Archive pour le 7 octobre, 2010

La révolte de la rame 17

7 octobre, 2010

C’est du classique. Pour ce 25 juin, jour de départs massifs en congé, la plupart des syndicats ont décrété une grève pour l’emploi et les salaires. 

Heureusement le service minimum existe. On va faire un miracle. On va mettre deux trains dans un. Le TGV Paris-Lyon de dix-sept  heures embarquera les passagers du seize heures trente. Sur le quai, c’est la cavalcade. Les vociférations contre la vie de chien que l’on mène se mêlent aux annonces confuses et inaudibles des haut-parleurs. Les ronronnements des valises à roulettes se répondent joyeusement  dans l’espace empuanti par la sueur des uns et des sandwichs avariés des autres. 

Les rares contrôleurs sont encerclés, ils compulsent fébrilement des papiers qui s’envolent. Ils apportent  aux uns la réponse aux questions des autres. 

Un homme moustachu, avec une verrue sur le nez, élève la voix et pointe le doigt vers un uniforme. Il n’est pas sûr de parler à un cheminot mais il faut qu’il explose : 

-          On nous prend en otages ! Monsieur ! Oui, parfaitement, en otages ! 

Dans les couloirs de seconde, c’est déjà la foule. Des privilégiés pourront voyager assis sur les marches des escaliers qui montent à l’étage des rames. 

Par la fenêtre des wagons des riches, on regarde d’un air ennuyé les pauvres se précipiter vers les voitures où ils voyageront debout. A trois cent kilomètres heure peut-être, mais enfin debout. Entre bourgeois, on s’arrange calmement : de toute façon, les rames de première classe sont à moitié vides, on pourra donc facilement accepter les voyageurs de seize heures trente. A condition qu’ils aient un billet de première, bien entendu. 

Les portes automatiques coulissent enfin. En seconde classe, il faut tasser les bagages, les sacs, les passagers dans l’espace réservé aux montées et descentes. 

Le train s’ébroue et prend peu à peu de la vitesse.

(suite…)