Archive pour mai, 2010

Esteban, une vraie bête de combat!

21 mai, 2010

Il en a bouffé de la vache enragée Esteban !

Il travaillait comme une fourmi.

Au début, il avait le bourdon tous les soirs, surtout le dimanche.

Quand le curé sonnait les cloches.

Il passait souvent du coq à l’âne.

Pendant longtemps, il a cru devenir chèvre.

Il se méfiait de tous, car chat échaudé craint l’eau froide.

A la fin,  il rencontra Germaine qui lui dit tout de go : « C’est assez ! »

Puis elle rit.

Comme une baleine.

Elle le trouvait fort comme un bœuf.

C’était un bœuf de l’amour.

Ils engagèrent une servante.

Qu’ils firent bosser comme une bête.

C’était un véritable animal domestique.

Esteban se lança dans l’élevage de veaux.

Mais son étable fut submergée par une inondation.

Tout parti à veau l’eau.

Le complot (Partie 1)

20 mai, 2010

Le supplicié venait de pousser ses derniers hurlements avant de rendre son âme à Dieu. Sur la roue de son châtiment, il ne restait qu’un amas de chair rouge et fumant. Le bourreau s’activait encore auprès des chevaux qui avaient atrocement écartelé l’homme. Sous sa cagoule pourpre, ses yeux luisaient. Sa puissante poitrine nue ruisselait de sueur. Son œuvre avait été compliquée pour lui et abominable pour le condamné. Il n’aurait pas souvent l’occasion d’exécuter un régicide : il lui tenait à cœur d’accomplir sa tâche à la perfection.

La foule qui s’était amassée sur la place de Grève dès les premiers rayons du soleil, exultait. Elle avait crié vengeance et extériorisé sa violence dès l’arrivée du dénommé Ravaillac sur les lieux de son supplice.

Les hommes et des femmes excités par le sang s’agitaient frénétiquement. Les poings et les fourches se levaient, les visages déformés par la haine vociféraient. Le rugissement du peuple assoiffé de représailles fracassait les tympans. Les dernières paroles du condamné n’avaient pas été entendues par d’autres personnes que le prêtre, le bourreau et son assistant.

Dans l’encoignure d’une porte deux silhouettes étaient adossées. Un des deux hommes, longiligne et athlétique, étaient tout de noir vêtu. En s’approchant de lui, on aurait pu voir néanmoins que son pourpoint était finement ourlé de fils d’or. En outre, il avait la mine elle-même particulièrement sombre, ornée d’un bouc couleur corbeau, tandis que son regard de jais furetait dans toutes les directions. Il était sans doute le seul à s’intéresser moins au spectacle qu’aux êtres humains qui y assistaient.

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Manger des chapeaux

19 mai, 2010

II est complètement toqué. 

Quand il est gardien de but, il prend des buts casquettes. 

Parfois, en plein soleil, il cueille des melons, nue tête. 

Il fait beaucoup de sport : il dit souvent qu’il est en haut de sa forme. 

L’hiver, il part en altitude pour des courses difficiles : il passe des montagnes. 

En été, il part vers Biarritz avec son béret, chez les basques. 

Parfois, il  est arrêté par des képis. 

Qui lui décernent un bonnet d’âne pour ses excès de vitesse. 

Pour éviter la contravention, il couvre le chef de louanges. 

Mais au final, il casque quand même

Des forêts menacées

18 mai, 2010

Dans l’air frais d’une matinée pourtant ensoleillée, Jean-Eudes de Sauveterre chemine à grands pas dans les prairies naissantes au printemps, en tirant sur sa bouffarde, compagne familière de ses marches forestières. Ses mèches d’argent se soulèvent parfois sous la brise légère. A soixante douze ans, son visage émacié respire encore l’énergie, la curiosité et parfois la nostalgie lorsqu’il s’adoucit. Jean Eudes a passé son pull de laine gris et son pantalon de velours, uniforme obligé du propriétaire terrien qu’il est encore dans ce coin humide du pays de Bray.  Parfois, d’une foulée large et puissante, ses bottes de caoutchouc enjambent un tronc couché par les bûcherons.

Souvent l’homme se retourne au soleil levant et, en plissant les ses yeux gris, détaille la silhouette massive de sa demeure ancestrale. L’architecture est simple : le corps central est entouré de deux pavillons cubiques, l’escalier d’honneur conduit à une terrasse sur laquelle ouvrent les pièces du bas. A l’étage, les fenêtres de huit chambres devenues  inutiles regardent au loin les brouillards mouillés de la campagne picarde.  L’allure de l’ensemble est modeste et fier. Pourtant la toiture grise et moussue part en lambeaux par endroits. L’air marin ronge la pierre. L’humidité ruissèle de partout. N’importe qui abandonnerait la partie ou, pire encore, organiserait des visites touristiques pour renflouer les caisses. Mais Jean de Sauveterre est enraciné dans la propriété familiale. Lorsqu’on descend de la branche d’un ancêtre qui commanda à Fontenoy, on ne lâche rien ! 

Les créanciers ne le lâchent pas, eux non plus. Pires que des chiens. Il a du jeter dehors son tailleur, se fâcher avec son notaire, tricher avec le fisc. Il se battra jusqu’au bout. Seul, mais il se battra.

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Leçon d’anatomie

17 mai, 2010

Justin était la cheville ouvrière du groupe.

Il n’avait jamais un verre dans le nez.

Contrairement à Lucien qui levait souvent le coude.

Dès qu’il mettait un pied dehors.

Maurice, lui ne pratiquait pas la langue de bois.

Il rendait les coups, œil pour œil, dent pour dent !

Quant à Souleymane, il se levait souvent du pied gauche.

Mais c’était un homme précis : il avait le compas dans l’œil.

Seul Victor était un homme posé : il dormait sur ses deux oreilles

Et tournait sa langue sept fois avant de parler.

C’est à ce moment que le lecteur se dressa sur son séant

Et s’écria qu’on oubliait Riri dans cette histoire

Qui était quand même le cerveau du gang !

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand(e) ? (14 parce qu’il n’y a pas de 13)

16 mai, 2010

Moi, dans dix ans, je voudrais avoir les dents blanches pour être présentatrice de télé des émissions du week-end ou alors peut-être gendarmette.  Les animatrices des variétés imbéciles du week-end me fascinent. Je n’ai jamais vu dans la vie de tous les jours des dents aussi immaculées que leurs sourires lumineux. J’ai tout essayé, les dentifrices « dents éclatantes », « fraîcheur garantie », « soleil de votre bouche ». J’ai l’impression que mes lèvres s’ouvrent sur un océan de médiocrité dentaire. Même le bicarbonate de chaux n’arrange rien. Le dentiste familial se perd en conjectures. Chaque fois que je le vois, lui il dit qu’il n’a jamais vu ça. En conséquence, je me contente de sourire finement quand je suis secouée d’une franche hilarité.  Au-delà du problème de dentition, il faudrait que je travaille les épaules. Les présentatrices ont en général les épaules nues, rondes, bronzées, soyeuses. Je serais un homme, je tomberais amoureux de leurs épaules tous les samedis soirs. Il parait qu’il faut pratiquer la natation à outrance pour parvenir à la perfection du dessin qui relie l’extrémité de la clavicule à la base du cou. Au collège, j’ai pris option ping-pong : j’ai horreur de l’eau et ne sais pas nager. Je pourrais peut-être me présenter en col roulé, mais il faut un joli buste et puis porter une robe de soirée à col roulé, l’idée reste à creuser. 

Les robes qu’elles portent les déshabillent parfaitement. Les corps se meuvent, nus dans une harmonie sensuelle et lascive de gestes et d’attitudes étudiées. En plus de leurs allures de mannequins, elles ont un timbre de voix doux et mesuré, une élocution parfaite, un phrasé délicat. Elles connaissent la vie des vedettes dans les moindres détails. Enfin, les détails qui figurent sur les fiches qu’elles ont appris par cœur. Elles ne se trompent jamais ou alors elles le font exprès pour faire rire la salle. 

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Crac ! Boum ! Paf !

15 mai, 2010

Décidemment, tout allait mal dans la vie de Gérard. Il en avait sa claque.

Son fusil de collection, accroché à droite de la cheminée de son salon, tenait trop de place sur le mur : il fallait passer l’arme à gauche.

La femme de ménage avait fait tomber son matériel de fumeur : elle avait cassé sa pipe.

En époussetant sa galerie de tableaux, elle avait renversé l’un d’eux représentant l’ancêtre préféré de Gérard : elle lui avait démoli le portrait.

Il fallait faire venir un électricien : les plombs avaient pété.

Gérard avait écopé d’une contravention la veille : il avait roulé à tombeau ouvert sur la nationale.

Depuis le départ de Marine, il se sentait seul : personne ne brisait le silence.

Gérard se réfugia dans la prière. Les Dieux entendirent la supplique. C’est ainsi que survint au milieu de sa cuisine, dans un grand nuage de lumière radieuse, la Fée du Logis. Gérard lui dit qu’elle tombait à pic.

Une rencontre en chemin

14 mai, 2010

J’ai rencontré mon pépé sur le chemin. Il partait juste au moment où j’arrivais. Nous avons pris le temps de prendre un verre pour discuter un peu. Il avait l’air soulagé de partir. Il me dit qu’il avait eu une existence passionnante mais qu’à quatre-vingt cinq ans, ça allait bien comme ça et qu’il aspirait au repos éternel.

Pépé chercha à me rassurer : ma famille était respectable. Sa fille, ma mère, avait été élevée dans les principes libertaires que Pépé avait vaillamment défendus en mai 68. Mais, pour autant, elle avait les pieds sur terre. La seule chose qu’il ait à lui reprocher c’est d’avoir épousé un invertébré. Le mollusque en question était mon père sur lequel Pépé ne se répandait pas en louanges et n’entretenait aucune illusion. Mon père, selon lui, était un de ces jeunes blancs-becs comme on les veut et comme on les forme aujourd’hui dans les écoles de management : les yeux rivés sur la courbe de leurs ventes et leur trajectoire de carrière. Leur religion était celle de la réussite professionnelle, les patrons étaient leurs grands prêtres. Les fidèles leur vouaient une admiration divine et grotesque jusqu’à travailler pour eux le week-end et les jours fériés. Pépé s’étonnait même que Papa ait pris le temps de faire un bébé à Maman.

Je lui répondis que tout cela ne me rassurait pas tellement. Mais il savait être convaincant, Pépé. Pour lui, la vie familiale était désormais un épisode anecdotique. L’essentiel se déroulait en dehors des jupes de Maman que je n’avais, soit dit en passant, même pas encore côtoyé.

Il parait qu’il faut commencer par l’école. Pépé rigola : je n’aimerai sûrement pas l’école comme lui. Ou alors si j’aimais, il se ferait du souci. Aussi me conseilla-t-il de prendre la chose avec un certain détachement. Il me vanta longuement son passé scolaire, ses notes catastrophiques, son goût pour les bonnes blagues, la première cigarette qu’il fuma dans les WC du lycée pour marquer sa révolte d’adolescent. Tout ça au final, n’avait guère d’importance, selon lui.

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Une histoire avant de s’endormir

13 mai, 2010

Marie est mariée à Jules qu’elle trouve ennuyeux comme un bonnet de nuit.

Dans leur lit, il a un sommeil de plomb,

Et il tire toutes les couvertures à lui.

Mais il vit sur un gros matelas de billets.

Marie peut donc dormir sur ses deux oreilles.

Elle en a fini avec la vie de cauchemar que lui faisait subir Emile.

Ce dernier lui avait raconté des histoires à dormir debout.

Il est désormais dans de beaux draps !

Il s’est jeté dans le lit de la rivière, à sec !

Un état désespéré.

12 mai, 2010

Le professeur Maurice était surnommé Nimbus par ses internes en raison des derniers cheveux blancs qui se dressaient, indisciplinés et rebelles à tout arrangement capillaire, sur son crâne dégarni et luisant. 

 Ce jour là, le cas que le célèbre psychiatre avait devant lui le désarmait. L’homme distingué, élégamment vêtu d’un complet de confection gris sur une chemise vert d’eau harmonieusement cravatée, avait l’air au mieux de sa forme. Mais armé de vingt ans d’expérience médicale, le professeur Maurice savait qu’il ne fallait pas se fier à cette apparence. 

Norbert s’avérait en effet un père et un époux modèle. Il n’avait jamais manqué une seule réunion de parents d’élèves durant la scolarité de ses deux filles en prétextant des rendez-vous professionnels qui se finissent tard en soirée ! Les voisins s’étaient plaints : un tel exemple nuisait gravement à leur tranquillité d’esprit. Aucun parent d’élève normalement constitué, vivant dans le quartier de Norbert, n’avait la moindre envie de s’intéresser à des points considérés comme fondamentaux par le corps enseignant comme celui d’établir le moment opportun où il convenait d’aborder le subjonctif en classe de grammaire. Norbert présentait là une difficulté préoccupante à bien saisir l’aspect futile de certaines controverses corporatistes qui inquiétait le professeur Maurice à propos de son cas. 

Norbert regardait le psychiatre et le psychiatre regardait Norbert le regarder. Rien dans l’attitude de son patient ne traduisait une quelconque anxiété, ni même la plus légère inquiétude. Le regard droit, le sourire franc, Norbert n’était nullement agité de ces tics nerveux qui laissaient deviner un malaise chez les patients habituels de Nimbus. Il ne triturait pas le bout de sa cravate  assortie à sa chemise ;  il ne passait pas la main dans ses cheveux argentés soigneusement peignés sur le coté ; il ne se tordait même pas les doigts qu’il avait longs et soignés. De plus, son discours était parfaitement compréhensible et cohérent. Il ne disait pas à tout bout de champ : « C’est clair ! ».

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