Les conseils du grand Jacot (1)

 J’ai envie de ne rien faire. Mais lors rien de rien. De me mettre dans un coin et de me contenter de respirer. A la rigueur de regarder autour de moi. Pas trop, pour ne pas être obligé de constater que mon appartement est en désordre et qu’il faudrait que je range. Je pourrais simplement écouter le silence. 

Selon le grand Jacot, ça s’appelle de la paresse et c’est très mal vu par les temps qui courent. Il faut absolument faire quelque chose. Selon le grand Jacot, qui revient miraculeusement d’un trekking en Afghanistan, il faut se bouger, se remuer, ne pas rester planter comme une courge. Il y a toujours quelque chose à faire : 

-Ch’ais pas moi ! Fais du sport ! Voyage ! 

Si je comprends bien, il faut être en mouvement. Moi, c’est pas mon truc. Je voudrais faire quelque chose où on est assis ou couché. 

Non, selon Jacot, je ne comprends pas. Il faut s’occuper l’esprit avec quelque chose de constructif, si possible. 

Le problème, selon lui, c’est que l’esprit s’occupe tout seul. L’esprit ne supporte pas le néant. Quand on réfléchit, on voit bien que l’on ne peut pas réfléchir à rien. Quand on dort, l’esprit s’agite : on rêve. Quand on ne réfléchit à rien, c’est qu’on est mort ! 

Et encore ! Certains prétendent qu’on peut communiquer avec les morts ! Ou que les morts essaient de rentrer en communication avec les vivants !

Soit, ça m’arrange ! Pendant mes longues séances de pause, je vais m’entretenir avec les décédés. 

D’autant plus que j’ai des choses à dire à Christophe Colomb. S’il ne s’était pas chargé de découvrir l’Amérique, on n’en serait pas au point où nous en sommes ! 

Quant à mon arrière-grand père, je lui signale au passage qu’il aurait pu se dispenser de ruiner sa descendance en achetant des emprunts russes. 

Comment ça « Tais-toi donc, vil manant ! ». Qui a parlé ? C’est Louis XIV ; je l’aurais parié. Je prierais sa Majesté de ne pas se mêler de mes affaires de famille d’une part et de bien vouloir considérer que ma position dans l’échelle indiciaire de ma convention collective ne lui permet pas de me confondre avec n’importe qui, d’autre part. 

J’entends quelqu’un d’autre qui s’exprime dans le fond. Ah ! C’est Louis XVI. C’est sans importance, ça n’a ni queue ni tête ! 

Je suis vite débordé par la foule des importuns en tous genres. 

J’en réfère au grand Jacot. Il me répond que c’est bien fait pour moi. Si je ne veux pas être incommodé par toute la lignée des Bourbons ou par mes aïeux, il ne faut pas que je ne fasse rien. Il faut s’occuper l’esprit et donc se mouvoir. Dans le cas contraire, mon esprit s’occupera tout seul à n’importe quoi, comme parler avec les morts. Et alors là…. Le grand Jacot  accompagne ces derniers mots d’un vague mouvement de la main qui ouvre la porte à toutes sortes de catastrophes potentielles qui m’arriveront sûrement si je continue à croire que je peux rester bien tranquille à buller dans mon coin. 

Laisser un commentaire