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Lucien Grognasson à la mer (partie II)

8 mai, 2009

Pour Monsieur Grognasson, la situation se présentait très mal. D’abord la légère brise qui s’élevait de la mer tordait son journal préféré dans tous les sens de sorte qu’il ne pouvait absolument pas étudier les courses de l’après-midi. Ensuite, il se sentait plutôt boudiné dans son maillot de bains à fleurs de jeune homme qu’il avait passé pour l’occasion. Enfin, une multitude grains de sable s’insinuaient dans les replis de son abdomen rendant toute position de repos particulièrement désagréable.

A midi, tout le monde se retrouva au restaurant de la Plage. Dans les rires et les cris de joie, on commanda des moules et du rosé de pays. Monsieur Grognasson lui aurait bien pris une cotelette de bœuf et une bière, mais Mademoiselle Dulampion sut encore le convaincre de profiter du voyage pour goûter aux produits locaux.

L’après-midi fut encore plus amusant. Sur la plage, les hommes couraient à perdre haleine en tirant derrière eux des cerfs volants d’enfants qui étaient supposés s’envoler très haut dans le ciel. Parfois les filins des uns et des autres s’emmêlaient et les protagonistes s’étranglaient de rire tandis que les femmes battaient gaiement des mains. 

Monsieur Grognasson allongé à l’ombre d’un parasol avait tenté sans succès sa sieste quotidienne puisqu’il était continuellement dérangé par les exclamations des uns et des autres ou par la mélopée des vendeurs de chouchous ou encore par Madame Turlutu qui s’inquiétait toutes les cinq minutes de son état de santé.

Vers cinq heures, il fallut rejoindre le car du retour alors que le soleil regagnait lentement l’horizon. Mademoiselle Dulampion fit remarquer gentiment à Monsieur Grognasson  que le temps était resté clément contrairement à son pronostic. Monsieur Grognasson grogna que sa grande expérience lui avait appris que, parfois, il fallait attendre vingt quatre heures de plus pour que les prévisions météorologiques se réalisent.

Sur le chemin, il fallut arrêter le car en urgence pour que Monsieur Grognasson puisse vomir tout son déjeuner dans un fossé.

Quand il remonta sur son siège, Madame Turlutu le réconforta :

- Quelle belle journée avons-nous passé à la mer, Monsieur Grognasson !