Archive pour avril, 2010

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? (10)

20 avril, 2010

Je serai homme du GIGN. Avec la tenue et la cagoule noires. Je serai extrêmement impressionnant par ma seule dégaine et mon allure légèrement chaloupée. Pour mériter ma place dans l’élite de la gendarmerie, je m’entraînerai durement en utilisant toutes les circonstances de la vie. En allant chercher le pain à la boulangerie par exemple, je pourrais ramper à toute vitesse sur les coudes tel un grand chat noir qui raserait les murs.

J’irai faire les courses au supermarché en portant ma cagoule pour m’y accoutumer et surtout pour passer incognito. Il ne faudrait pas que les gens de mon quartier sachent que je vais devenir un homme du GIGN. A la caissière, je ferai un signe significatif pour qu’elle tienne sa langue sinon gare !

On ne m’appellera que dans les cas extrêmes, lorsque les braves commissaires de police traditionnels se seront cassés les dents. Par exemple, lorsqu’un paysan, que les journalistes appelleront « forcené » se sera cadenassé dans sa ferme en menaçant de tuer sa femme et éventuellement ses enfants.

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Couleurs…

19 avril, 2010

L’accusé prétend qu’il est blanc comme neige.

Certes, il est peut-être passé à l’orange : et encore pas sûr !

Il n’a pu éviter le chat ! Mais la nuit, tous les chats sont gris !

De plus, l’accusé travaille  au noir !

Mais, il ne faut pas être fleur bleue dans la vie !

Tout n’est pas rose, Monsieur le Juge le sait bien !

Le juge est rouge de colère.

Il en a vu des vertes et des pas mûres, mais alors là !

L’accusé rie jaune car il a une peur bleue.

Le verdict ne sera sûrement pas nuancé !

Une drôle de famille !

18 avril, 2010

Martial Ducourneau était un homme extraordinaire. Très doué pour les exercices physiques, il était arrivé en huitième de finale de Roland-Garros et aurait pu sans doute aller beaucoup plus loin s’il n’avait trouvé sur sa route un sud-américain qui avait eu le temps, lui, de mettre au point une tactique particulièrement sournoise qui désarçonna le puissant jeu de fond de court de Martial Ducourneau. Dans le domaine sportif, il animait également la ligne de trois-quarts du quinze de France. Enfin, pour être juste, nous dirons qu’il était entré une fois sur le terrain à cinq minutes de la fin du match pour remplacer un titulaire blessé. Il fit front glorieusement devant quinze irlandais ravageurs, prêts à lui passer sur le corps pour porter le ballon ovale en terre promise. A la suite de ce choc mémorable, Martial Ducourneau, trop pris par ses affaires, préféra abandonner sa carrière internationale au grand désespoir des médias.

Car Martial Ducourneau avait beaucoup d’autres ambitions. Au-delà de ses occupations sportives, Martial avait aussi des talents culturels. Dans un magnifique corps d’athlète, se logeait une voix grave et rauque dont le velouté faisait trembler les ménagères. Il avait réussi à produire ses propres disques qui avaient connu un niveau de vente honorable, grâce à une ou deux apparitions dans des émissions télévisuelles de week-end. Les animateurs s’étaient battus comme des chiens pour attirer un parlementaire qui se risquait dans la légèreté de la chansonnette

Martial Ducourneau était, en effet, devenu député de sa circonscription. Très tôt, sur les bancs de l’école, il s’était aperçu de la faculté qu’il avait à convaincre les autres et à les entraîner derrière lui. D’ailleurs, il était responsable de la seule manifestation que la cour de récréation du Collège Saint-Martin ait connue depuis cent cinquante ans. Quatre vingt élèves en blouses grises, galvanisés par l’initiative du jeune Martial s’étaient réunis sous les fenêtres du Père Lagarde, le principal du Collège, connu pour sa sévérité inflexible, pour exiger la fin des privations de dessert à la cantine. C’était le 12 décembre 1956. Depuis, cette date historique est parfois célébrée en cachette par des générations d’élèves de cinquième qui se retirent dans un coin de couloir pour l’honorer d’un instant de silence.

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Poème rustique

17 avril, 2010

Un homme boite le long du chemin : c’est un drôle de loustic.

Il vient de la mer Baltique.

Il boit de l’eau et mastique.

Il vit dans une boîte aux lettres : son corps est élastique.

Ce n’est pas très esthétique.

Ni très pratique,

Pour passer sous certains portiques.

Il a l’air un peu gothique.

C’est un professeur de mathématiques.

Dont le chien a des tics et des tiques.

Cet homme est néanmoins très sympathique.

Un curieux élevage

16 avril, 2010

L’objet gisait au milieu du sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique.  Georges  eut un instant d’hésitation en découvrant la chose qui semblait se prélasser à l’ombre d’un buisson. Il savait pourtant que les campeurs étaient irresponsables, abandonnant les détritus de leurs passages n’importe où sans souci de la dégradation de la nature, mais là, leur insouciance coupable réservait aux promeneurs une surprise de taille. 

Sue ce sentier qui courait le long d’un versant ensoleillé des Préalpes du sud, on aurait pu s’attendre à trouver pêle-mêle : rondelles de saucisson usagées, sandwich au pain rassis ou canettes de bières entamées. On aurait même pu surprendre au coin d’un bois un pliant de tissu défoncé par un randonneur fatigué et obèse. Mais alors, une souris d’ordinateur sagement pelotonnée sur le bord du talus ! 

Georges regarda Mauricette, qui regarda Georges. Il n’avait pas suivi Mauricette avec entrain dans cette promenade pédestre. Depuis qu’ils avaient tous les deux accéder à la dignité enviée de retraités de la Sécu, elle n’avait de cesse que d’organiser des sorties dominicales. L’idée fondamentale de Mauricette était que la situation légale d’inactifs ne devait surtout pas se traduire par un repos du corps et de l’esprit, attitude qui dénoterait un manque de curiosité évidente et qui entrainerait un raccourcissement inéluctable de l’espérance de vie de leur couple. Georges, qui avait envisagé une retraite plutôt portée sur la fabrication de maquettes d’avions de guerre, était plus impressionné par le second argument que par le premier. Depuis un mois, il s’était attaqué à une reproduction particulièrement délicate d’un aéronef de chasse allemand datant de la première guerre mondiale et il entendait bien le faire voler avant de rejoindre les mânes de ses ancêtres. 

Pou

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En voilà un qui ne traîne pas !

15 avril, 2010

Le nouveau chef de service était un agité.

Il débaroulait dans les bureaux comme un boulet de canon.

A la cafétéria, il prenait souvent un café expresso.

Parfois, il commandait un citron pressé au bistrot d’en bas.

En réunion, il disait toujours qu’il allait faire un rapide tour d’horizon.

Puis terminait par de fulgurantes synthèses.

Il déjeunait d’un quick burger.

Ou alors d’un éclair au chocolat.

Son grand-père était cocher : il conduisait des diligences.

Il avait pour dicton : vite fait, bien fait !

Son petit-fils vivait dans l’urgence,

Et finit aux urgences.

Une leçon

14 avril, 2010

La fraîcheur matinale saisit les visages, mais on sait que la journée sera lumineuse. Les nuages ont déserté le ciel, animé par les criaillements des mouettes à la recherche de leur pitance. La mer est calme : le flux et le reflux régulier des vagues sur le sable apaisent l’esprit des rares promeneurs.

Une jeune fille déambule tristement le long de l’eau. Son peplos blanc et court met en valeur ses jambes fuselées et bronzées. Parfois, elle lance son regard de jais vers l’horizon en portant en visière sa main et son bras, garni de bracelets brillants.

Plus loin un cercle d’adolescents bruyants s’est formé autour de deux garçons à demi nus qui se mesurent à la lutte. Les corps des deux adversaires luisent déjà de sueur. Leurs camarades hurlent leurs encouragements en mimant les prises qu’ils jugeraient les meilleures à destination leur combattant préféré.

Deux pêcheurs reviennent de leur labeur, courbés sous la charge de lourds paniers de poissons frais. Sur le dessus de leur butin, on voit quelques unes de leurs prises frétiller pour quelques instants encore.

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Une ambition chevillée au corps

13 avril, 2010

Le député Dumontier jouait du trombone dans un orchestre.

L’histoire de ce passe-temps,  curieux pour un élu du peuple, fut montée en épingle par la presse.

Le député convoqua son attaché parlementaire Dubois et le gourmanda :

-          Punaise ! Les journalistes me collent toute la journée, maintenant !

Dumontier fixa un objectif à son collaborateur : plus de vagues autour de lui.

Pour le calmer, Dubois lui colla sous le nez la photo d’un président des Etats-Unis qui maitrisait le saxophone.

Cette initiative devait sceller le destin du député Dumontier.

Le député épingla ce document au-dessus de son lit.

Il poursuit désormais une idée fixe : être le premier président français des USA.

-           

Dans notre grande série noire et rose : la leçon d’anatomie du Commissaire Boudingrin

12 avril, 2010

Les deux gangsters avaient fait main basse sur le magot,

En faisant un pied de nez à la police.

Le Commissaire Boudingrin était tombé dans le panneau.

Pendant que ces brigands avaient fait rendre gorge au bijoutier,

Boudingrin s’offrait une partie de jambes en l’air

Avec une call-girl qui lui avait adressé ses plus douces œillades.

Le Ministre, très contrarié, lui reprocha ce bide

Et le pria de gagner son pain à la sueur de son front.

Peu fier de lui, Boudingrin  fonça, tête baissée, chez son adjoint.

Et lui tira fortement l’oreille en lui répétant le message

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand(e) ? (9)

11 avril, 2010

J’adore les paradoxes. Comme mon père, c’est un phénomène congénital. Dernièrement, j’ai surpris une conversation entre mes parents sur ce sujet. Maman s’étonnait qu’on lui ait rapporté que papa ait été vu dans une auberge proche, le week-end précédent, en compagnie d’Hélène sa secrétaire, alors qu’il lui avait affirmé qu’il se trouvait en séminaire à Deauville avec l’ensemble de ses collaborateurs. Et c’est là que Papa a développé brillamment un paradoxe. Il aime tellement maman qu’il a besoin de se retrouver seul parfois avec une autre femme ! Je n’ai pas eu l’impression que ma mère partage le même goût de la contradiction.

Moi si. Je voudrais être une fée, dotée de pouvoirs bénéfiques pendant le jour et une sorcière prompte à imaginer toutes sortes de manœuvres maléfiques la nuit. J’aurais une double personnalité : on ne saurait jamais à qui l’on s’adresse en me regardant !

Pour devenir fée, il faut d’abord savoir se déplacer dans les airs à vingt centimètres du sol. Je m’entraîne. Mais pour le moment, je ne tiens pas en suspension pendant plus d’un mètre cinquante. Le prof de gym apprécie mes efforts en saut en longueur, mais il pense que je n’irai pas beaucoup plus loin. Tant pis, je serai fée et sorcière à pied. Si le concept n’existe pas, je l’inventerai. Après tout, quand on tient à entrer dans l’armée, on peut devenir aussi bien pilote de chasse que fantassin !

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