Archive pour avril, 2009

Les vacances à la maison

19 avril, 2009

Il ne faut pas dire que l’on a passé ses vacances chez soi. Les vacances sont faites pour ne pas profiter de l’appartement ou de la maison dont vous vous donnez un mal de chien à honorer les traites.

Ranger ses placards qui débordent d’objets aussi inutiles qu’hétéroclites, réparer le robinet de la salle de bains qui goutte depuis des mois, tailler ses rosiers qui profitent de vos longues journées de boulot pour semer la pagaille dans votre jardin, ce ne sont pas des occupations de vacances. Ni de périodes laborieuses d’ailleurs, pendant les quelles vous avez autre chose à faire, bien entendu.

Donc, il faut laisser tranquille le bazar qui s’installe chez vous et partir. Profiter des mois d’été pour faire la connaissance de vos voisins ou de l’histoire de votre commune n’est pas bien du tout. Ça fait pauvre et ce n’est pas assez exotique pour être  raconté à la cantine lors de la rentrée de septembre.

Par contre se ruiner pour avoir le plaisir de parcourir les routes d’Ouzbekistan à la recherche des trésors de Samarkhand ou en espérant vainement revivre les contes des milles et une nuits, c’est bien mieux. Vous n’aurez plus un sous pour déjeuner à la cantine, vos rosiers vont pourrir sur pied et vos placards déborder de choses inutiles. Mais c’est comme ça que la vie va.

Notre coin gastronomie

19 avril, 2009

Bloggeur testant sa propre cuisine pour pouvoir en parler sur son blog

blog21.jpg

 

Le sens de la marche

18 avril, 2009

 Gérard marche depuis un moment au milieu de la foule. Il vient de débarquer de son train. Dès la sortie de la gare, il s’est trouvé happé par cette vague populaire. L’air sent bon le printemps. Un doux soleil réchauffe le pavé. Mais Gérard a oublié que le mois de mai s’est installé depuis quelques jours et qu’au mois de mai en ville, on manifeste au même titre qu’on moissonne au mois d’août dans nos campagnes.

Les hommes et les femmes, criant et chantant, ont envahi la chaussée. Bras de chemise et robes légères s’agitent en cadence au rythme de tambourins invisibles. Gérard ne comprend pas ce que les gens psalmodient en choeur. De plus, il a l’impression que les manifestants ne comprennent pas ce que les haut-parleurs hurlent. Si bien que du début à la fin du défilé, les slogans ne sont pas les mêmes : ils se percutent, s’entrecroisent, fusionnent dans un brouhaha bruyant et inaudible. Par moment, Gérard croit entendre des mots : salaire, logement, papier… Mais la logique d’ensemble lui échappe. Il se demande s’il ne devrait pas consulter son othorino.

Gérard regarde autour de lui pour se rassurer. Il interroge Marcel, un jeune gars à l’air décidé qui lève le poing en éructant son mécontentement. Marcel s’indigne des licenciements dans son entreprise, il n’est pas encore dans la charrette, mais il se sent menacé. Il faudrait que Gérard comprenne que les patrons font des millions d’euros de bénéfices tout en jetant la main d’œuvre sur le pavé pour accroître encore leurs marges ! Gérard approuve fortement. Marcel s’excuse : il n’a pas que ça à faire. Il reprend sa marche en redressant sa banderole et vociférant de plus belle.

Plus loin, Chantal porte une pancarte hâtivement fabriquée. Gérard croit bon de lui faire remarquer qu’elle la tient à l’envers. Chantal sourie et rectifie. C’est qu’elle vient de loin : elle a voyagé toute la nuit en car depuis son Cantal. Elle est un peu fatiguée, mais tient à manifester son courroux avec ses collègues du département. Gérard trouve que Chantal a l’air naturel : ses cheveux tirés en arrière, son regard noir et cerné, et ses lunettes à grosses montures lui donne une mine sévère qui lui rappelle son institutrice de CM1. Chantal vient sûrement protester contre la politique du Ministère de l’Education Nationale. « Non, non ! », répond Chantal : elle est là pour défendre le prix du fromage de chèvre qui s’effondre. Gérard est certainement au courant….

(suite…)

Le management par objectifs

17 avril, 2009

Le huitième jour Dieu condamna l’Homme à avoir des objectifs. L’Homme doit savoir ce qu’il a à faire et le faire. Ne pas savoir où l’on va est un péché. Que certains ont commis avec constance. Nous sommes ainsi obligés, bien que cela nous coûte, de dénoncer Christophe Colomb qui n’avait aucune idée de sa destination en s’embarquant à bord de son navire un jour de 1492.

Le résultat, on le connaît ! Le dénommé Colomb découvrit les States et c’est à lui qu’on doit aujourd’hui le hamburger et l’obésité, Wall Street et la crise financière, les sprinters américains et nos lamentables prestations aux Jeux Olympiques.

Pour essayer de se rattraper, Dieu inventa l’entretien d’évaluation afin que l’on soit sûr que l’Homme ne dévie pas de la trajectoire souhaitable. C’est du management.

Lucien Grognasson s’inquiète

16 avril, 2009

Ce matin, Lucien Grognasson se réveille avec une curieuse sensation.

Il n’a mal nulle part depuis qu’il a consulté un rhumatologue.

Le gouvernement vient d’augmenter sa retraite.

Les impôts sont abaissés.

L’armée française sera à l’honneur pour le prochain 14 juillet.

On a arrêté les pilleurs de voitures dans le quartier.

Le temps de la journée s’annonce radieux : ni pluvieux, ni trop sec.

Le buraliste lui a mis de coté ses hebdomadaires favoris.

Madame Turlututu lui a laissé la parole dans l’échoppe du boucher hier matin.

Et les jeunes de l’immeuble l’ont salué avec politesse quand il est rentré chez lui !

Si, si !

Lucien Grognasson est terrorisé : aucun motif  de plainte à l’horizon !

Géographie en vrac….

15 avril, 2009

En Bretagne, on a ouvert les Vannes sans lâcher les Rennes.

En Normandie, Caen il entre en Seine, il Orne sa Manche d’un galon-fleur.

Dans le Nord, on Redoute des bêtises à Cambrai.

C’est en  Picardie, en Somme, qu’on a cassé le vase de Soissons.

Dans l’Est, il jura que, lorsqu’il est en crue, le Doubs te fait tout Dôle

En Languedoc, le Père Pignan Sète enfermé chez lui.

En Aquitaine,la Gironde n’a pas de papier en Bègles.

Dans le Centre, le Château est roux à moins qu’il ne soit chignon.

Dans les Alpes, on signale la présence d’un massif montagneux suspect.

Quant à  l’Auvergne, Miss Injo y creuse des puits en robe à carreaux vichy, Ambert et contre tout.

… Et en Provence, les cigales chantent en faisant mine de ne rien avoir remarqué

Les mots de Gérard.

14 avril, 2009

Il est passionné de mots croisés, Gérard. Ça le tient depuis ses années d’adolescence. Dans un lycée d’internat de province, aux murs de geôle, dans lequel la vie s’éternisait à mourir, il consommait et consumait une bonne partie de ses nuits et de ses journées à compléter des grilles de plus en plus complexes. Ce qu’il aimait, ce n’était pas de trouver un mot savant, rarement employé dans le langage courant, c’était plutôt de trouver des solutions à des définitions astucieuses, qu’il abordait comme des énigmes policières à résoudre.  

Entre deux enquêtes de ce type, Gérard réussit tout de même à passer son bac littéraire, sans qu’il puisse s’expliquer vraiment si le vocabulaire qu’il avait acquis au cours de ses exercices cruciverbistes ait été ou non d’un grand secours.  

A vingt ans, Gérard n’avait rencontré aucune jeune fille, et d’ailleurs il n’avait accompli aucun effort digne de ce nom dans le but de nouer une relation sentimentale. Apparemment, il n’en avait cure. Dès le matin, il se plongeait dans les journaux spécialisés de mots croisés, attaquant avec voracité une nouvelle grille ou reprenant avec obstination un chantier qu’il n’avait pas achevé la veille et qui lui était tombé des mains, tard dans la soirée.

(suite…)

Il faut savoir dire non!

13 avril, 2009

Pour bien vivre, il faut savoir s’affirmer. Et pour s’affirmer, il faut savoir dire non.

Un exemple : Moi !

J’ai dit non à l’Europe qui se fait quand même !

Je m’élève contre le terrorisme : il y a de plus en plus d’attentats dans le monde !

Je me dresse contre la capitalisme : la majorité des français a voté pour !

Je me suis opposé avec résolution au mariage. Résultat : le nombre de noces explose !

Je me bats contre le relâchement physique et la mal bouffe : partout je vois des obèses !

Je suis contre le système de jeu de l’équipe de France de foot : on garde le même entraîneur !

Bon ! Alors dans ces conditions, il ne me reste plus qu’à prendre la tête d’une croisade pour la promotion du gratin de courgettes. C’est ma dernière chance d’y échapper !

Une reconversion difficile

12 avril, 2009

A la mort de son père, Paul Vallin avait hérité de la ferme familiale. Mal située, mal équipée, l’affaire était invendable. De plus, le père Vallin, plus porté sur l’alcool que sur le travail était submergé de dettes. Il léguait à son fils ce qu’il lui avait toujours donné, c’est-à-dire rien et même moins que rien. Sauf peut-être Barnabé, le chat noir et blanc qui lui avait tenu compagnie dans ses dernières années.

En tant que chat, Barnabé était d’un gabarit hors norme. Il se présentait comme un solide matou à forte charpente, rusé comme un renard et rapide comme un lièvre. C’était indispensable pour survivre dans ce coin retiré de la Chartreuse où la fréquentation des bois environnants s’avérait particulièrement dangereuse.

Il ne fallait surtout pas parler à Barnabé des chiens qui rodaient autour des fermes. Barnabé avait, à plusieurs reprises, amoché l’un, estropié l’autre, entaillé un troisième. Pour Barnabé, il ne s’agissait pas seulement de défendre un territoire. La haine de la race canine qui l’habitait était viscérale. A la seule vue d’un chien, il se hérissait, la bave lui venait aux babines, il émettait un râle guerrier épouvantable. En général, les clébards du village ne s’attardaient pas. La légende de Barnabé avait depuis longtemps fait le tour des chenils de la vallée.

Lorsqu’il n’était pas ivre, le père Vallin essayait de faire la leçon à Barnabé. Celui-ci, sagement pelotonné au coin de l’âtre, écoutait le vieux en clignant des yeux avec l’air de comprendre et de se repentir. Mais dès les jours suivants, Barnabé, tout en suivant son maître sur les chemins rugueux et pentus de la commune, cherchait toutes les occasions possibles et imaginables pour susciter une escarmouche avec ses ennemis héréditaires.

Si bien que lorsque Paul Vallin se retrouva nez à truffe avec Barnabé, après le décès de son parent, il interrogea l’animal :

-« Qu’est-ce que je vais faire de toi ! »

(suite…)

Une miss perdue

11 avril, 2009

-« Qu’est-ce que je fais là ? Non, mais qu’est-ce que je fais là ? »

Ça a commencé comme un canular, il y a dix mois. Pour faire plaisir à mon copain, je me suis présentée à l’élection de Miss Limousin. Mais voilà : je suis superbe. Des mensurations incomparables, une longue chevelure brune aux doux reflets auburn qui tombent en cascade sur mes épaules veloutées. Des yeux noirs et sombres aux reflets de feux. Un sourire d’ange. Une silhouette ciselée par un orfèvre. Je ne sais pas où j’ai été cherché une telle perfection : papa, maman, mes frères et soeurs sont sympas, mais pas terribles.

Si l’on croit que la beauté féminine est un don du Ciel, eh bien il peut le reprendre ! C’est infernal. Je ne peux croiser le regard d’un homme sans qu’il tombe amoureux, enfin sans qu’il se sente obliger de m’indiquer un fort penchant pour ma petite personne…  si vous voyez ce que je veux dire. A Limoges, je n’avais quasiment aucun ami, tout juste quelques ex… ou ex potentiels… ou alors des candidats ex. Rien de sérieux, quoi ! L’un d’eux m’avait décidé à me présenter à l’élection de Miss Limousin.

Je n’avais aucune appétence pour ce défilé de pantins. Il a insisté, j’ai gagné haut la main. Les limougeaudes qui m’étaient opposées n’avaient aucun argument. Ce que j’ignorais, c’était que la compétition était qualificative pour le concours de Miss France et que j’avais dans l’euphorie signer un contrat pour aller jusqu’au bout.

Me voilà donc, en robe du soir, ce 26 décembre avec une vingtaine de consoeurs. Elles sont toutes ravissantes, moins que moi, mais ravissantes quand même. Les maquilleuses ont réussi des merveilles. Je serais un homme, je ne sais même pas si je me choisirais, c’est dire.

(suite…)

123