Archive pour août, 2009

L’auteur a des soucis

20 août, 2009

Il était dévoré d’anxiété.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » dit-il.

« Je ne suis dévoré par rien du tout, je le saurais si j’étais dévoré »

« Disons que je suis saisi d’une légère inquiétude, tout au plus… »

Soit. Alors disons qu’il était submergé par l’émotion.

« Non, non ! », dit-il.

« Vous décrivez mes émotions n’importe comment ! »

Bon d’accord, faisons un effort.

Si je dis qu’il était rongé par l’angoisse, je suppose que ça n’ira pas non plus.

« Je ne le vous fais pas dire ! »

Et : un trouble délicieux lui parcourait l’échine. C’est bien ça, non ?

« Ça devient graveleux votre truc ! »

Cette fois, j’en tiens une bonne : il connut l’émoi du jeune homme, amoureux de sa première rencontre. 

«  A soixante quatorze ans, ça fait quand même un peu bizarre ».

L’auteur fatigué : bon, ben alors qu’est –ce qu’on fait ?

L’autre : bon, allez passer moi votre manuscrit, sinon on ne va pas s’en sortir.

Le retour du Monstre du Loch Ness

19 août, 2009

 Je suis Jean-Sébastien, le monstre des mers. Vous ne pouvez pas vous tromper, jusqu’aux évènements récents que je vais conter, j’étais le seul. Quinze mètres de long, vingt trois tonnes, je me fais peur moi-même. Mon aspect verdâtre, gluant et mes yeux exorbités me rendent absolument ignoble à la vue. En plus, je suis immortel. C’est plus dur à assumer qu’on ne le pense. J’ai parfois du mal à donner un sens à ma vie puisqu’elle en perpétuel recommencement. Mon cousin Nessie, le monstre du Loch Ness a failli devenir fou à force de tourner en rond dans son lac !

Heureusement, j’ai deux amis : Prosper le requin-marteau et Marie-Claude, la baleine bleue. Parfois, nous utilisons Jérémy et sa bande de dauphins comme messagers, ils ont discrets, élégants et efficaces.

Je suis le survivant d’une race disparue. Voilà plusieurs millions d’années, mes congénères ont voulu sortir de l’eau où ils s’ennuyaient pour explorer la terre. Dieu ou je-ne-sais-qui les dota de pattes et ils devinrent les dinosaures. Leur curiosité fut bien mal récompensée puisqu’un la chute d’un formidable astéroïde les anéantit tous, du jour au lendemain. Plus tard arrivèrent les hommes, des petits êtres fragiles et peureux mais pas bêtes du tout, si j’ose ainsi m’exprimer.

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Jeux de mots

18 août, 2009

Je priais pour que son pull en mailles  m’aille sans faille, aïe !

Le têtard fêtard vient en retard, très tard.

De Bali, Papi fit ses valises salies pour le Mali.

Le comble, c’est qu’il dut combler ce trou dans ses combles.

Oui, Louis ouit.

A Dinard, un veinard, un manar et un loubard buvaient du pinard comme des buvards.

Sens ! dit Sandy, ces cent dix parfums.

Hier, très fiers, ils pillèrent un stock de serpillières.

Pourquoi ce koala est là ?

Cet homme versatile aux yeux verts, se versait un verre et versifiait avec verve.

Le dromadaire buvait son madère hebdomadaire.

Sur
la Croisette, je croise Zézette

Une soirée familiale

18 août, 2009

Mon père vient de repousser la porte sur le froid de l’hiver.

-          C’est toi ?

Oui, c’est lui. D’ailleurs, je savais que ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre. Comme depuis 23 ans, c’est lui qui répond d’un grognement à cette interrogation immuable lancée du fond de la cuisine.

Il piétine un instant le paillasson qui crisse sous ses pieds. Le tintement de la vaisselle le rassure : ma mère s’active aux fourneaux. Une odeur entêtante de poireau lui parvient. Chez lui, ça sent toujours le poireau. Il ne comprend pas pourquoi. Même quand ma mère ne mets pas de poireaux dans la soupe, ça sent le poireau.

Dehors, il a eu froid. En reniflant bruyamment, il s’essuie le nez de son revers de manche puis se débarrasse de sa vaste canadienne et de ses rudes godillots avant d’entrer dans la pièce principale.

Ma plume sergent-major grince sur mon cahier d’écriture. Sous la lueur livide chichement filtrée par un abat-jour informe, je m’applique à ma rédaction. Ma tête penchée effleure la toile cirée. Il s’agit de raconter mon dernier rêve. Moi qui ne rêve jamais, j’invente n’importe quoi : mon héros vient de trucider son quatrième dragon. Il envisage de s’attaquer au monstre qui a emporté la belle au bois dormant dans la forêt avec des intentions malveillantes.

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Leçon de mathématiques (chapitre 2)

16 août, 2009

Marco et Julot sont deux amis.

Et pourtant, ils sont de tempéraments diamétralement contraires l’un à l’autre.

Marco est expansif et bavard. Julot est taciturne et secret.

Ils sont sans doute les deux faces d’un même objet.

Souvent ils disent qu’à eux deux, ils forment un juste milieu.

Ils n’évoluent mais pas dans la même sphère mais se voient à intervalles réguliers.

Il se rencontre parfois dans leur surface commerciale au moment des courses.

Marco aime l’humour décalé, Julot prend plus de distance sur la vie.

Lorsque Marco lui reproche d’être éloigné des réalités, Julot lui répond que ça lui est complètement équilatéral.

Julot ne fait partie d’aucun cercle. Marco, lui, participe à un grand nombre de points de rencontre.

Lorsque Marco, d’un regard oblique, invite Julot à s’exprimer en public, Julot répond d’une parabole sur l’argent de la parole et l’or du silence.

 Parfois Marco prend des positions tangentes vis-à-vis de l’ordre public.

Mais Julot est toujours là pour le remettre dans la ligne droite.

Quand Marco est sur la mauvaise pente, Julot sait rester positif.

Parfois, leurs regards se tournent dans la même direction et tendent vers l’infini.

Leçon d’anatomie (2)

15 août, 2009

Robert avait l’oreille des notables de la commune.

Il vivait sur un grand pied dans le poumon vert de la ville.
Néanmoins, il avait le cœur sur la main.

Il n’hésitait pas à donner un coup de pouce à ceux qui en avaient besoin.

On le voyait parfois déjeuner au coude à coude avec les pauvres des bas quartiers.

Parfois même, il choisissait un malheureux pour lui offrir un dîner à l’œil !

Il accueillait toutes les confidences sur son épaule.

Décidemment, malgré sa fortune, Robert ne se croyait pas sorti de la cuisse de Jupiter.

Il n’avait pas les chevilles enflées par la gloire, lui au moins.

Sa réussite ne lui était pas monter à la tête.

Tel Atlas portant le monde, il chargeait son dos de la misère des autres.

Un grand voyageur

14 août, 2009

J’aime beaucoup Lucien. Sauf que lui adore les voyages et que personnellement, j’ai horreur de sortir de chez moi. Faire mes valises me plonge dans la morosité, l’ambiance des gares me déprime, prendre un avion m’angoisse, dormir dans un lit étranger me rend malade. Au mois de mai, je redoute deux évènements majeurs : mon anniversaire et la question incontournable, immuable et lancinante qui revient dans toutes les conversations de bureau :

-          Alors, vous partez où cet été ?

Le français moyen passe le tiers de son budget mensuel dans son logement qu’il s’empresse de quitter dès qu’il obtient quelques jours de liberté !

Ma réponse à cette interrogation convenue est étroitement liée au statut social de celui qui me pose la question. D’ailleurs, je remarque au passage que plus on grimpe dans l’échelle sociale, plus on vous ment, c’est fou !

Lorsque c’est une secrétaire qui me questionne sur mes aventures d’été, je réponds la vérité. Ainsi, je dis simplement à Marion, la plaque tournante du service, dont la pause café coïncide fréquemment avec la mienne, qu’en vacances je reste chez moi où je suis mieux que partout ailleurs. Surtout depuis l’été pendant lequel, pris d’une honte subite devant la sédentarité de mon repos aoûtien, j’avais cru bon de réserver une chambre à l’Hôtel de la Plage du Grau-du-Roi, dont je suis revenu rouge comme une écrevisse, atteint d’un eczéma d’origine inconnue qui fit l’admiration du corps médical à mon retour dans le monde civilisé.

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Obscurité

13 août, 2009

Il dit :

-          Que la lumière soit !

Et le noir fut.

Il manquait de chance : une gigantesque panne d’électricité affectait tout le quartier.

Il dit :

-          Mince, j’ai oublié ma torche dans la bagnole !

Je répondis :

-          Bouge pas, je vais essayer de trouver les bougies !

Il dit :

-          T’as des allumettes ?

Je restai coi de stupeur, puis me ressaisissant vivement, je rétorquai :

-          Mordious, j’ai oublié d’en prendre à la supérette !

Il dit :

-          J’t’avais pourtant bien dit d’en prendre !

Il conclut :

-          Bon, la soirée va être sombre. Y’a plus qu’à se coucher !

 

Il ne faut pas rater son train, ce serait dommage !

12 août, 2009

Autrefois, je vivais mes expéditions ferroviaires comme un vrai moment de détente.  «Monter » à Paris par le train était une fête. Je m’y rendais une fois par an, à l’occasion d’un salon ou d’un congrès. Le séjour était préparé longtemps à l’avance, je réservais un hôtel avec vue sur la Tour Eiffel, j’établissais une liste de restaurants à tester, j’organisais un tour des expositions à visiter. Parfois même, je prévoyais une sortie nocturne dans des endroits coquins où je retrouvais quelques collègues prêts à s’encanailler comme des lycéens en goguette. Bref, la visite de la capitale était chaque fois un plaisir.Aujourd’hui, tout a changé. Avec le nouveau patron, Dumoulin, il faut prendre le TGV en gare de la Part-Dieu pour un oui ou non. Il faut apprendre à travailler avec nos collègues parisiens comme s’ils siégeaient dans le bureau d’à-côté. Sauf que c’est beaucoup plus compliqué. C’est même un vrai calvaire.

Les problèmes s’accumulent : le premier, que Dumoulin ignore complètement, c’est qu’une réunion de deux heures à Paris nécessite quatre heures de train « aller-retour ». Autrement dit, une journée est mobilisée pour deux heures de travail utile. La solution de Dumoulin est d’une simplicité enfantine :

-          Vous n’avez qu’à travailler dans le train !

Etre à 9 heures 30 dans une tour de
la Défense, nécessite que je me lève à 5 heures. Dumoulin n’a pas encore compris que j’ai besoin de 8 heures de sommeil par nuit que je rattrape comme je peux dans le train qui m’emporte vers la capitale.

Pour qu’un voyage se déroule dans de bonnes conditions, il faut que Monique, la secrétaire du service, soit prévenue et qu’elle ait le temps de prendre les billets. Monique a horreur d’être sollicitée de la veille pour le lendemain ce qui est pourtant l’une des spécialités de Dumoulin. C’est une râleuse Monique. Tout le boulot de secrétariat lui retombe dessus. Les chefs ne se rendent pas compte ! Et puis ensuite, il faut qu’elle ne se trompe pas de jour et d’heure. Dans le cas contraire, il faut la prier de faire les démarches d’annulation sinon on a droit, de nouveau, à la liste amère des tâches dont on la submerge « dans cette maison ».

Désormais, quand elle a pu tout à loisir me faire part de sa mauvaise humeur, Monique m’envoie par messagerie un billet électronique. Le cauchemar !

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Attention aux clichés !

11 août, 2009

Bertrand était un économiste distingué.

Son travail lui prenait tout son temps : il menait un train d’enfer.

Il suait sang et eau pour assumer tous ses engagements.

Néanmoins, il avait une solide réputation de buveur invétéré.

Un jour son regard fier se posa sur Josiane.

Elle était blonde comme les blés.

Elle avait une taille de guêpe, des doigts de fée et un rire en cascade.

Avec elle, il connut un plaisir fou et une complicité de tous les instants.

Puis le temps fit son œuvre.

Et leur couple coula corps et biens.

 

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