Archive pour avril, 2009

Encore un drame de l’incommunicabilité

10 avril, 2009

Le matin, l’Homme dit à son reflet dans le miroir de la salle de bains qu’il est trop gros.

Puis, il se tourne vers le chat, pour s’enquérir de son avis. Le félin se pourlèche le pelage pour toute réponse.

Plus tard, l’Homme descend dans le métro. Il valide lui-même son ticket en regrettant le temps où il pouvait plaisanter gaiement avec un poinçonneur humain. La chanson de Gainsbourg qui parlait de petits trous lui revient à l’esprit.

Plus tard encore, un bras lui tend un journal dans la rue. Il saisit le quotidien, va dire merci et sourire, mais la jeune fille qui est au bout du bras a déjà tourné la tête pour aborder un autre passant.

Au bureau, sa messagerie lui annonce qu’elle en a plein les kilos-bytes. L’Homme lui fait les remontrances qui conviennent, puis, tout en maugréant, s’installe à son clavier pour exprimer son savoir-faire professionnel.

A onze heures trente, après beaucoup de recherches, il a une surprise. Parmi cent cinquante messages dont cinquante huit newsletters, et vingt quatre annonces publicitaires, il découvre enfin quelqu’un qui veut lui parler ! Dans trois semaines. Enfin….s’il est disponible.

L’ami de la marquise

9 avril, 2009

La marquise aimait bien le Comte Arebours. Lorsque le Comte racontait des historiettes amusantes, le contrat était toujours rempli : son entourage s’esclaffait à gorges déployées.

C’était aussi un homme avisé en affaires. Il savait tenir ses dépenses. Le Comte, habileté aidant, suivait à la trace le moindre denier qui sortait de ses coffres. Lorsque les créanciers venait lui présenter les factures dela Comtesse, le Comte contestait les comptes jusqu’au dernier sou.

Le Comte Arebours raffolait également de théâtre. Il n’hésitait pas à monter sur scène : il avait une attirance pour endosser les personnages machiavéliques le Comte, rôles de composition évidemment ! Il écrivait aussi quelques scénettes le Comte, actes uniques qu’il interprétait souvent lui-même.

 Il avait un ami d’origine hongroise le Comte Entoidesketuha avec lequel il passait du temps à déchiffrer des vieux grimoires abscons, contents de constituer de considérables compilations de contes complètement compréhensibles par leurs compagnes et compagnons.

Un jour le Comte rata une marche d’escalier, contracta une maladie contagieuse qui luit fit perdre le contrôle de sa conduite, conspirant, conspuant sa Majesté qui le condamna à compléter le convoi en exil pour le Continent qu’on appelait Nouveau.

Jeux de mots (encore)

8 avril, 2009

Le français sait combien le colombien est bien, le portugais est gai et l’hispanique panique.

Il se mouche puis louche sur une mouche louche.

Il boit du champagne dans un champ en pagne.

Sous la grêle, l’homme grêle se plaint de son intestin grêle.

Dans son clandé, le clandestin n’a ni dessein, ni destin.

Les vaudevilles se passent plus dans les villes que dans les vaux.

Le trop laid prolétaire ne veut pas se taire sur sa terre.

Alité, il sua en recevant sa mensualité.

L’octogénaire, sur les nerfs, génère de la gêne.

Avant de capituler, il récapitule son capital dans sa capitale.

Le Cercle des révolutionnaires disparus

7 avril, 2009

Il est petit, chauve et barbichu, Wladimir. Son regard noir et perçant a néanmoins besoin de besicles qu’il rajuste continuellement sur son nez crochu d’un geste machinal. Ses longs bras s’agitent sans cesse, prolongés le plus souvent par un index pointé vers un ennemi invisible.

Mais il est malheureux, Wladimir. Lui qui a harangué tant de foules, lui qui a soulevé un peuple de plusieurs centaines de millions d’hommes et de femmes, plus personne ne l’écoute désormais. Dans l’Au-delà, les responsables n’ont pas voulu de lui : il a la réputation d’un troublion capable de mettre le feu partout où il passe, Wladimir. Même Satan lui a fermé la porte de son antre.

Aujourd’hui, le revoilà, errant sur un marché de banlieue, à la recherche de son passé. Sa redingote grise n’a plus d’âge, son col blanc ne l’est plus du tout. Les mains dans le dos, il dévisage les habitants de ce quartier populaire : fatigués, las, cherchant fébrilement dans le porte-monnaie familial les quelques euros qui leur permettront d’acquérir la maigre pitance familiale : une salade flétrie, des tomates ridées, une tranche de jambon avariée. Les marchands interpellent vainement le chaland devant des étals presque vides. Comment ce peuple peut-il ne pas se révolter contre l’oppression capitaliste?

Wladimir monte sur un cageot de pommes de terre et commence à sermonner une foule absente. Les mères de famille se détournent vivement en tirant leur marmaille par la main comme pour la protéger des grands gestes désordonnés et du discours vociférant de ce petit homme barbu et bizarre. Les ouvriers, casquette en bataille et mégot au bord des lèvres l’écoute un instant puis s’en retournent en secouant la tête d’un air désespéré. Et pourtant, Wladimir continue : il parle de l’arrogance des grands, du pouvoir de l’argent, de l’injustice sociale, d’un monde meilleur.

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Bibliothèque rose

6 avril, 2009

Lorsqu’elle s’aperçut de sa maladresse, Laura blêmit. La glace à la fraise qu’elle tenait maladroitement venait de tâcher le col de sa nouvelle robe. Sa mère allait encore la disputer, la priver de télévision et peut-être plus encore.

Laura avait cinq ans aujourd’hui. En raison de son anniversaire, elle avait reçu l’autorisation de se promener dans le parc proche de chez elle, accompagnée bien sûr par Wilma, la jeune ivoirienne, employée comme baby-sitter lorsque ses études lui en donnaient le loisir.

Nous étions un de ces dimanches après-midi d’avril clairs, gais, annonciateurs des beaux jours. Il ne faisait pas encore chaud, mais l’air était léger et agréable à humer. Dans les allées du parc, les promeneurs déambulaient nombreux et, comme souvent au sortir de l’hiver, ils paraissaient soudain plus détendus. L’étudiante avait pris sur elle de s’arrêter auprès du marchand de glaces qui officiait pour la première fois de la saison.

Laura, prudente, s’efforçait de tenir très droit son cornet, tout en léchant goulûment la pyramide rose qui s’en échappait. Malgré son jeune âge, elle savait que cet exercice d’équilibre pouvait se terminer par des dégâts vestimentaires qui lui seraient amèrement reprochés par sa mère. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’un pigeon malin vienne subitement se poser auprès de la petite fille. Celle-ci, surprise, tourna la tête vers le volatile: Cet instant de déconcentration lui fut fatal, le cornet à la fraise effleura dans le même mouvement le col de la robe.

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Communication

5 avril, 2009

Le matin, l’Homme dit à son reflet dans le miroir de la salle de bains qu’il est trop gros.

Puis, il se tourne vers le chat, pour s’enquérir de son avis. Le félin se pourlèche le pelage pour toute réponse.

Plus tard, l’Homme descend dans le métro. Il valide lui-même son ticket en regrettant le temps où il pouvait plaisanter gaiement avec un poinçonneur humain. La chanson de Gainsbourg qui parlait de petits trous lui revient à l’esprit.

Plus tard encore, un bras lui tend un journal dans la rue. Il saisit le quotidien, va dire merci et sourire, mais la jeune fille qui est au bout du bras a déjà tourné la tête pour aborder un autre passant.

Au bureau, sa messagerie lui annonce qu’elle en a plein les kilos-bytes. L’Homme lui fait les remontrances qui conviennent, puis, tout en maugréant, il s’installe à son clavier pour exprimer son savoir-faire professionnel.

A onze heures trente, après beaucoup de recherches, il a une surprise. Parmi cent cinquante messages dont cinquante huit newsletters, et vingt quatre annonces publicitaires, il découvre enfin quelqu’un qui veut lui parler ! Dans trois semaines. Enfin… s’il est disponible.

Le retour de Colin

4 avril, 2009

Au milieu de ce mois d’août 1192, la chaleur écrasait la vallée de la Cesse. En ces temps de canicule, les eaux verdâtres de la rivière étaient au plus bas. La petite troupe de cavaliers avançait au pas. Seul le chant des cigales et le crissement des sabots des chevaux contre la pierraille troublaient le silence. Au loin, un corbeau s’envola soudain dans un coassement qui déchira l’air. Les hommes étaient exténués. Ils semblaient comme accablés par la lumière de l’été. Les visages, dévorés de pilosités, luisaient de sueur. Les épaules étaient affaissées, les attitudes défaites. Dans leurs accoutrements sales et dépareillés, ils ressemblaient aux bandits de la forêt. Colin de Minerve à la tête d’une vingtaine de guerriers rentrait au pays après trois années de croisade.

Au mois de juin 1189, il s’était croisé avec enthousiasme, comme tant d’autres seigneurs, dans les armées du comte de Toulouse. Le pape Grégoire avait provoqué cette nouvelle levée de soldats pour aller reconquérir les Terres Saintes occupées par les infidèles. L’honneur et la piété de Colin de Minerve étaient proverbiaux et respectés dans toute la province. L’homme avait été parmi les premiers à répondre présent à l’appel. Il était convaincu que son absence serait brève et qu’il rentrerait victorieux, fier et fidèle à la foi de son baptême.

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Notre rubrique sportive

3 avril, 2009

 L’arbitre lève le bras. Hors-jeu des All Blacks à trente mètres en face de leurs poteaux. La foule se lève, rugit, acclame ce geste. Il y a de quoi. A la 79 ème minute, en finale de la Coupe du Monde, alors quela France etla Nouvelle-Zélande sont à égalité 21-21, cette décision est synonyme de victoire quasi certaine pour nous. Je dis « quasi » car il va falloir le réussir ce coup de pied. Je sens que ça va me tomber dessus. J’étais ravi de disputer cette finale en raison de la blessure du demi d’ouverture titulaire, mais je ne me voyais pas dans la peau de l’ultime responsable de la victoire ou de la défaite.

Le capitaine se tourne vers moi en me tendant le ballon. Il n’a aucun doute le capitaine. Un sourire, une petite tape d’encouragement sur l’épaule : il est certain que ce sera une simple formalité pour le buteur réputé infaillible que je suis. Je n’ai rien manqué depuis le début du match : je ne me vois pas refuser l’honneur de le conclure victorieusement. L’arbitre enjoint ses deux assesseurs de se poster avec leurs drapeaux derrière les poteaux pour juger la trajectoire de la balle.

Il va falloir retrouver un zeste de lucidité. Après avoir tenu tête à quinze All Blacks déchaînés pendant une heure vingt, la lucidité me semble un luxe hors de prix. L’équipe est à bout. Les avants sont méconnaissables tant ils se sont battus au corps à corps. Les visages sont tuméfiés, les maillots déchirés. J’ai mal partout. Pendant tout le match, nous avons plaqué à tour de bras des monstres dont le plus chétif atteint le quintal, tout en muscles. En plus, ils n’ont pas fait de cadeaux : dans la bataille, leurs crampons n’ont épargné personne. Les coups de poings et de boule ont été largement distribués de part et d’autre.

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Jeux de mots!

2 avril, 2009

Hier le nouveau venu est arrivé sur la plate-forme pétrolière. Il était très musclé. Depuis le renfort fore fort.

L’avocat en mange beaucoup. Aux crevettes.

L’ange devrait s’acheter un déodorant. Il a des auréoles sous les bras.

La maison est vieille. Dans la salle à manger, le lustre n’en a plus.

Sur mon ordinateur, j’ai reçu un message d’Anomalie : elle va très bien.

Les amoureux allumèrent leurs feux avant d’entrer dans le tunnel. C’est prudent.

A la cantine, le fonctionnaire est joueur. Son voisin lui jette des petits pois à la figure, le fonctionnaire lui répond en lui lançant son flanc au caramel. Il tire au flanc.

Il alluma la lumière et commit donc un pléonasme.

Il prit ses jumelles pour regarder les jumelles qui prenaient un jus avec Mel.

Le taciturne s’assit dans sa turne.

La situation se présente mal, elle n’est pas très bien élevée.

Le maître d’hôtel servit l’entrecôte du même nom en précisant d’un ton plaisant que ce n’était pas la sienne. Le client répondit que le maître d’hôtel était très amusant.

Une négociation sociale

1 avril, 2009

La marquise dut recevoir une délégation syndicale d’entreprise.

Son cocher qui appartenait à la SPA ne voulait plus fouetter les chevaux. D’ailleurs, selon lui, Monsieur le Marquis pourrait bien s’atteler et  tirer lui-même son fiacre.

Sa cuisinière ne voulait plus changer la caisse de Walter, son doux siamois parce qu’il lui griffait ses bas à chacun de ses passages.

Sa femme de chambre demandait les horaires variables et une pointeuse. Elle n’était pas du matin et pensait qu’à son âge, la Marquise pouvait bien s’habiller toute seule.

Son coursier exigeait deux jours de repos par semaine. Madame la Marquise devrait donc porter ses plis elle-même tous les week-ends.

Son Maître d’hôtel avait de l’arthrose dans les mains et il proposait donc que la marquise aille chercher ses plats à la cuisine en personne.

La Marquise, en fine négociatrice, affirma qu’elle était depuis longtemps) à l’écoute des masses laborieuses et que les revendications du peuple étaient sans aucun doute légitimes. Cependant, elle proposa d’établir un calendrier social : les travailleurs devaient comprendre que tout n’était pas possible tout de suite. L’économie de sa Maison ne s’en relèverait pas.

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