Archive pour août, 2010

Leçon d’humanité

21 août, 2010

Pour certains, Paul était un mec  bizarre.

Il voyait partout des gens bien.

Même des individus louches trouvaient grâce à ses yeux.

Paul considérait chaque être comme unique.

Des hommes providentiels à la plus modeste des créatures,

Il reconnaissait à chacun sa part de dignité humaine.

Pour beaucoup, Paul était donc un homme louche.

Un type qui aimait son prochain ! Vous pensez…

Paul se comportait comme un Monsieur !

Aucune personne sensée ne le contestera.

Mercato

20 août, 2010

Il s’appelait Albin.

Il devait arriver de la perfide Albion.

Mais il nous avait fait une promesse de Gascon.

Albin était devenu l’Arlésienne.

Le téléphone Arabe le remplaça par Julius.

Qui venait des steppes de l’Asie Centrale.

On disait qu’il était fort comme un Turc.

Mais il fila à l’Anglaise.

Melchior, un homme du Roi de Prusse,

Nous fit une réponse de Normand.

Puis il alla se faire voir chez les Grecs.

La période du mercato allait s’achever.

On n’était pas sorti de l’Auberge Espagnole.

Une soirée presque ordinaire

19 août, 2010

Ils sont là, tous les quatre. Comme tous les soirs. Dans l’âtre, une misérable flambée éclaire fugitivement leurs silhouettes plongées dans la pénombre. 

Dès la tombée de la nuit, ces quatre malheureux se groupent autour d’un feu malingre et rabougri comme pour permettre à leurs misères de se tenir chaud en se frottant les unes aux autres. 

La marquise est assise dans un fauteuil boiteux et dépareillé, à sa place quotidienne. Elle a encore un port de tête altier. Un regard émeraude vif éclaire son visage déterminé. Sous les coups de la misère, son unique robe de satin a perdu son éclat. Les broderies de ses manches s’effilochent lamentablement. Son châle est atteint pas les mites. 

Elle porte son regard sur son vis-à-vis, le comte de Villemomble dont les yeux rougis par la fatigue et la faim sont comme obnubilés par les flammes dérisoires du foyer moribond que Marcus essaie parfois de raviver. 

Autrefois Arnaud de Villemomble lui faisait outrageusement la cour. Il était beau et fort. La marquise ne reconnait plus ce bellâtre dans la silhouette voûtée et amaigrie qui semble, jour après jour, se recroqueviller sur elle-même. Son costume est terni. Ses bas de soie plissent sur ses chevilles décharnées.

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Style pompier

18 août, 2010

L’incendie de ses yeux m’avait séduit.

Mais désormais, le torchon brûle entre nous.

J’ai jeté au feu mes illusions.

La flamme s’est éteinte.

A force de faire des économies de bouts de chandelle,

Nous passions des soirées à la lueur des bougies.

L’hiver nous allumions une petite flambée dans la cheminée.

Mais nos sens ne s’embrasaient plus au coucher.

Il suffirait pourtant d’une étincelle

Pour que la lumière jaillisse

Et que nos ardeurs pétillent

Péché de gourmandise

17 août, 2010

Dans leurs aubes blanches, les jeunes novices sortent sur la placette du couvent en s’égayant comme une envolée d’oisillons jaillissant du nid maternel. 

C’est la promenade du jeudi ! La sortie de la semaine ! Le moment où elles pourront voir le monde ! 

 Sœur Marie-Thérèse encadre sévèrement la petite troupe impatiente et bavarde. Elle doit frapper dans les mains pour rappeler à l’ordre les jeunes filles. 

-          Un peu de silence, Mesdemoiselles ! 

 La promenade du jeudi doit se dérouler en rangs, deux par deux, et si les demoiselles sont autorisées exceptionnellement à discuter entre elles pour se détendre, les conversations doivent se dérouler à voix basse, avec  la réserve qui convient dans une éducation vouée à un détachement sans faille des petits plaisirs terrestres. Les écarts devront être avoués au cours de la confession hebdomadaire auprès du père Dupuis ! 

Quel soulagement pourtant, cette sortie hebdomadaire ! Malheureusement pour aujourd’hui, c’est Sœur Marie-Thérèse qui est chargée de conduire la dizaine de jeunes novices jusqu’au jardin des plantes comme chaque jeudi. Sœur Marie-Thérèse est la plus sévère. Avec elle, il n’est pas question de musarder en chemin comme avec Sœur Amélie. Il est même interdit de s’esclaffer dans les rangs sous peine de passer un mauvais quart d’heure dans le bureau de la mère supérieure ! 

La colonne chemine le long des rues qui s’éveillent. C’est jours de marché, les passantes, cabas au bras, se pressent sur les trottoirs. Parmi ses congénères, Juliette est, la plus grande et, de l’avis général, la plus délurée. En marchant elle baisse la tête, jette son regard malicieux à la dérobée vers Marie, sa voisine et furtivement vers Justine, la silhouette dégingandée qui marche sur ses pas : 

-          Prête Justine ?

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Tant qu’on a la santé…

16 août, 2010

Il est inquiet, il a les foies.

Je dirais même qu’il se fait de  la bile.

Il pense qu’il n’a jamais de veine.

Pourtant il connait la question sur le bout des doigts.

Il y tient comme à la prunelle de ses yeux.

Il faut lui retirer cette épine du pied.

Sinon, il en aura gros sur le cœur.

A son corps défendant, il a du se mettre en cheville avec Romain.

Qui lui a dit de ne pas se faire de mauvais sang.

Il ne l’aura pas dans l’os.

Il réussira son examen de santé haut la main !

Effets de groupe

15 août, 2010

Jean n’a pas d’idée. Mais alors aucune. On peut lui parler littérature, sport, cuisine, il ne dit rien. C’est étonnant d’être intellectuellement stérile à ce point là. Il va falloir que je lui parle. 

Jules, par contre, a beaucoup de choses à dire. Des opinions sur tout, même lorsqu’il ne connait pas le sujet. De façon à se faire remarquer, Jules adore proférer un avis contraire à celui qui vient de s’exprimer. Il a, à ce moment là, ce tic de langage éprouvant pour les nerfs, qui consiste à démarrer ses phrases par « Je suis désolé mais… » pour signifier à son interlocuteur qu’il va le contrarier, qu’il en est navré mais qu’il faut bien que quelqu’un rétablisse la vérité de laquelle il s’est imprudemment écarté. 

Marcel est toujours d’accord avec ce qu’on lui dit. Et pour confirmer son acquiescement sans ambigüité, il éprouve le besoin de le quantifier : « 100 % d’accord avec toi ». Marcel est donc ami avec tout le monde. Marcel est un être avec lequel on aime à converser. On peut dire ce qu’on veut à Marcel, on sera sûr de ne pas être contredit en public. Au pire, il exprimera son harmonie avec son interlocuteur, et adoptera une position opposée dans un second temps de son intervention.

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A notre rayon vêtements…

14 août, 2010

Maria a choisi de rendre son tablier aujourd’hui.

Elle en a assez de toujours porter le chapeau.

Et de se serrer la ceinture.

Car elle est payée d’une botte de radis,

Pour avoir le plaisir de toujours tenir le petit doigt sur la couture du pantalon.

Il va falloir que Monsieur Georges lui lâche les baskets.

Cette fois, elle ne ramassera pas une veste.

Et ne prendra pas de gants pour dire ce qu’elle a sur le cœur !

Monsieur Georges sera habillé pour l’hiver !

Chapeau bas, Maria !

 

Les émois du moi de Louis

13 août, 2010

Louis n’aimait pas les émotions fortes !

Pourtant dès l’école, il se faisait fréquemment sonner les cloches par son maître,

Qui ne mâchait pas ses mots à propos de ses devoirs approximatifs.

Son père pétait souvent une durite.

Et lui administrait ses quatre vérités au sujet de sa tendance à la paresse.

Louis piquait un fard et en avait gros sur le cœur.

Aujourd’hui, il ne lave plus son linge sale en famille.

Il préfère s’envoyer en l’air tout seul.

Aux commandes de son avion à réaction.

Louis aime les sensations fortes !

Au bureau, la rentrée est chargée

12 août, 2010

Jeudi 4 septembre. 

La nouvelle est tombée dans les bureaux vers 10 heures, un peu après la pause café, confirmée par plusieurs témoins auditifs et dignes de foi : Mademoiselle Dubuisson aurait passé le week-end du quinze août chez ses beaux-parents dans la Drôme. Et ce n’est pas tout ! Le dimanche après-midi se serait achevé par un orage ! Sur ce dernier point, les avis divergent : Mademoiselle Dubuisson a-t-elle dit « un orage d’enfer » ou alors « un orage dantesque » ?  La majorité des rapporteurs opinent plutôt pour la première solution dans la mesure où très peu d’entre eux connaissent l’œuvre de Dante et encore moins l’adjectif qu’il a inspiré à  langue française. 

Vu son importance, l’information est largement commentée. Elle donne lieu à des rapprochements historiques du plus vif intérêt. Monsieur Maurice, du service compta, retrace avec verve les conditions climatiques épouvantables qu’il connut lorsque, jeune étudiant, il lui prit l’envie de camper dans les gorges du Verdon en 54. Monsieur Maurice raconte bien, on s’esclaffe lourdement autour de la photocopieuse. 

Madame Dubertrand arrive sur ses entrefaites. Nul ne doit l’ignorer, ces petites avanies ne doivent pas faire oublier la tempête gigantesque qu’elle a essuyé l’an dernier, au large des côtes bretonnes, sur le voilier de son beau-frère. Il s’en est fallu de pu pour qu’elle y reste !  Les flots envahissaient jusqu’à ses bottes !  Pour un peu, le secrétariat du service juridique était vacant !

(suite…)

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