Archive pour mai, 2009

Quelle vedette!…..

21 mai, 2009

Il va encore falloir y passer : j’ai horreur de la promo. Je viens pourtant de terminer un nouvel album qu’il va falloir vendre. Une vingtaine de chansons sur lesquelles j’ai beaucoup travaillé. Il y a du texte, du vrai ….des choses qui ont un sens, de la valeur. J’ai fais la chasse pendant plusieurs mois aux clichés, à la banalité ou aux rimes faciles. La musique est, je crois, à la hauteur : mon copain Jeremy y a mis du sien aussi. Nous avons banni les mélodies simplistes tout en cherchant quelque chose qui porte vraiment les paroles. Je pense avoir trouvé, comme disent les spécialistes, une couleur musicale qui n’appartient qu’à moi et à ceux qui ont oeuvré avec moi.

Mes chansons sont donc le fruit d’un travail de recherche artistique approfondi. Elles n’auront peut-être aucun succès, mais je m’en fous un petit peu. Classé chanteur populaire depuis trois ans, je peux m’autoriser le luxe de faire ce qui me plait. Ma notoriété m’a permis de travailler sans être bousculé par mon producteur. Un débutant ou un « petit » chanteur n’aurait jamais pu se lancer dans un tel défi. Autrement dit, pour avoir le droit de s’améliorer, il faut déjà être considéré comme bon. Tiens ! Il faudra que je place ce truc-là dans une interview, ça en embêtera quelques uns.

Le seul problème maintenant, je suis obligé de me livrer à l’inévitable « promo » de mon album. Je ne peux pas, dans l’absolu, en vouloir à mon producteur. Il a sorti de l’argent de sa caisse, il attend d’en faire rentrer un peu plus. Logique et imparable.

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Comment dire ?…

20 mai, 2009

Comment pourrais-je lui annoncer ça ? Je pourrais commencer en disant :

-          Ecoute Paulette, nous sommes entre adultes….

Ce n’est même pas certain. Paulette est une éternelle adolescente qui a toujours été habitué par sa mère à avoir satisfaction à tous ses caprices.

Ou alors :

-          Ce sont des choses qui arrivent dans la vie, n’en faisons pas un drame….

Non, c’est le meilleur moyen pour qu’elle en fasse un.

Je vais plutôt essayer :

-          Pense aux enfants, Paulette, c’est eux qui risquent d’en pâtir le plus…

Ce n’est pas très opportun : je devrais savoir que Paulette pense d’abord à elle.

Soyons plus optimiste, je vais dire :

-          Si j’osais je dirais que ça va nous permettre de changer nos habitudes, de nous ouvrir d’autres horizons.

Pourquoi faut-il que je dise toujours « si j’osais » ? C’est idiot puisque j’ose le dire.

Oh ! Et puis m…. ! Je ne vais pas tout de même pas m’embarrasser de périphrases pour lui annoncer que j’ai oublié ses yaourts à la fraise en faisant les courses à Carrefour !

 

 

 

Un début de carrière

19 mai, 2009

C’était mon premier braquage. Mais Mouloud, Tonio et Hermann avaient l’habitude : ils m’avaient convaincu que le risque était mince et que l’opération qu’ils projetaient me permettrait d’entrer tranquillement dans la Carrière.

Mouloud avait conquis de haute lutte la direction de la bande des « Fous Furieux » qui semait la terreur et la drogue dans mon quartier. Avec son faciès de boxeur, sa longue cicatrice sur la joue droite qu’il balayait du pouce lorsqu’il réfléchissait, on voyait bien qu’il avait beaucoup vécu. Sa carrure et ses poings impressionnaient son entourage, mais quand son sourire d’enfant découvrait ses dents blanches, il séduisait qui il voulait. Il m’avait à la bonne, Mouloud : il me disait souvent que j’étais un bon petit gars et qu’il pressentait beaucoup de potentiel en moi.

Tonio était l’Espagnol du coin. Petit, vif, nerveux, il savait vous fusiller de ses petits yeux noirs perçants. Si vous n’aviez pas le bonheur de lui plaire, il sortait son couteau en feignant d’examiner sa lame pour bien faire comprendre qu’il convenait de ne pas le contrarier. Je ne lui avais jamais vu peigner sa tignasse couleur corbeau. Par contre, son éternel blouson de cuir noir, orné de multiples objets aussi mystérieux qu’hétéroclites, montrait l’élégance de son propriétaire et suscitait l’admiration de tout ce que la cité comptait de jeunes malfrats.

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Jeux de mots (encore!)

18 mai, 2009

Le vignoble de l’ignoble noble.

La pompe à vélo va plus vite qu’à pied.

Il jouait du trombone à coulisses dans les coulisses quand la porte coulissa.

En prenant son téléphone mobile sans mobile, il pensait à l’immobilisme de l’immobilier.

Le canadien ôta sa canadienne et prit sa canadienne.

Sans malice et lisse, Maurice entre en lice.

Dans la foule, le fou flou se foule le pied en foulant le pavé avec fougue.

Au volant de son auto, la  cigale fume le cigare et se gare vers la gare.

En fermant le loquet, le jockey rabaissa le caquet du perroquet coquet.

Sur ses patins, il soutint la tarte tatin en récitant du latin.

Le pâtissier patibulaire pâtit des parties

Après son jeun et son jeu, le jeune déjeune.

Sans remord et avec morgue, il mord le mort

SUPERMAN

17 mai, 2009

Le lundi soir 

- Rachid Nacri, vous rendez-vous compte que vous êtes un héros, ce soir ?

A ce moment, je ne me rends compte de rien. Sauf que les gens de la télé ont installé un projecteur qui m’éblouit le visage. Et que je ne distingue plus rien d’autre. La voix de la présentatrice insiste :

- Comment vivez-vous cette situation, Rachid Nacri ?

Mes yeux s’habituant à la lumière, je commence à percevoir des ombres qui se déplacent derrière le projecteur. J’ai l’intuition qu’il faut répondre quelque chose à la voix :

-« Euh…. Je suis content pour la femme et le bébé….. J’ai fait ce que tout le monde aurait fait…. »

Il n’y a rien de moins sûr. Cet après-midi, sur le boulevard, je ramassais les feuilles comme le font tous les jardiniers municipaux au début de l’automne. Tout en manipulant pelle et brouette, je pensais au prochain week-end. J’avais projeté une ballade en vélo avec Zora. En relevant la tête, je vis en un instant le drame se nouer : l’enfant avait échappé à sa mère. Il pouvait avoir cinq ans. Son ballon avait roulé sur les rails et il le poursuivait. Le tramway était à moins de 10 mètres et je compris qu’il ne pouvait plus l’éviter. Je me jette sur le gamin. Roulé-boulé sur la chaussée, je sauve l’enfant in extremis. Les cours de judo de l’association du quartier m’auront au moins servi à savoir tomber. Les roues du tramway me passent à 15 centimètres de l’épaule. Crissement métallique des freins que le conducteur a actionnés. Cris de stupeur dans la foule. Et me voilà interrogé au Journal Télévisé du soir comme un Ministre.

 -« Que vous a dit la maman de l’enfant, Rachid ? »

La présentatrice insiste lourdement. Elle ne doit pas avoir beaucoup d’autres sujets ce soir.

-« Elle m’a beaucoup remercié…. Elle était très contente… »

C’est idiot comme réponse, mais je n’en vois pas vraiment d’autres. J’aperçois enfin le visage de la journaliste sur un écran de contrôle. Un sourire satisfait et entendu flotte sur son visage lisse. Je dois avoir bien répondu.

-« Eh bien merci, Rachid…et encore bravo ! »

  

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Le Grand Prix

16 mai, 2009

C’est le grand jour. Le marquis de La Ferté-Mongascon a convié le ban et l’arrière-ban de la noblesse du voisinage. Au soleil de ce début d’été, ils sont tous là dans le parc du Château du Boischarmant. Les habits de velours richement ornés côtoient les silhouettes évasées des robes de satin. Les hommes se penchent galamment sur la main des dames. 

Sur la pelouse émeraude, les soubrettes ont dressé un buffet garni de pâtés, de poulardes et de mets exotiques. Dans leurs robes de paysannes, elles vont de l’un à l’autre et d’un gracieux sourire, proposent aux convives des gourmandises présentées sur des plateaux d’argent.

Le Baron Dupin de Montrissol plastronne : il a le verbe haut et sait faire rire des travers des autres. Il a réuni autour de lui tout ce que la contrée compte de belles femmes. Aujourd’hui, il est impérieux qu’il brille devant la marquise de Chanteuil qu’il courtise assidûment. Selon lui, le marquis de La Ferté-Mongascon est un homme charmant, un ami, pourrait-il dire, mais un ami écervelé. La drôle de machine qu’il a mise au point de marchera jamais. Pensez donc une machine qui avance toute seule et qui serait capable de transporter plusieurs personnes ! Pourquoi pas un engin qui s’élèverait dans les airs comme un oiseau. Autour de lui, les femmes aux visages poudrées gloussent de rire en agitant frénétiquement leurs éventails.

Plus loin, un jeune homme au regard triste déambule les mains dans le dos. C’est Albin de Vaucanson, un cousin éloigné de Jacques de Vaucanson, le génial inventeur grenoblois du carrosse mécanique. Ses travaux sont déjà tombés dans l’oubli et la famille de Vaucanson en a conçut de l’amertume. Sa Majesté Louis le Quinzième, émerveillé par ce progrès, avait pourtant eu une parole prémonitoire à l’adresse du grand ingénieur :

-          Des gens du vulgaire vous penseront sorcier !

Albin de Vaucanson le sait : depuis les temps les plus reculés, le peuple de ce pays n’aime pas les sorciers. Mais il a trouvé dans le marquis de la Ferté-Mongascon, un homme de progrès, en avance sur son siècle, capable de reprendre l’invention de son parent.

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Jeux de physionomie

15 mai, 2009

Lorsque Jean rencontra Jeanne, il fut tout de suite séduit par ses yeux de braise. La jeune fille aima d’emblée le sourire malin du jeune homme.

Elle le présenta à son père qui jeta sur le soupirant de sa fille un œil torve et un regard sourcilleux. Jean, le bec enfariné, ne s’attendant pas à un tel accueil, n’en crut pas se oreilles lorsque le père de sa bien-aimée ouvrit la bouche pour lui dire de ne pas mettre le nez dans ses affaires.

Lorsque Jean présenta Jeanne à ses parents, ceux-ci eurent une moue de dédain. Son père prit même une mine effarée tant il avait rêvé d’un meilleur parti pour son fils. Sa mère avait le visage des mauvais jours tandis que sa soeur eut un rictus de dégoût.

Jean trouvait néanmoins que Jeanne avait un minois charmant tandis que Jeanne trouvait à Jean une physionomie avenante. Malgré les simagrées de leurs entourages, les deux jeunes gens eurent le front de convoler sous l’œil bienveillant de l’abbé Ducard et à la face du Monde.

Un facteur justicier

14 mai, 2009

Julius, le facteur du village sonna au numéro 1. Bertrand, un retraité de nationalité belge, vivait là. Comme il était absent, Julius ne distribua pas sa déclaration fiscale. Julius jugea qu’il valait mieux l’aider à dépouiller son courrier avec lui. Les belges confondent si facilement leur feuille d’impôts avec des prospectus publicitaires.

Au numéro 2, habitait Andy Mac Grégor, un vieil écossais qui passait ses journées à chanter des vieux chants de sa terre natale en kilt d’apparat. Les écossais sont radins, c’est bien connu. Julius voulut attirer l’attention de Mac Grégor sur sa déclaration fiscale en la lui remettant en main propre. Andy Mac Gregor refusa de prendre le document de l’administration arguant de sa nationalité étrangère et de son inaptitude à payer quoique ce soit en dehors des notes du blanchisseur qui assure la propreté du kilt de ses ancêtres

Après avoir écouté un air de cornemuse pour faire plaisir à MacGrégor, Julius, qui est rappelons-le préposé à la poste, traversa la rue pour passer au numéro 3. Giovanni, un berger corse y habitait. Il était 11 heures du matin, Giovanni n’était sûrement pas encore levé et puis de toute façon, il n’envisageait aucun rapport avec l’Etat. Julius décida de garder sa feuille d’impôts par devers lui.

Au numéro 4, Pietro, un jeune maçon d’origine italienne vivait avec Maria et ses huit enfants. La famille se chamaillait gaiement toute la journée dans le jardin. Julius savait qu’elle ne roulait pas sur l’or. Julius n’eut pas le cœur à glisser le papier de l’administration financière dans sa boîte aux lettres.

Au numéro 5, la villa imposante au fond du parc de cinq hectares, c’est celle de Lucien Ducoin-Vernoux le PDG des Etablissements Ducoin-Vernoux, spécialisés dans la production de pots à confiture. Vu le train de vie de la maisonnée, Julius, pris d’un soudain sentiment révolutionnaire, décida de remettre à son jardinier la totalité des déclarations d’impôts de la rue.

Julius est un homme épris de Justice.

Un prof

13 mai, 2009

Après un bac littéraire conquis de haute lutte à la surprise générale, j’avais tiré au hasard la branche universitaire qui aurait l’honneur de m’accueillir en tant qu’étudiant. Muni d’une licence de géographie qui aurait pu être de sociologie, voire d’éducation physique ou de chimie organique, je venais d’effectuer une entrée discrète dans les services de la société d’assurances de mon oncle, lequel n’avait aucune illusion sur mon appétence pour le monde de l’emploi. C’est à cette époque que je devais rencontrer très souvent Berthod dans mon quartier.

 Berthod était l’un des derniers représentants de la race des grands profs de lettres classiques. Pendant ses années de sa gloire, Berthod passait dans les milieux littéraires pour un spécialiste indiscuté de l’oeuvre balzacienne. Ses commentaires du Père Goriot faisaient, parait-il, autorité en la matière. J’appris plus tard qu’il était brillamment intervenu dans une société savante pour faire l’éloge des Ressources de Quinola, une des rares comédies de Balzac représentée de son vivant. L’œuvre produite en 1842, éreintée, atomisée par la critique n’avait pas dépassé la dix-neuvième représentation. Raymond Berthod avait replacé l’œuvre dans le contexte de la vie de l’artiste et avait suscité l’adhésion de ses pairs par la nouvelle lecture qu’il en avait présentée. Ma dernière année de lycée avait coïncidé avec son ultime prestation annuelle.

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Confession

12 mai, 2009

L’homme s’agenouille dans le confessionnal. Il a la conscience lourde lorsque son confesseur ouvre la petite lucarne grillagée.

- Mon père, je n’ai pas d’adresse mail !

L’abbé Ducard sent que le cas est douloureux. La suite ne le dément pas :

-          Mon père, je n’ai pas de CET…

-          Mon père, je ne prends pas mes RTT !

-          Mon père, je ne comprends rien à l’informatique !

L’abbé Ducard sent qu’il faut calmer son pénitent :

-          Mon fils, Dieu est avec vous !

L’homme est à bout :

-          Peut-être, mais moi, je ne suis même pas sur Facebook !

L’abbé Ducard s’attend au pire :

- Mon fils, ne me dites pas tout de même que vous n’avez pas de téléphone portable ?

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