Archive pour le 19 novembre, 2009

Un vers peu luisant

19 novembre, 2009

Un jour, le vers Apied s’aperçut qu’il pensait. Il découvrit rapidement qu’il était le seul vers réfléchissant dans tout le canton. Apied comprit cette particularité le jour où il s’interrogea sur le but de son existence. La question lui apparut soudainement dans toute sa simplicité : à quoi pouvait servir un vers de terre ?

Apied décida de s’ouvrir de ses difficultés intellectuelles et existentielles à ses congénères. Il rencontra son meilleur soutien, le Vers Moulu qui dormait très profondément dans un repère voisin. Le vers Moulu regarda Apied avec de grands yeux, si l’on ose dire. Moulu assura qu’il n’était pas, lui, doté de pensée : il était un vers normal, quoi ! Moulu qui aimait bien Apied lui conseilla de ne pas tant se casser la tête et de se contenter de vivre sa vie de vers de terre.

Le vers Apied ne pouvait se satisfaire de cette réponse : il ne parvenait pas à s’empêcher de réfléchir. Le vers Micelle, qui passait par là en recherche de nourriture, arrêta un instant sa course pour saluer Apied. Micelle avait la réputation d’un joyeux luron,  toujours un bon mot à la bouche. Quand Apied lui confia qu’il avait désormais conscience de lui-même et de son existence, Micelle se tordit de rire. Il  essaya de rappeler à son ami qu’un vers de terre n’était rien. D’ailleurs, les humains se traitent entre eux de misérables vers de terre. Micelle en déduisait que la seule vraie nature d’un vers de terre était d’être misérable.

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