Archive pour le 18 avril, 2010

Une drôle de famille !

18 avril, 2010

Martial Ducourneau était un homme extraordinaire. Très doué pour les exercices physiques, il était arrivé en huitième de finale de Roland-Garros et aurait pu sans doute aller beaucoup plus loin s’il n’avait trouvé sur sa route un sud-américain qui avait eu le temps, lui, de mettre au point une tactique particulièrement sournoise qui désarçonna le puissant jeu de fond de court de Martial Ducourneau. Dans le domaine sportif, il animait également la ligne de trois-quarts du quinze de France. Enfin, pour être juste, nous dirons qu’il était entré une fois sur le terrain à cinq minutes de la fin du match pour remplacer un titulaire blessé. Il fit front glorieusement devant quinze irlandais ravageurs, prêts à lui passer sur le corps pour porter le ballon ovale en terre promise. A la suite de ce choc mémorable, Martial Ducourneau, trop pris par ses affaires, préféra abandonner sa carrière internationale au grand désespoir des médias.

Car Martial Ducourneau avait beaucoup d’autres ambitions. Au-delà de ses occupations sportives, Martial avait aussi des talents culturels. Dans un magnifique corps d’athlète, se logeait une voix grave et rauque dont le velouté faisait trembler les ménagères. Il avait réussi à produire ses propres disques qui avaient connu un niveau de vente honorable, grâce à une ou deux apparitions dans des émissions télévisuelles de week-end. Les animateurs s’étaient battus comme des chiens pour attirer un parlementaire qui se risquait dans la légèreté de la chansonnette

Martial Ducourneau était, en effet, devenu député de sa circonscription. Très tôt, sur les bancs de l’école, il s’était aperçu de la faculté qu’il avait à convaincre les autres et à les entraîner derrière lui. D’ailleurs, il était responsable de la seule manifestation que la cour de récréation du Collège Saint-Martin ait connue depuis cent cinquante ans. Quatre vingt élèves en blouses grises, galvanisés par l’initiative du jeune Martial s’étaient réunis sous les fenêtres du Père Lagarde, le principal du Collège, connu pour sa sévérité inflexible, pour exiger la fin des privations de dessert à la cantine. C’était le 12 décembre 1956. Depuis, cette date historique est parfois célébrée en cachette par des générations d’élèves de cinquième qui se retirent dans un coin de couloir pour l’honorer d’un instant de silence.

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