ! »

« Non, mais je viens de faire une offrande au dieu de l’amour »

« Vous avez des soucis, en ce moment ? »

« Je viens de me séparer de Stéphanie ! »

« Qu’est-ce qui n’allait pas entre vous ? »

« Son pseudo ! Sur Internet, elle s’appelait Tartine à la fraise ! Ça n’allait pas du tout ! Vous comprenez ? »

« Pourquoi, vous me demandez toujours si je comprends ? Vous avez quoi d’autres comme dieux en ce moment ? »

« Attendez ! On n’est pas au supermarché ! Il s’agit de spiritualité, tout de même ! Un peu de dignité que diable ! Enfin ça, c’est une façon de parler !»

« On ne peut rien demander, alors ! »

 « Pour les problèmes matériels, il faut voir votre député ! »

« Je ne peux pas, je n’ai pas voté pour lui et en plus je crois qu’il est en prison en ce moment ! C’est un peu délicat de lui présenter une requête ! Vous comprenez ?»

« Bon, allez, je peux vous présenter au dieu du cynisme, si vous voulez… »

« Vous avez réponse à tout, vous ! Je vais peut-être me dispenser d’une visite dans le temple de l’amoralité. Le mieux, ce serait que je prenne mes affaires en mains, moi-même. Vous comprenez ? »

Pause de quelques jours dûe à une panne Internet

11 octobre, 2010
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