Archive pour le 19 septembre, 2010

G1, G2 et H

19 septembre, 2010

« Le premier qui bouge un cil, je le bute ! » 

La phrase est un peu conventionnelle dans ce genre de situation, mais elle produit toujours son effet. Les deux malfrats nous ont jetés dans la salle de réunion sans ménagement. 

Berthier,  le directeur d’agence, tente encore de plastronner : 

« Je m’élève… » 

« Ta gueule !… » 

Berthier ne s’élèvera plus pour un petit moment. Il préfère essuyer ses lunettes aux montures dorées avec son ineffable pochette rouge assortie à sa cravate bordeaux. 

En face de lui Ballandreau, le caissier a assis ses cent douze kilos dégoulinant de sueur dans un siège qui grince furieusement sous le poids de son occupant. Il passe un mouchoir d’une propreté douteuse sur son font dégarni, tout en torturant convulsivement sa moustache grise de l’autre main. Ballandreau en est à son troisième hold-up. 

Mademoiselle Louise, la chef-comptable, est prostrée, comme repliée sur elle-même. Son visage austère disparait sous sa tignasse échevelée. Elle pleure probablement. On la sent au bord de la crise de nerfs. Si elle craque la situation va devenir compliquée. Je devrais peut-être lui parler, mais je crains d’aggraver son angoisse. 

La situation, on la doit à la diligence de Ludovic qui tente encore de faire bonne figure en face de moi. Ses yeux écarquillés lui donnent toujours un air étonné. Mais cette fois-ci, il est surpris pour de bon. Il ne cesse de redresser la mèche blonde qui lui tombe sur le nez. 

Ludovic était au guichet au moment où les trois énergumènes sont entrés dans la banque en brandissant leurs Kalachnikov. Je dis Kalachnikov car je ne connais pas d’autre nom pour ces armes de guerre à l’aspect meurtrier comme on en voit qu’au cinéma. Toujours est-il que si Ludovic les avait laissés nous dévaliser et s’en aller paisiblement avec leur butin, nous serions tranquilles. Peut-être même déjà rentrés à la maison. Mais il a cru bon d’activer du pied le système d’alarme.

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