Archive pour septembre, 2010

Il est bien temps, Jean !

8 septembre, 2010

Jean court : c’est son jogging hebdomadaire.

Il lui faut évacuer ses soucis : régler son tiers provisionnel,

Acheter son pain quotidien,

Payer son loyer mensuel,

Signer le bulletin trimestriel du gamin,

Vérifier la garantie décennale de sa maison,

Préparer la fête estivale de son club de pêche à la ligne,

Eviter la grippe saisonnière.

Pauvre Jean !

Service après vente

7 septembre, 2010

Maurice est le vendeur d’âmes de la rue Lenoir. Il a un fournisseur unique, c’est Celui à qui l’on rend son âme après le long chemin de la vie. Maurice a du travail : après chaque cérémonie de funérailles, il doit remettre à neuf l’âme du défunt. Ce n’est pas toujours une tâche simple : certaines d’entre elles sortent tellement noircies d’existences vouées au péché que Maurice ne peut les ravoir. Le Patron exige de la qualité, du pur et même de l’innocence ! 

Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais le savoir-faire de Maurice est très pointu. Il faut être capable de mesurer la grandeur d’une âme pour bien l’adapter à son futur  propriétaire ! 

Le soir, après le labeur, Maurice passe en revue ses rayonnages. Il tient un compte précis de ses entrées et sorties de marchandises. On dit de lui qu’il tient ses états d’âme. 

Aujourd’hui, il a un problème. Le père de Sébastien est venu poser une réclamation. La Divinité a beaucoup à faire avec la vague de décès consécutive à la nouvelle grippe guatémaltèque. Il a dirigé directement le papa de l’enfant Sébastien vers la boutique de Maurice. 

Monsieur Nicolas, le géniteur de Sébastien, est furieux : il avait bien spécifié qu’il voulait que son fils ait une âme de poète. Monsieur Nicolas, la moustache en bataille, explique longuement à Maurice que ce n’est pas du tout le cas. A dix ans, Sébastien est un vaurien. 

Il a du dédommager la concierge à la suite de la perte de sa chatte Bernadette que son sacripant de fils a introduit dans la machine à laver familiale parce qu’il trouvait que l’animal sentait mauvais. 

A l’école, Sébastien défraye la chronique académique par sa persistance à confondre les grandes plumes de la littérature française avec des joueurs de foot. La semaine dernière, Mademoiselle Pinson, une institutrice bien méritante, a attiré à son grand regret, l’attention du papa de Sébastien sur une rédaction de son fils dans laquelle ce dernier s’indignait du manque d’audace d’Arthur Rimbaud devant les buts et du prochain transfert de François Rabelais au Bayern de Munich pour des millions de dollars !

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Un petit bout de quelque chose

6 septembre, 2010

Igor visite le quartier.

Il recherche une parcelle de terrain.

Pas trop près du tronçon d’autoroute.

Le voisinage doit ne pas dépasser un quota d’immigrés.

Il invite à déjeuner un promoteur, ravi d’augmenter sa part de marché.

Ils commandent une tranche de melon,

Une bonne ration de bœuf aux carottes,

Et une part de fromage.

Au dessert, Igor emporte le morceau.

Il obtient le lot qu’il convoitait

Pour une bouchée de pain.

Nos controverses philosophiques

5 septembre, 2010

 

Monsieur Leblanc a bon espoir. 

Monsieur Lenoir l’interroge avec un air sceptique : « Espoir de quoi ? ». 

Monsieur Leblanc n’en sait rien. Il a de l’espoir, c’est comme ça. C’est comme avoir de grands pieds, ça ne s’explique pas. Mais Monsieur Lenoir n’est pas convaincu : 

« Vous ne voudriez pas essayer d’être un peu pessimiste, ce n’est pourtant pas compliqué ! » 

C’est vrai ça, qu’est-ce qu’espère Monsieur Leblanc ? Il a une vie médiocre, un salaire d’employé insérable, une voiture à bout de souffle, une famille en lambeaux, un penchant pour les jeux de hasard coupable. Où va-t-il Monsieur Leblanc avec son espoir ? Ce n’est pas réaliste : Monsieur Leblanc est promis à un très vilain avenir ! 

Ce dernier répond naïvement qu’on peut toujours espérer que les choses vont s’améliorer. Monsieur Lenoir ricane : Monsieur Leblanc n’a décidemment rien compris à la vie. « Quelles choses ? » demande-t-il à Monsieur Leblanc en ayant de la peine à retenir un ton sarcastique.

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Un pointure en gastronomie

4 septembre, 2010

Lucien  aime la sauce piquante dans le couscous.

Mais, il a un sens aigu de l’observation.

Il dispose d’un œil perçant.

Lorsqu’il se pointe dans un restaurant

Même s’il est plongé dans une discussion à fleurets mouchetés,

Il remarquera l’absence d’accompagnement de son plat préféré et fera une remarque acérée au serveur.

Puis, il saura enfoncer les clous.

Il ira chercher le chef, même si celui-ci est un fer de lance de la cuisine française.

Lucien s’écriera alors : « Punaise ! Où est la harissa ? »

Décidemment, Lucien doit toujours faire des piqures de rappel.

Sur ce sujet pointu !

Emissions

3 septembre, 2010

Marie aime faire du lèche-vitrine.

C’est le portrait craché de sa mère.

L’ouverture des soldes la fait baver d’envie.

Elle court alors les magasins sans souffler un instant.

Elle bouscule les vendeuses haletantes sous la pression de la foule.

Son rimmel suinte dans la chaleur des grands magasins.

Elle salive devant des articles de marque.

Lorsque sa taille manque, elle écume comme une folle d’un rictus de colère.

Lorsqu’enfin  elle trouve son affaire, elle passe une langue gourmande sur sa bouche vermeille.

L’homme est un loup pour l’homme

2 septembre, 2010

Maurice n’en revient pas. Il vient de commettre la première erreur en vingt-cinq ans de carrière. Il s’est fait avoir comme un débutant.

Son rang de directeur adjoint des ventes, il l’a conquis à la force de ses mauvais coups. Il a tout fait, Maurice, pour arriver à cette dignité, sutout des indignités.

Les attaques par derrière sont une de ses spécialités. Dénigrer un collègue en son absence est un moment d’une suprême délectation.

Il vient de démolir Martin pendant ses congés, auprès du Directeur Général. Ce fut un moment particulièrement médiocre donc jouissif pour Maurice. En préambule, Maurice a bien entendu protesté de son innocence légendaire en rappelant qu’il n’a pas l’habitude de médire de ses collègues et encore moins de les dénoncer. Néanmoins, il est attaché à l’image et à l’efficacité de l’entreprise et il se trouve que, de manière tout à fait fortuite, il a été le témoin de quelques dysfonctionnements dans le service de Martin. Oh ! Rien de grave, bien entendu. Mais suffisamment tout de même pour faire échouer la négociation avec les japonais.

A son retour de Martin a eu droit à un entretien orageux dans le bureau de la direction. Maurice s’était même payé le luxe de le consoler en lui affirmant la main sur l’épaule que « nous sommes tous passés par là, mon vieux ! ».

Maurice est donc un excellent calomniateur qui a servi les directions successives de la manière la plus perverse. Sa progression dans l’échelle hiérarchique a suivi le cours de ses méchancetés, bien que les dirigeants qui exploitent sa servilité prennent soin qu’elle ne soit pas trop rapide d’une part pour ne pas éveiller les soupçons et d’autre part pour que l’intéressé continue d’ambitionner un rang supérieur.

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Notre collection prêt-à-porter!

1 septembre, 2010

Louis n’entendait pas porter le chapeau de la défaite.

Il fallait que le linge sale soit lavé en famille !

Il avait fait son boulot en marquant son adversaire à la culotte.

Ce n’était pas de sa faute si un blanc manteau de neige avait recouvert le terrain.

Juste avant que son équipe ne prenne une veste.

Ses détracteurs avaient ri sous cape.

Mais il saurait leur tailler un costume pour l’hiver.

Sans prendre de gants !

Ou alors, il rendrait son tablier !

 

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