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La petite graine

1 avril, 2010

C’était une petite graine qui s’appelait Germaine ce qui tombait bien pour une cellule destinée à germer. C’était au temps où les graines se parlaient entre elles avant de pousser. Un temps que les moins de cinq millions d’années ne peuvent pas connaître.

Le vent maraud sur la terre féconde l’avait déposée là, au creux d’un rocher bien à l’abri de la marche des dinosaures qui, c’était bien connu parmi le peuple des graines, ne faisaient absolument pas attention où ils posaient leurs grosses pattes.

Germaine se dorait donc la pilule tout en s’engraissant d’humus sans avoir aucune idée de son avenir. On pourrait même dire qu’elle s’en fichait un peu. Elle ne savait pas comment la plante qu’elle allait devenir s’appellerait. A sa voisine immédiate qui s’en inquiétait, Germaine répondit avec juste raison qu’il n’y avait aucun intérêt à connaître son nom puisqu’il n’existait pas encore d’êtres humains susceptibles de l’appeler par son pseudonyme. On ne pouvait tout de même pas demander à un vulgaire dinosaure de s’intéresser à la botanique.

La petite graine prenait donc de l’expansion de jour en jour. Elle poussait curieusement, un jour sur deux en hauteur, l’autre jour en largeur. Si bien qu’elle prenait petit à petit une forme bizarroïde du plus curieux effet.

Au début, les autres graines se moquaient : elles avaient à faire visiblement à une débutante qui ne connaissait rien aux affaires de la nature. Le climat de cette époque reculée autorisait toutes les fantaisies, mais quand même on n’avait encore jamais vu une graine produire une plante de forme aussi insensée. Autour d’elle, se dressaient des roses sauvages, des fougères exotiques, des herbes très rares qui tiraient une grande fierté de leur allure folâtre tout en ployant harmonieusement leurs tiges dans la douce brise du matin.

Germaine, elle, ne brillait pas par son élégance : des formes cubiques ou oblongues apparaissaient n’importe comment autour d’une tige qui partait en tire-bouchon à certains endroits ou encore qui se partageait en deux ridicules filaments dans d’autres ramifications. Les autres plantes s’esclaffaient discrètement dans le dos de Germaine, ce qui représentait une performance dans la mesure où le physique de Germaine ne permettait pas de distinguer un avant et un arrière dans sa posture.

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