Archive pour mars, 2009

Un mariage

12 mars, 2009

Hier, la carpe s’est mariée avec le lapin. Il y avait du monde pour fêter l’évènement.

L’Eau et le Feu.

Dieu et Lucifer.

Le percepteur et le contribuable.

La fille de la carpe et le fils du lapin.

Le Rouge et le Noir.

Le Préfet et le Sans-Papier.

Le Corbeau et le Renard.

Les deux chiens de faïence.

Le prisonnier et le maton.

Louis XI et Charles le téméraire.

L’écologiste et le pollueur.

Le politicien et l’électeur.

Il y avait une de ces ambiances !

Conjugaison

11 mars, 2009

Je bois mon café en me réveillant. Avec du lait. Ce n’est pas très digeste, mais j’aime ce mélange de saveurs. Ce sont celles de mon enfance. Je me délectais de la fine moustache que laissait la mousse onctueuse sur le bord des lèvres. Mais, parfois, le lait se figeait à la surface du liquide formant la fameuse « peau du lait ». Mon aversion pour cette matière visqueuse gâchait un peu mon plaisir. Lorsque le lait faisait sa « peau », je demandais à prendre du chocolat. Aujourd’hui, on a inventé le cappuccino. J’ai la sensation du café, la moustache de la mousse de lait et je peux saupoudrer le tout de chocolat : le plaisir total. L’inventeur du cappuccino devrait obtenir le Nobel ou le Lépine  du petit déjeuner.

Techniquement la difficulté est d’accompagner le breuvage agréablement. Pendant longtemps, j’ai mastiqué une tartine de pain au beurre. Les qualités gustatives du pain et du beurre sont, bien entendu, déterminantes pour la réussite de cette cérémonie. La difficulté principale réside dans l’application du beurre sur le pain. Je réussissais rarement une tartine lisse, onctueuse, entièrement couverte. La mie du pain des anciennes générations de boulangers était aussi savoureuse qu’indisciplinée, se délitant souvent en miettes sous l’action du couteau. De plus, les trous qui aéraient la tartine se montraient d’une grande fourberie. Il arrivait qu’on puisse les boucher d’une couche de beurre, mais que cet ouvrage d’art cède au moment du passage de la couche de confiture.

Lorsque j’estimais, d’un regard encore trouble de sommeil, que la tartine présentait un aspect consommable, je m’abstenais comme certains amateurs de la tremper. L’immersion de tartine dans le café au lait laisse des débris peu appétissants en surface du bol. De plus, le bruit de succion que le buveur est obligé d’émettre lorsque, courbé sur son bol pour ne pas être taché par le liquide, il porte sa tartine dégoulinante à la bouche, me répugnait particulièrement.

(suite…)

Prière

10 mars, 2009

A toutes ces petites choses qui m’énervent.

A ce stylo à bille qui bave comme un nourrisson sur ma feuille d’impôts. Je sais, je n’ai qu’à déclarer mes revenus sur Internet.

A ce rouleau de scotch qui ne se coupe plus ou si mal qu’il s’entortille n’importe comment.

A ce gâteau qui fait des miettes partout au lieu de se laisser déguster proprement.

A ce lacet de chaussures qui craque au moment précis où je suis sur le point de partir au boulot avec une bonne demi-heure de retard alors que Dumontier m’attends dans son bureau pour mon entretien d’évaluation.

A cette mine de crayon émoussée depuis plusieurs jours alors que je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où se cache le taille-crayon. C’est sûrement de la faute de la secrétaire.

A cette boite de cirage noir, complètement sec et inutilisable, justement le jour où j’avais le courage de cirer mes chaussures qui deviennent insortables, même au bureau.

A cette chaussette traîtresse dont l’extrémité s’est trouée toute seule alors que je me présente à la visite médicale du travail. Le médecin va sûrement penser que je suis un travailleur pauvre.

Nom de nom !

9 mars, 2009

 Louis Gromalin n’était pas satisfait de son existence et plus précisément de son identité. Son nom lui avait valu d’être brocardé tant de fois au lycée, à l’armée, au bureau ! Par dérision, il tenait à jour un palmarès des astuces les plus éculées qu’il avait entendues à propos de son pseudonyme. « Gromalin, arrête de le faire ! » tenait la première place depuis longtemps. «Gromalin, ne joue pas au petit… »  remontait au classement depuis quelques années.

Louis pensait que son nom, digne d’un sobriquet, gâchait sa vie. Dans son entreprise, la direction soucieuse de l’image de marque de la firme, n’avait aucune intention de promouvoir Monsieur Gromalin dans un poste de responsabilité. Les succès féminins de Louis se comptaient sur les doigts d’une seule main, et encore, dans ce recensement le petit doigt ne servait à rien. Aucune femme n’avait sérieusement envisagé de s’appeler Madame Gromalin. Il fallait donc changer de nom, et peut-être même de vie. Louis savait que les lois de
la République permettaient à un citoyen de renoncer à l’appellation que son père et sa mère avaient jugé bon de lui donner à sa naissance. Encore fallait-il connaître la bonne procédure.

(suite…)

La grosse teuf!

8 mars, 2009

Bloggeur fêtant le centième article de son blog avec tous ceux qui avaient parié qu’il ne dépasserait pas le cinquantième!

blog15.jpg

 

Un petit génie

7 mars, 2009

-« Biberon !!!!… » Le cri a transpercé la pénombre. J’essaie de m’y habituer. C’est le même traumatisme toutes les nuits depuis que nous sommes revenus de la maternité. Il faut que je m’y fasse : j’ai enfanté un bébé qui parle depuis sa naissance. Malgré mes douleurs, je me souviens de la consternation qu’il a jeté en salle d’accouchement quand, en apparaissant, il s’est écrié d’un ton jubilatoire :

-« Salut à tous !! »

La sage-femme, au teint sec et à la mine sévère, n’était pas d’un tempérament particulièrement primesautier. Elle  a cru que c’est moi qui risquais une plaisanterie.

-« Ca vous amuse ?? »

Dans l’état où j’étais, je me trouvais bien loin d’avoir envie de rire.

Bertrand était pour tant un bébé ordinaire. Petit, rabougri, fripé, on ne distinguait qu’à peine ses jolis petits yeux bleus qui ressemblaient tellement à ceux de son père…. Mais alors quelle voix !!!

A la maternité, les infirmières rigolaient franchement lorsque Bertrand leur donnait ses ordres.

-« Et mon bonnet bleu ? Où est-il mon bonnet bleu ? »

Lors des visites traditionnelles de la famille, il était infernal :

-« Le premier qui me demande à qui je ressemble, il prend mon pied quelque part… »

Il s’est disputé avec ma belle-mère en lui faisant remarquer qu’elle devrait changer de parfum.

Belle-maman s’est retournée d’un air pincé vers moi en critiquant l’éducation que je lui donnais alors que je n’avais encore rien fait dans ce domaine. Elle n’ajouta rien mais, dans ses yeux, je lus une profonde interrogation qui la taraudait  depuis 10 ans : qu’est-ce que son fils avait bien pu me trouver ?

(suite…)

Le couvent en délire

6 mars, 2009

Le père Fide arrivant à l’abbaye demanda à rencontrer le Supérieur, le père Tinant. Celui-ci accueillit le nouveau venu avec bienveillance. Il lui proposa de faire immédiatement un tour du couvent pour lui présenter les lieux qui allaient accueillir sa vocation.

C’est ainsi que le père Fide rencontra dans la bibliothèque le père Pétuel. Ce dernier fit remarquer plaisamment qu’avec un nom comme le sien, le nouveau venu devait se douter qu’il était là depuis longtemps !

Au service comptabilité, le père Fide salua le père Pendiculaire, employé à la gestion de la communauté, car on savait qu’avec le père Pendiculaire, les comptes étaient au carré !

Dans la chapelle, le père Siffleur réparait l’harmonium. En l’absence de l’instrument de musique, le père Siffleur était capable de siffler la messe du début à la fin. Quelle chance de l’avoir parmi les moines !

Le père Fide fit la connaissance du père Demanches à la blanchisserie. En cas de problème avec la tenue traditionnelle  du couvent, le père Tinant précisa que le père Demanches savait toujours en trouver une autre !

Le père Riodic, un breton de naissance, croisa le père Fide dans les couloirs. Il déambulait en compagnie du père San connu de tous les spécialistes mondiaux pour sa fine connaissance des problèmes contemporains et historiques de l’Iran et des ses provinces.

Enfin, le père Tinant mit au courant le père Fide du problème d’un père qui vivait à l’isolement dans sa cellule. Désespéré, le père Dupont était le seul moine de l’établissement dont le patronyme ne pouvait se comprendre comme un jeu de mots.

Le pot de Dumoulin

5 mars, 2009

Dumoulin s’en va. La nouvelle avait déferlé dans les bureaux depuis le début de l’après-midi.

Beaucoup d’employés refaisaient soudainement surface. Des sourires décrispaient les visages. Quelques uns étaient encore incrédules et cherchaient confirmation :

-« Alors, c’est vrai…. Il s’en va ? »

Chez les plus jeunes dans l’entreprise, c’était la joie qui dominait. D’autres, plus expérimentés, restaient sur la réserve. Ils attiraient l’attention sur le risque de voir succéder la peste au choléra.

Dumoulin était le Directeur des Ressources Humaines. Si le soulagement se répandait dans  les étages de l’entreprise, en cette chaude journée de la fin juin, c’est que Dumoulin était et avait toujours été une peau de vache. Largement autodidacte, il avait fait sa carrière en écrasant de son mépris tout être humain passant dans son champ visuel. Les quelques courageux qui avaient réussi à l’approcher dans son bureau, avaient essuyé sarcasmes et ricanements dès qu’ils avaient osé proférer une demande sortant de l’ordinaire. Les seuls à échapper à ce harcèlement disposaient d’un bureau au septième étage, proche de la direction. Accédant à la « magistrature suprême » de directeur des ressources humaines, il avait parachevé son œuvre par un invraisemblable système de notation du personnel. Un barème dont il avait soigneusement compliqué les mécanismes de manière à être le seul à pouvoir le maîtriser. Les salariés obtenaient ou perdaient des points en fonction de leurs faits et gestes au jour le jour. Il était assez vraisemblable qu’être surpris à la cafétéria coûtait quelques points, mais personne n’avait encore compris pourquoi et combien.  Dumoulin disposait donc une base de données dont il tirait quotidiennement des courbes supposées rendre compte des « performances » de chacun.

(suite…)

Les ennuis de la marquise

4 mars, 2009

La marquise fut tirée de son sommeil par un vacarme épouvantable. Le chahut se produisait sous son balcon. Sûrement un nouveau galant qui faisait valoir les dons d’artiste dont il s’imaginait être doté. Ce n’était pas le moment : la veille au soir, la marquise avait lu une lueur d’intérêt charnelle dans le regard de sa Majesté qui s’était planté dans son décolleté au moment de sa révérence.

Et puis le coup de l’aubade sous ses fenêtres, on le lui avait déjà servi. La marquise  n’appréciait pas beaucoup ce sans gêne. Surtout à cinq heures du matin. Furieuse, elle ouvrit d’un seul coup la fenêtre pour déverser son pot de chambre sur l’intrus.

Un cri s’éleva. Aussitôt un laquais accourut et éclaira la scène de sa torche. En découvrant à la clarté l’identité du musicien, la marquise défaillit, portant une main moite à sa gorge palpitante :

- Votre Majesté ! Quelle gourde suis-je ! Je n’ai vraiment pas fait exprès !

.

Le retour de Ben-Hur

3 mars, 2009

Maurice Dumontier se retourne pour la dixième fois dans son lit. Pendant un instant, il retrouve une position qui le décontracte un peu et puis ses tourments reprennent le dessus. Il crève de chaud et retire une couverture. Cinq minutes plus tard il a froid et se recouvre de nouveau. Maurice se dit que, rationnellement, on ne peut pas souffrir à la fois de la chaleur et du froid. Il en déduit qu’il ne sait plus ce qu’il veut.

Calmer sa respiration, détendre ses muscles, se vider l’esprit, Maurice Dumontier a tout essayé. Depuis des semaines, il ne dort plus correctement. Il évite les somnifères, le médecin lui a démontré qu’il encourait un risque d’accoutumance. Malgré son anxiété chronique, Maurice devine que le corps médical a raison.

Le cadran lumineux de son réveil affiche une heure quinze. Il a l’impression qu’il marquait déjà une heure quatorze, il y a trois quarts d’heure. Maurice pense qu’il ne va pas beaucoup dormir, et puis il sait que plus il se dit qu’il ne va pas dormir, plus il aura du mal à trouver le sommeil. En tous cas, regarder le réveille-matin toutes les dix minutes, ça n’arrange rien. Maurice exécute de nouveau un demi-tour.

Il a passé la soirée devant son téléviseur espérant tromper son ennui en revisitant « Ben Hur ». Même pendant la célèbre course de chars, il n’a pas réussi à oublier son spleen. Les images ont défilé sans retenir un instant son attention.

(suite…)

1234