Archive pour le 7 septembre, 2010

Service après vente

7 septembre, 2010

Maurice est le vendeur d’âmes de la rue Lenoir. Il a un fournisseur unique, c’est Celui à qui l’on rend son âme après le long chemin de la vie. Maurice a du travail : après chaque cérémonie de funérailles, il doit remettre à neuf l’âme du défunt. Ce n’est pas toujours une tâche simple : certaines d’entre elles sortent tellement noircies d’existences vouées au péché que Maurice ne peut les ravoir. Le Patron exige de la qualité, du pur et même de l’innocence ! 

Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais le savoir-faire de Maurice est très pointu. Il faut être capable de mesurer la grandeur d’une âme pour bien l’adapter à son futur  propriétaire ! 

Le soir, après le labeur, Maurice passe en revue ses rayonnages. Il tient un compte précis de ses entrées et sorties de marchandises. On dit de lui qu’il tient ses états d’âme. 

Aujourd’hui, il a un problème. Le père de Sébastien est venu poser une réclamation. La Divinité a beaucoup à faire avec la vague de décès consécutive à la nouvelle grippe guatémaltèque. Il a dirigé directement le papa de l’enfant Sébastien vers la boutique de Maurice. 

Monsieur Nicolas, le géniteur de Sébastien, est furieux : il avait bien spécifié qu’il voulait que son fils ait une âme de poète. Monsieur Nicolas, la moustache en bataille, explique longuement à Maurice que ce n’est pas du tout le cas. A dix ans, Sébastien est un vaurien. 

Il a du dédommager la concierge à la suite de la perte de sa chatte Bernadette que son sacripant de fils a introduit dans la machine à laver familiale parce qu’il trouvait que l’animal sentait mauvais. 

A l’école, Sébastien défraye la chronique académique par sa persistance à confondre les grandes plumes de la littérature française avec des joueurs de foot. La semaine dernière, Mademoiselle Pinson, une institutrice bien méritante, a attiré à son grand regret, l’attention du papa de Sébastien sur une rédaction de son fils dans laquelle ce dernier s’indignait du manque d’audace d’Arthur Rimbaud devant les buts et du prochain transfert de François Rabelais au Bayern de Munich pour des millions de dollars !

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