Archive pour mai, 2009

Les Werglous

11 mai, 2009

Grosmps et Smerps formaient un très beau couple de Werglous. Grosmps avait choisi Smerps comme partenaire cent trois ans plus tôt : il était tout de suite tombé amoureux  de sa forme de poireau et surtout de sa ravissante teinte bleue indigo qui la distinguait de l’ensemble de ses conquêtes précédentes. Grosmps, lui, avait plutôt l’allure d’une fraise montée sur roulettes. Smerps aimait son aspect écarlate, elle trouvait son allure particulièrement virile Tous les Werglous étaient dotés de la morphologie d’un fruit ou d’un légume aux couleurs les plus variées.

En l’année 56 743, Grosmps et Smerps faisaient partie d’une mission qui avait quitté leur planète depuis trois mille ans en vue d’envahir
la Terre dont l’intense activité avait attiré l’attention des savants Werglous. Avant d’atterrir, le chef de mission avait décidé de camper sur Mars, pendant quelques années, afin d’étudier plus précisément la vie terrienne et de ses habitants. Le patron s’appelait Rooper, c’était un Werglou âgé de 35 645 ans, un Sage entre les Sages et personne ne se serait avisé de discuter ses ordres. Derrière son anatomie proche du melon de Cavaillon, il était doté d’une volonté de fer et d’une grande expérience du management des communautés Werglous.

Les journées étaient quand même bien longues sur Mars pour Grosmps et Smerps, comme pour l’ensemble de la colonie. Seuls les techniciens qui entouraient Rooper s’affairaient en permanence derrière leurs télescopes pointés vers
la Terre, puis ils reportaient leurs observations sur des grands tableaux bientôt couverts de calculs savants, auxquels Grosmps et Smerps ne comprenaient pas grand chose. Les techniciens formaient une caste à part chez les Werglous. Sur 100 naissances, chaque génération produisait 10 techniciens qui se distinguaient dès leur plus jeune âge par leur forme cubique. Ainsi Jghfrd, le chef des techniciens avait exactement l’apparence d’une cerise en forme de dé.

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Poème surréaliste (suite)

10 mai, 2009

Poubelle, libelle, mirabelle, rebelle, plus belle, ni belle ni soumise.

Un être, un homme, un individu, un particulier, une silhouette, un squelette, une ombre.

Très cher, cher ami, mon cher, Loir-et-Cher, Michel Delpech, bien en chair, monter en chaire, très cher, coûteux dirais-je même.

Une étoile, deux étoiles, trois étoiles, quatre étoiles… le ciel est étoilé ce soir, il fera beau demain

Se porter garant, se porter au secours, se porter au devant, se porter dans une chaise à porteur, je me porte beaucoup mieux, je vous remercie.

L’homme de Cromagnon, la femme de Cromagnon, l’enfant de Cromagnon, la tante de Cromagnon et n’oublions pas le boulanger de Cromagnon !

Le berger étudiait les noms parisyllabiques en latin et sa chèvre arriva.

Sans réserves, sous réserves, avec réserves, mes réserves de pots de confiture.

Hystrion, aède, troubadour, chanteur et Georges Brassens

Poule mouillée, coq en pâte, poulet rôti, dindon de la farce et dix de der

Casse-pieds, casse-cou, se casser le nez, casse-toi pauvre c… !

Comme si de rien n’était et rien naît.

Vers le bord, vertige, vert de peur, verre en mains, versifions.

 

Les noms prédestinés

9 mai, 2009

Ce soir, c’est la soirée de l’entreprise. La cérémonie se déroule aux Caves du Roi. Ambiance sous-sol et Moyen-âge. Les pierres sont apparentes dans la salle de restaurant, ornées ici et là d’armoiries et de pseudo reliques de l’époque féodale. Les gravures essaient de rappeller les croisades de nos ancêtres en Terre Sainte ou alors les vilenies de ces anglais que nous avons raccompagnés dans leur île voilà déjà quelques siècles.

Dans une soirée mondaine, il est du dernier chic de faire remarquer sa présence sinon ce n’est pas la peine d’y aller. Et la plus élémentaire des tactiques pour être vu, c’est d’arriver en retard, en prenant l’air si possible essoufflé et sincèrement désolé. C’est ce que m’a toujours expliqué mon voisin, doté d’une longue expérience dans ce domaine. Je n’ai malheureusement jamais pu perdre cette sale manie d’arriver à l’heure. C’est ainsi que je pénètre, le premier, à 20 heures sonnantes dans les Caves Royales, plongées dans une pénombre qui me surprend désagréablement. Je distingue néanmoins une dizaine de tables rondes couvertes de nappes blanches et les couverts dressés sur chacune d’elles pour quatre convives. Dans le fond, sous des voûtes séculaires, une estrade attend un spectacle.

Mes yeux s’habituant à l’obscurité, je me rends compte rapidement que je ne suis que le second. Dans un coin de la salle, j’aperçois Karine.

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Lucien Grognasson à la mer (partie II)

8 mai, 2009

Pour Monsieur Grognasson, la situation se présentait très mal. D’abord la légère brise qui s’élevait de la mer tordait son journal préféré dans tous les sens de sorte qu’il ne pouvait absolument pas étudier les courses de l’après-midi. Ensuite, il se sentait plutôt boudiné dans son maillot de bains à fleurs de jeune homme qu’il avait passé pour l’occasion. Enfin, une multitude grains de sable s’insinuaient dans les replis de son abdomen rendant toute position de repos particulièrement désagréable.

A midi, tout le monde se retrouva au restaurant de la Plage. Dans les rires et les cris de joie, on commanda des moules et du rosé de pays. Monsieur Grognasson lui aurait bien pris une cotelette de bœuf et une bière, mais Mademoiselle Dulampion sut encore le convaincre de profiter du voyage pour goûter aux produits locaux.

L’après-midi fut encore plus amusant. Sur la plage, les hommes couraient à perdre haleine en tirant derrière eux des cerfs volants d’enfants qui étaient supposés s’envoler très haut dans le ciel. Parfois les filins des uns et des autres s’emmêlaient et les protagonistes s’étranglaient de rire tandis que les femmes battaient gaiement des mains. 

Monsieur Grognasson allongé à l’ombre d’un parasol avait tenté sans succès sa sieste quotidienne puisqu’il était continuellement dérangé par les exclamations des uns et des autres ou par la mélopée des vendeurs de chouchous ou encore par Madame Turlutu qui s’inquiétait toutes les cinq minutes de son état de santé.

Vers cinq heures, il fallut rejoindre le car du retour alors que le soleil regagnait lentement l’horizon. Mademoiselle Dulampion fit remarquer gentiment à Monsieur Grognasson  que le temps était resté clément contrairement à son pronostic. Monsieur Grognasson grogna que sa grande expérience lui avait appris que, parfois, il fallait attendre vingt quatre heures de plus pour que les prévisions météorologiques se réalisent.

Sur le chemin, il fallut arrêter le car en urgence pour que Monsieur Grognasson puisse vomir tout son déjeuner dans un fossé.

Quand il remonta sur son siège, Madame Turlutu le réconforta :

- Quelle belle journée avons-nous passé à la mer, Monsieur Grognasson !

Lucien Grognasson à la mer (partie I)

7 mai, 2009

En ce beau dimanche d’été, c’était l’effervescence dans l’immeuble de Monsieur Grognasson. Tous les locataires s’étaient cotisés pour louer un car qui devait les emmener à la mer pour passer la journée.

Monsieur Grognasson s’était beaucoup fait tirer l’oreille mais il avait fini par accepter de participer. Mademoiselle Dulampion lui avait demandé si gentiment !

La veille au soir, un incident avait failli se produire. En préparant son pique-nique, Monsieur Grognasson s’était aperçu qu’il n’avait plus de son saucisson à l’ail préféré. Il se déclara prêt à ne pas partir en voyage dans des conditions aussi délicates. Heureusement Madame Turlutu prit la décision courageuse de réveiller à minuit  Monsieur Bouchon, le charcutier qui sauva immédiatement la situation.

Dans l’autocar, il fallut attendre que Monsieur Grognasson contrôle la régularité des papiers du chauffeur, qu’il lui fasse passer un test d’alcoolémie et qu’il examine la solidité de toutes les ceintures de sécurité. On voit tellement d’accidents aujourd’hui !

A l’arrivée, nouveau problème ! Monsieur Grognasson avait oublié d’emmener son Paris-Turf. Tous les locataires s’égayèrent dans les boutiques qui bordaient la plage à la recherche du journal préféré de Monsieur Grognasson.

Heureusement, il faisait un soleil radieux. Mademoiselle Dulampion le fit remarquer à Monsieur Grognasson qui en tant qu’ancien officier de marine lui fit à son tour observer que cet état de fait n’allait sûrement pas durer.

Sur la plage chacun trouva une occupation amusante. Les messieurs jouèrent à la pétanque avec des boules en plastique. Madame Turlutu qui avait emmené un tricot, s’installa confortablement pour continuer son travail. Mademoiselle Dulampion dans un ravissant maillot une pièce, couleur rose fuchsia, poursuivit sa lecture de « Modes et Travaux » tout en ne prêtant aucune attention aux regards masculins sur sa fine silhouette.A SUIVRE.

Ne jamais dire jamais…

6 mai, 2009

J’étais certain que ça ne m’arriverait jamais.

Et pourtant je suis là, aux cotés de Marie. Dans la pénombre de l’Eglise, les cierges jettent des reflets dorés qui glissent sur ses épaules nues. Sa robe de mariée me parait audacieusement décolletée, je me demande comment le curé de la paroisse a pu ne pas le remarquer ou faire semblant de ne pas le remarquer. Pour le moment, il lit quelque chose que je ne comprends pas. Il faut dire que je ne suis pas très attentif à son discours, vagabondant dans d’autres pensées. Je le rejoins au moment où il explique le symbole de l’anneau : ni début ni fin. Il a raison. Je n’ai rien maîtrisé : je n’ai  toujours pas compris quand et comment cette histoire a commencé ni pourquoi elle a conduit devant l’autel divin le misérable mécréant qui m’habite depuis l’adolescence.

Dans notre dos, ils sont tous là, eux aussi. En remontant l’allée centrale, je les ai recensés un par un. Il y a la tante Louise. Enfin son chapeau à fleurs, sous lequel disparaît son visage minuscule. Elle est accompagnée de l’oncle Charles, rougeaud et bouffi dans son costume du dimanche. Il a apporté plusieurs caisses de son Bourgogne préféré dans le coffre de sa voiture pour être sur de ne manquer de rien pendant la soirée. La mère de Marie qui écrase une larme bienvenue. Son père qui regarde sans arrêt la montre ancienne qu’il sort de la poche de son gilet Les enfants endimanchés dont Juliette, la sœur de Marie et donc ma belle-sœur qui nous a regardé passer, les yeux ronds, la bouche ouverte et le doigt dans le nez.

Et puis, Marc et Eric sont venus. Je suis sûr qu’ils sont en train de ricaner dans leur coin. Je les ai accompagnés si souvent dans cet exercice. Ensemble, nous avons écumé toutes les noces de famille, la nôtre et celle des autres, depuis nos quinze ans, en jurant qu’on ne nous y prendrait jamais. Et pourtant !

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Leçon d’anatomie

5 mai, 2009

Jimmy est une vraie tête de lard qui a déjà eu souvent à faire au bras de la justice. Son nom revient régulièrement sur la main courante tenu par le commissariat de son quartier. Mais Jimmy sait qu’il ne sort pas  de la cuisse de Jupiter. Il vit à sa vie à corps perdu, en n’hésitant pas à tordre le cou à la vérité s’il le faut.

Son père lui a souvent lancé son pied au derrière ou sa main sur la joue. Il a le cœur à gauche et le portefeuille à droite. Jimmy et lui se retrouvent au coude à coude dans les manifs.

Sophie est la petite amie qui se repose sur l’épaule de Jimmy. Elle court fréquemment dans le parc public, poumon vert de l’agglomération, pour affiner sa silhouette.

Parfois quand Sophie et Jimmy ont l’estomac dans les talons, ils aiment à s’attabler dans un restaurant des Halles dans le ventre de la ville pour déguster des pieds de cochon. Un jour Sophie et Jimmy iront à l’Eglise pour remettre leur union dans la main de Dieu en se passant la bague au doigt.

L’homme de fer

4 mai, 2009

Dans le magasin, Marc regarde « l’objet » de son désir  et la vendeuse regarde Marc. Elle est menue et frêle dans le tablier blanc qu’elle a passé sur son gilet rose. Ses cheveux noués dans le cou dégagent son front juvénile et ses yeux attentifs. Marc fait penser à une lame de couteau. D’un petit couteau. Son nez bourbon et pointu, sa mâchoire allongée et son visage profilé lui ouvrent l’espace, tandis que sa petite taille lui permet de s’insinuer facilement d’une démarche louvoyante dans n’importe quel attroupement.  Entre eux deux, bien en évidence sur le haut de la vitrine qui les sépare, « l’objet » trône sur une assiette multicolore. Il rayonne royal, doré, somptueux. La jeune fille attend la décision de son client. Marc, hypnotisé par « l’objet », parait incapable d’émettre un son.  Pourtant, Marc, du haut de son mètre soixante, est un homme d’action qui ne met pas dix ans pour prendre une décision. D’ailleurs, c’est lui qui le dit. Son regard fureteur et continuellement inquiet, derrière ses lunettes cerclées d’argent, vous fusille immédiatement sur place et sans jugement si vous émettez un simple doute sur son tempérament de fer. Que dis-je ? D’acier, excuse-moi Marc !

D’ailleurs, hier, il a affronté une explication des gravures dans le bureau de Duchemin, son chef de service. Et là, il aime autant vous dire qu’il lui a dit ses quatre vérités à Duchemin. Marc n’est pas homme à se laisser impressionné par son encadrement. Certes, les secrétaires de direction auraient dit, ici et là, qu’elles avaient entendu les éclats de la voix de Duchemin à travers la porte, qu’elles avaient trouvé qu’il était dans ses grands jours et que « ce pauvre Marc » avait paru complètement abattu en sortant. Mais elles n’ont strictement rien compris à la stratégie de ce « pauvre Marc ».

Marc a du mal à tenir ses objectifs de vente dans son entreprise d’édition de logiciels. Mais il a expliqué longuement à sa hiérarchie que, lui, il fait dans la qualité, vous m’entendez : la qua-li-té ! Contrairement à ses collègues commerciaux qui, soit dit en passant, se comportent comme des moutons, il n’accepte pas d’être manipulé par cette mode managériale faite de courbes, de chiffres, de graphiques supposés mesurer les performances de chacun !

-          Non, mais où on est là ?

C’est l’une de ses phrases favorites, devant la machine à café, lorsqu’il explose devant Jacques, Louis et quelques autres, contre la toute puissance aveugle de la technocratie qui gouverne l’entreprise.

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Pour un nouveau calendrier…

3 mai, 2009

C’est la révolte au Paradis. Le calendrier républicain ne compte pas assez de jours pour permettre à tous les saints d’y figurer. Une file d’attente s’est formée au guichet des réclamations. Il y a là : 

Le Saint Ture qui en a assez de se la serrer

Le Saint Dessin qui se met en quatre pour y entrer

Le Saint Sert. Avec un nom comme le sien, il faut qu’il serve à quelque chose

Le Saint Patik : son arrivée au calendrier est attendue par certains irlandais en difficultés avec le R

Le Saint Gulier qui ne veut plus faire exception

Le Saint Glinglin qui en a assez d’attendre

Le Saint Frusquin qui ne veut plus être en reste

Le Saint Cinnati qui propose son nom pour figurer sur les calendriers américains

Le Saint Gerie qui ne veut plus qu’on lui fasse des promesses en monnaie de singe

Le Saint Fonie qui trouve que tout ça ressemble à de la cacophonie alors que il serait si simple d’adopter son nom qui sonne comme une harmonie

Le Saint Ptôme qui pense que la maladie terrestre de l’égocentrisme est en train de gagner le Paradis et qu’on devrait donc lui laisser la place.

Tout va bien!

2 mai, 2009

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