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Une reconversion difficile

12 avril, 2009

A la mort de son père, Paul Vallin avait hérité de la ferme familiale. Mal située, mal équipée, l’affaire était invendable. De plus, le père Vallin, plus porté sur l’alcool que sur le travail était submergé de dettes. Il léguait à son fils ce qu’il lui avait toujours donné, c’est-à-dire rien et même moins que rien. Sauf peut-être Barnabé, le chat noir et blanc qui lui avait tenu compagnie dans ses dernières années.

En tant que chat, Barnabé était d’un gabarit hors norme. Il se présentait comme un solide matou à forte charpente, rusé comme un renard et rapide comme un lièvre. C’était indispensable pour survivre dans ce coin retiré de la Chartreuse où la fréquentation des bois environnants s’avérait particulièrement dangereuse.

Il ne fallait surtout pas parler à Barnabé des chiens qui rodaient autour des fermes. Barnabé avait, à plusieurs reprises, amoché l’un, estropié l’autre, entaillé un troisième. Pour Barnabé, il ne s’agissait pas seulement de défendre un territoire. La haine de la race canine qui l’habitait était viscérale. A la seule vue d’un chien, il se hérissait, la bave lui venait aux babines, il émettait un râle guerrier épouvantable. En général, les clébards du village ne s’attardaient pas. La légende de Barnabé avait depuis longtemps fait le tour des chenils de la vallée.

Lorsqu’il n’était pas ivre, le père Vallin essayait de faire la leçon à Barnabé. Celui-ci, sagement pelotonné au coin de l’âtre, écoutait le vieux en clignant des yeux avec l’air de comprendre et de se repentir. Mais dès les jours suivants, Barnabé, tout en suivant son maître sur les chemins rugueux et pentus de la commune, cherchait toutes les occasions possibles et imaginables pour susciter une escarmouche avec ses ennemis héréditaires.

Si bien que lorsque Paul Vallin se retrouva nez à truffe avec Barnabé, après le décès de son parent, il interrogea l’animal :

-« Qu’est-ce que je vais faire de toi ! »

(suite…)