Archive pour le 28 mai, 2009

Nous deux

28 mai, 2009

J’ai passé des années à traquer l’individu qui m’habite et je l’ai trouvé. J’aurais mieux fait de ne pas me chercher : je ne me lâche plus les baskets, je me colle à la peau.  

Avec les autres je ne suis guère bavard, je ne suis loquace qu’avec moi. Alors là, par contre, je m’en raconte ! Mes conversations commencent dès la douche du matin : je m’exprime mes sentiments, je me donne mon avis, je me réprimande pour mes maladresses, je me console, je me rudoie, je me dis que je n’ai rien compris à ma vie. Toujours verbalement, à haute voix, pour que je me comprenne bien. Il n’y aura pas de non-dit entre nous.

Lors du trajet automobile qui me conduit au bureau, le ton monte. Je pourrais quand même prendre le bus au lieu de contribuer à la pollution terrestre. Je m’admoneste en me montrant du doigt. Je croise des regards d’automobilistes inquiets.

Au bureau, je suis toujours exigeant avec moi-même, mais je ne le montre pas aux autres, je me contente de me fixer sévèrement du regard lorsque je commets une gaffe. Dans ces moments là, je vous prie de croire que je ne me rate pas et que je ne fais pas le fier. A la cantine, je m’astreins à ne pas prendre de viande en sauce en dépit de mes goûts. Avec le cuisinier, le dialogue se prolonge parfois devant une file d’attente qui s’allonge, s’agite, maugrée… Je suis obligé d’expliquer à ceux qui me suivent que je ne suis pas vraiment facile à nourrir et que je serais curieux de savoir ce qu’ils feraient à ma place.

Le soir, je me dispute avec moi à cause du programme de télé. Je devrais éviter de toujours me vautrer sur mon sofa devant le même match de foot. Je suis obligé de me battre pour me reprendre la télécommande des mains. Avant le coucher, je m’oblige à passer sur la balance et sous la toise. Je me recommande de faire attention : je prends  beaucoup trop d’importance.