Archive pour le 6 novembre, 2009

L’intelligent du village

6 novembre, 2009

Le village de Ponteau-sur-Yvette était connu pour le niveau d’abêtissement de ses habitants, inversement proportionnel à leur bagage éducatif. En dépit de l’abnégation sans faille de plusieurs générations d’instituteurs de la commune voisine, les trois cent cinquante âmes n’avaient guère été plus loin que le Certificat d’Etudes. Et encore, pas tous ! Les spécialistes les plus réputés de l’Education Nationale s’étaient penchés en vain sur ce phénomène unique dans les annales académiques. Se perdant en conjectures, ils avaient cessé leurs investigations après avoir conclu qu’un microclimat existait sur la commune qui rendait tout apprentissage correct du français et du calcul inaccessible à l’entendement des habitants de cet endroit.

Louis, le bistrotier, était un exemple impressionnant de cette non réussite. Le garçon se montra très tôt beaucoup plus intéressé par les bergères qui gardaient les chèvres dans les prés voisins que par sa scolarité qu’il suivait à temps partiel, très partiel. A titre exceptionnel, le maire Martial savait lire, c’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle il était maire. Il avait acquis et cultivé ce don grâce à l’abonnement de son père à France Football que son géniteur lui laissait parcourir lorsqu’il était enfant après l’avoir dûment analysé pendant trois jours les matchs du week-end.

Le facteur Germain lui n’avait pas besoin de lire dans la mesure où le reste du monde n’écrivait pas beaucoup aux résidents de ce village. Le préposé reconnaissait les lettres administratives des impôts ou de la préfecture à la cocarde tricolore qui ornait les enveloppes officielles et ce savoir-faire lui suffisait largement. Le temps libre que lui laissait son emploi, il pouvait le passer dans l’arrière salle du café de Louis à disputer des parties interminables de dominos avec les anciens du bourg.

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Au concert

6 novembre, 2009

Raymond n’aimait pas aller au concert : il s’y rasait consciencieusement.

Mais Raymonde n’était pas du genre à couper les cheveux en quatre.

Parée de ses plus belles bouclettes et de sa meilleure robe de soirée, elle sortait tous les samedis.

Raymond frisait alors sa moustache, lissait sa barbe et la suivait.

Un jour, ils écoutèrent une cantatrice anglaise qu’il trouva au poil.
Mais Raymonde n’aima pas sa queue de cheval.

Elle dit qu’une chanteuse lyrique devait être frisée.

Surtout une anglaise.