Archive pour le 8 novembre, 2009

Un petit gars de banlieue

8 novembre, 2009

La glorieuse incertitude du sport existe bel et bien. La preuve, c’est que je suis là. Atteindre les demi-finales du 100 mètres olympique, c’était déjà un exploit impensable pour moi. Ce sont les journalistes français qui l’ont dit. Et le staff de l’équipe de France m’avait prévenu : on ne contredit pas les journalistes, sinon c’est qu’on n’a rien compris à la nécessité de soigner son image de marque. D’ailleurs, il vaudrait mieux que je ne parle pas trop selon les dirigeants. Il faut penser aux sponsors et ne pas dire de bêtises dans les micros !

En série, l’affaire s’est avérée facile. J’avais presque le temps de tailler une bavette avec le canadien qui courait tranquillement à mes cotés. Nous avions l’impression d’expédier les affaires courantes. En demi-finale, l’anglais qui m’avait battu aux championnats d’Europe a eu la bonne ou la mauvaise idée de me narguer avant la course. Son arrogance m’a exaspéré si bien que j’étais survolté et que c’est moi qui l’ai sorti de la compétition. Les journalistes ont été fortement contrariés : ils ne m’ont même pas interrogé. J’avais déjoué leurs pronostics, ça n’était pas très bon pour mon image. Mais enfin, pour une fois qu’un français se distinguait, ils ne pouvaient quand même pas faire la fine bouche. Ils se contentèrent de dire que je ne ferai pas le poids en finale dont le niveau allait être beaucoup trop relevé pour moi et qu’ils en étaient désolés d’avance.

Me voilà au départ de l’épreuve la plus prestigieuse du monde aux cotés des trois inévitables américains. Ils sont monstrueux, on dirait des haltérophiles. On ne voit que leurs veines saillantes qui courent le long de leurs musculatures sombres, sculpturales et luisantes.  Ils ont compris depuis longtemps que pour courir vite, il fallait certes des jambes mais aussi des épaules. J’espère qu’ils ne sont pas anabolisés sinon on va encore avoir des histoires. Il y a aussi deux Jamaïcains, également impressionnants. Chez eux le sprint est une religion, un peu comme le tiercé chez nous. Et puis un nigérien et un ivoirien. Avec ces deux là, nous allons probablement nous disputer la dernière place. Huit blacks en finale, c’est le tarif habituel !

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