Archive pour avril, 2010

Le temps des amours du papillon et de la tortue

10 avril, 2010

Le papillon avait l’heur de plaire à la tortue.
« A la bonne heure, dit celui-là, marions-nous ! »

« Minute papillon ! » répondit la tortue.

Le temps du papillon était compté

Puisqu’il vivait beaucoup moins d’années que la tortue.

La tortue dit que son soupirant voyait midi à sa porte.

Alors qu’elle avait l’éternité devant elle.

Le papillon objecta qu’il n’avait pas une seconde à perdre,

Car il allait passer un mauvais quart d’heure.

La tortue répondit qu’elle verrait ça un autre jour.

La liaison du papillon et de la tortue ne pouvait décidément pas s’inscrire dans la durée.

Et le docteur Schweitzer renonça à cette expérience, car il était déjà minuit.

Et qu’il fallait qu’il aille dormir.

Le pied !

9 avril, 2010

Mélanie allait tous les jours au marché pour acheter une botte de radis,

Pour son mari qui était un vieux pantouflard.

Malgré ses deux mètres, il avait parfois un coup de pompe.

C’était un colosse aux pieds d’argile.

Sa fille Juliette, elle, n’avait pas les deux pieds dans le même sabot.

L’hiver, elle allait souvent en montagne.

Après ski, elle s’habillait de pied en cape pour aller en soirée.

Son fils Raoul était un petit impertinent

Qui passait son temps à faire des pieds de nez aux voisins.

Pour revenir à Mélanie, elle avait ses œuvres.

Elle s’occupait des pauvres qui allaient nus pieds.
Mélanie avait bon cœur,

C’était son tendon d’Achille.

Un touriste imprévu

8 avril, 2010

Le 16 novembre 2007, Sam connut une surprise de taille.

Sam était le propriétaire et le gérant de l’hôtel depuis la mort de son père. Après avoir tenu l’un des bordels les plus mal famés de Caracas, régné sur un bistrot pourri à Sacramento et fait les beaux jours d’un cabaret infréquentable de Bornéo, il avait estimé qu’il avait le niveau voulu pour prendre la suite de son géniteur dans ce bâtiment que ce dernier avait élevé au rang d’hôtel au grand dam des syndicats professionnels de la branche.

La structure du bâtiment avait été construite à l’écart de la ville, dans un quartier improbable, sans nom, sans habitants, sans rues précisément dessinées, battu par les vents, infesté par les rats. Aucun urbaniste digne de ce nom n’avait imaginé le moindre avenir pour cet endroit qui était donc devenu l’espace idéal pour y faire passer le contournement autoroutier et les désordres environnementaux qui accompagnent ce type d’équipement. Pris d’une inspiration subite, Sam en avait profité pour baptiser son établissement « l’Hôtel de l’Autoroute ».

Dès l’Occupation, l’endroit avait été le centre de trafics qu’on aurait pu appeler douteux si ce n’était qu’on ne pouvait avoir, justement, aucun doute sur leur caractère parfaitement illégaux. Même l’armée ennemie y avait trouvé son compte et avait, par conséquent, protégé le lieu de toutes les exactions possibles en ces temps troublés.

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La ronde des amis de Bertrand

7 avril, 2010

Bertrand entretenait ses relations : il avait un large cercle d’amis.

Un jour, il se fit tondre entièrement pour avoir la boule à zéro comme Fabien Barthez.

Jean en resta comme deux ronds de flancs.

Lui était policier : il réglait la circulation sur le rond-point, devant la Poste.

Parfois, il faisait souffler Bertrand dans le ballon pour rire.

Georges était fonctionnaire dans la sphère financière.

Il  devait rédigeait de nombreuses circulaires que Bertrand corrigeait.

Maurice, chômeur de son état, faisait des ronds dans l’eau.

Lorsqu’il aperçut la calvitie de Bertrand, il saisit la balle au bond et lui dit que lui aussi avait envie de changer de vie.

Il allait se présenter à la « roue de la fortune ».

Et il partit bille en tête.

 

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand? (8)

6 avril, 2010

Dans vingt ans, je serai esclave. Je serai encore trop jeune pour être esclave-en-chef, mais on dira de moi que j’ai le potentiel pour y arriver. Il ne faut pas confondre : esclave, telle sera ma qualification, non pas mon métier. En effet, dans l’avenir on pourra être esclave dans des métiers très différents.

Le contrat de travail à durée indéterminée aura disparu depuis belle lurette. La croissance économique rendra indispensable une souplesse et surtout une discipline totale de la main-d’œuvre. L’embauche se fera pour des durées de plus en plus courtes : trois ans, un an, six mois, un mois. Le contrat d’une heure verra le jour. Un patron pourra engager un salarié pour porter un pli à son voisin ou pour aller lui chercher un café au bistrot d’en face !

En travaillant beaucoup, je pense que j’éviterai de débuter au niveau « aspirant-esclave ». C’est ce qui attend ceux qui se spécialiseront en histoire de l’art ou en philosophie kantienne lors de leurs études supérieures. Ils n’auront pas compris que la culture ne sert à rien et qu’il faut accomplir un cursus scolaire qui débouche directement sur l’emploi. Eboueur, ça c’est un métier utile et dont le futur est assuré si j’en crois le volume de déchets que nous produisons à la cantine. !

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Un homme-orchestre

5 avril, 2010

Le nouveau directeur de service avait été précédé par les trompettes de la renommée.

Lorsqu’il arriva, on s’aperçut qu’il boitait : il était victime d’un cor au pied.

Son premier geste fut de pousser  la porte à tambour ;

Puis d’ordonner que les cuivres des poignées soient mieux astiqués.

Par mesure d’économie, il interdit le parking aux grosses caisses.

Ensuite, il réduisit la consommation de trombones dans les bureaux.

Enfin il négocia le prix de la flûte achetée par la cantine.

Tout le reste, c’était du pipeau.

Un accident de moto

4 avril, 2010

Sa silhouette massive s’était imposée subitement à la vue de Paul au détour d’une dune rouge, à la forme arrondie par le vent. Elle était là, plantée en plein désert, la face tournée vers le soleil levant, lumineuse, élégante et surtout intacte. Le pilote, surpris de cette vision brusque, perdit un instant le contrôle de sa moto : dans une embardée vrombissante l’engin s’envola et puis retomba lourdement comme un oiseau de proie lourd et mort, dans un dernier soupir de métal froissé, alors que le pilota se redressait à ses cotés, abasourdi et courbaturé. 

Paul la reconnut d’emblée, il ne pouvait pas se tromper. Il avait tant de fois détaillé les courbures de son chapeau de gendarme et les teintes nuancées de ses panneaux de noyer. Aucun doute n’était permis : il se trouvait en présence de l’armoire de Mémé Mariette. 

Après six jours de souffrances, il n’en pouvait plus. Sous prétexte de vivre une grande aventure mythique, magnifiée par une génération d’habitués du Paris-Dakar, il avait inscrit sa moto d’enduro à ce raid saharien dont il espérait revenir chargé de souvenirs et nanti d’une réputation de baroudeur intrépide. Il n’avait pas mesuré les risques encourus et encore moins la possibilité de laisser dans cet enfer sa YamahaWR450F d’occasion qu’il n’avait pas fini de payer. 

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Les soucis animaliers de Madame Berton

3 avril, 2010

Ce jour là, il faisait un temps de chien.

Il pleuvait comme vache qui pisse.

Madame Berton, la tenancière du restaurant de la Place qui était bavarde comme une pie

Fit part de son état de santé défaillant : elle avait un chat dans la gorge.

Doté d’une cervelle d’oiseau, elle ne comprenait pas qu’on ne puisse pas s’intéresser à sa personne.

Pour monopoliser l’attention, elle indiqua qu’elle risquait de présenter une fièvre de cheval.

Mais les clients avaient une faim de loup et ne l’écoutaient guère.

Certains avaient d’autres chats à fouetter en ces temps de crise.

Madame Berton annonça qu’elle avait la chair de poule.

C’était surement la grippe H1N1.

A cette nouvelle, les clients détalèrent comme des lapins !

 

A notre rayon boulangerie, cette semaine…

2 avril, 2010

Maria avait de grosses miches

Mais elle menait son monde à la baguette.

Elle était mariée à Jean le prothésiste.

Jean était un expert dans le domaine de la couronne.

Le dimanche, il aimait rester dans ses chaussons.

Parfois, pour se détendre, il jouait de la flûte.

Maria ne l’entendait pas ainsi : Jean prenait souvent des pains dans la figure.

Il lui disait : « Ma mie ! Allons du calme… »

Mais on comprend qu’il finit par avoir les boules !

La petite graine

1 avril, 2010

C’était une petite graine qui s’appelait Germaine ce qui tombait bien pour une cellule destinée à germer. C’était au temps où les graines se parlaient entre elles avant de pousser. Un temps que les moins de cinq millions d’années ne peuvent pas connaître.

Le vent maraud sur la terre féconde l’avait déposée là, au creux d’un rocher bien à l’abri de la marche des dinosaures qui, c’était bien connu parmi le peuple des graines, ne faisaient absolument pas attention où ils posaient leurs grosses pattes.

Germaine se dorait donc la pilule tout en s’engraissant d’humus sans avoir aucune idée de son avenir. On pourrait même dire qu’elle s’en fichait un peu. Elle ne savait pas comment la plante qu’elle allait devenir s’appellerait. A sa voisine immédiate qui s’en inquiétait, Germaine répondit avec juste raison qu’il n’y avait aucun intérêt à connaître son nom puisqu’il n’existait pas encore d’êtres humains susceptibles de l’appeler par son pseudonyme. On ne pouvait tout de même pas demander à un vulgaire dinosaure de s’intéresser à la botanique.

La petite graine prenait donc de l’expansion de jour en jour. Elle poussait curieusement, un jour sur deux en hauteur, l’autre jour en largeur. Si bien qu’elle prenait petit à petit une forme bizarroïde du plus curieux effet.

Au début, les autres graines se moquaient : elles avaient à faire visiblement à une débutante qui ne connaissait rien aux affaires de la nature. Le climat de cette époque reculée autorisait toutes les fantaisies, mais quand même on n’avait encore jamais vu une graine produire une plante de forme aussi insensée. Autour d’elle, se dressaient des roses sauvages, des fougères exotiques, des herbes très rares qui tiraient une grande fierté de leur allure folâtre tout en ployant harmonieusement leurs tiges dans la douce brise du matin.

Germaine, elle, ne brillait pas par son élégance : des formes cubiques ou oblongues apparaissaient n’importe comment autour d’une tige qui partait en tire-bouchon à certains endroits ou encore qui se partageait en deux ridicules filaments dans d’autres ramifications. Les autres plantes s’esclaffaient discrètement dans le dos de Germaine, ce qui représentait une performance dans la mesure où le physique de Germaine ne permettait pas de distinguer un avant et un arrière dans sa posture.

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