Archive pour mars, 2009

Histoire machiste

21 mars, 2009

Elle est endormie, nue et alanguie dans mon lit. Je ne peux m’empêcher de faire une comparaison classique : ses paupières délicates sont closes sur son regard comme des ailes de papillon avant l’envol. Bon, c’est vrai, je lui ai encore dit « qu’elle était la femme de ma vie ». Depuis, le début de mon existence, ça doit être la quinzième fois que j’éprouve le besoin d’une déclaration aussi enflammée, ou peut-être la seizième. Je ne sais jamais s’il faut comptabiliser ma rencontre avec Sylvette. Avec elle, je n’ai jamais pu finir mes phrases.

Je devrais faire plus attention. Si elle me prend au mot, ça risque de durer plusieurs années. Mon pote Bertrand s’est fait prendre au piège : il est marié depuis huit ans ! Il faudrait que je trouve quelque chose de plus original, mais il y a des moments où l’imagination me fait défaut. Je ne peux quand même pas déclarer qu’elle est la femme de mes prochaines vingt-quatre heures. Je ne pourrais pas non plus lui avouer, dans un souffle enamouré, qu’elle est l’une des femmes de ma vie. Je n’ai jamais supporté le cynisme de certains de mes congénères.

Si ça ne tenait qu’à moi, je lui aurais dit la vérité : elle est la quinzième ou la seizième selon que l’on valide le cas de Sylvette ou non. Mais elle aurait probablement quitté la table furieuse en clamant qu’elle se fichait un peu du cas de Sylvette, j’aurais gâché 200 euros de restau et ma soirée. C’est toujours pareil : plus vous êtes proche de la vérité, plus vous prenez des risques. L’éloge du mensonge, je crois que quelqu’un l’a écrit, il faudrait que je le relise.

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Lucien Grognasson en mauvaise posture

20 mars, 2009

Ce matin, Lucien Grognasson est en forme. Il a beaucoup de récriminations à faire valoir auprès de qui veut l’entendre.

Il arrive chez Monsieur Petitgrain, le boucher, prêt à exposer ses doléances. Mais Madame Pichegru est là, fourbe, sournoise, rapide comme une anguille. Elle lui coupe ses effets. Elle se plaint des travaux que la mairie à engager sous ses fenêtres soi-disant pour y réparer des canalisations ! Elle n’est pas sûre que ce soit la Mairie, mais le problème est le même ! Monsieur Grognasson se rend-il compte ? La semaine dernière, elle avait déjà  du endurer d’autres travaux pour installer le tramway !

Lucien Grognasson aimerait bien placer son couplet sur les mobylettes des jeunes qui pétaradent dans la rue jusqu’à une heure avancée de la nuit, mais Madame Pichegru est volubile. Elle ne cède pas un pouce d’espace d’expression à Monsieur Grognasson. Voici qu’elle s’en prend au facteur qui s’est encore trompé en distribuant son dernier numéro de Modes et Travaux dans la boite aux lettres de Madame Bourrichon, tandis qu’elle, madame Pichegru, a reçu le roman photo à l’eau de rose de Madame Bourrichon. A son âge, c’est ridicule de lire de telles bêtises! Qu’est-ce que Monsieur Grognasson en pense ?

Lucien Grognasson n’a pas le temps de penser. De toutes façons, Madame Pichegru s’en fiche. Elle s’attaque à Madame Poulineau qui a bassement intrigué auprès du marchand de tabac pour qu’il lui réserve le dernier numéro disponible de « Voici » de façon à ce qu’elle ne puisse pas le lire !

Le boucher se retourne enfin, en s’essuyant les mains sur son tablier blanc, rougi de sang :

-Et pour Monsieur Grognasson qu’est-ce que ça sera ?

Monsieur Grognasson veut des pieds de porcs, mais il est devenu maussade. Personne n’écoute ce qu’il a à dire.

Le grand jeu

19 mars, 2009

Quand j’ai accepté la proposition de Max, je savais très bien ce qui allait arriver. Il m’avait demandé, un mardi, de l’accompagner deux jours sur la Côte pour régler une affaire difficile avec un client de Marseille.

J’ai deux excuses pour avoir accepté. La première est purement alimentaire. Voilà six mois que je suis son assistante après m’être donné un mal fou à décrocher ce job. Quand ce groupe de communication m’a enfin engagée, j’ai poussé un ouf de soulagement. Je sortais de 15 mois de chômage Je ne me sentais pas en situation de refuser cette mission. Ma seconde excuse, c’est qu’après 5 ans de célibat, j’avais presque envie qu’il m’arrive enfin quelque chose.

Depuis que nous travaillons ensemble, je sais que je lui plais. Son attention pour moi reste correcte. Mais, il faut voir cet éclair dans les yeux lorsqu’il me donne ses instructions ou sa façon de s’épancher sur ses problèmes professionnels lorsque nous sommes seuls. Le message est alors clair : voyez donc la confiance qui nous unit, je vous dis tout…. C’est vrai qu’à 45 ans, je me donne un mal fou pour rester à peu près attirante. Je me force à aller deux fois par semaine à la salle de gym. Heureusement qu’il y a les copines pour m’entraîner. Tiens, d’ailleurs elle rigoleraient bien les copines si elles me voyaient en ce moment.

Il est 20 heures en cette fin du mois de juin. Max et moi, nous nous retrouvons en tête à tête au restaurant de l’hôtel où il a fait réserver deux chambres. Max n’est pas un être indélicat, tout de même.

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Sa tante habite à Ostende

18 mars, 2009

De temps en temps, chez sa tante, il se trempe ostensiblement à  Ostende.

Il se passionne pour les fruits de la passion.

Le mitron mignon travaille à mi-temps dans le mitan du lit…. de la fille de la boulangère

L’homme élève des faucons, il n’en est pas un.

L’ordonnance du général se rend chez le pharmacien avec  la sienne.

L’œil du cyclone regardait l’œil du cyclope, mais ils ne se disaient rien.

Le légiste ferrait le poisson au bord de l’étang tandis que le député légiférait. C’était beaucoup plus sérieux.

Sous l’averse et dans la controverse, l’agrégé se désagrégeait.

Sur sa chaise, il était assis, acide, assidu, asymétrique.

Je n’ai pas le temps de le recevoir aujourd’hui : il faut reporter le reporter.

L’entraineur a un grain de beauté sur la joue : c’est la mouche du coach.

Un jugement exemplaire

17 mars, 2009

 Ce soir, le bureau exécutif s’est réuni pour examiner une affaire grave. Une ambiance tendue s’est installée dans la salle du Tribunal. Julius vient de lire l’énoncé des faits. De les marmonner plutôt, car son faciès est animé d’un mouvement qui rappelle celui d’un lapin. Ses incisives s’agitent à toute allure dans une fébrilité incessante qui confère à l’homme une attitude anxieuse et même angoissée. Ce mouvement se transmet naturellement à ses bajoues qui tremblotent chaque fois qu’il prend la parole. Parfois, on a l’impression que ses oreilles fortement décollées de son visage se dressent comme s’il prêtait attention à un bruit suspect. Le tressaillement de sa bouche se calme alors un instant avant de reprendre de plus belle dès que le bruissement inconnu a été identifié par Julius.

Les trois autres personnes qui l’entourent connaissent parfaitement les tenants et les aboutissants du dossier qui a déjà fait le tour du village. Il y a là, Maria, la femme du bûcheron. Le visage de Maria est affecté d’un va-et-vient permanent entre sa joue droite et sa joue gauche. L’agitation des deux cotés de sa mâchoire est impeccablement réglée. La durée du flux et du reflux ne varie jamais. Maria a du caractère : c’est une forte femme que le bûcheron Maurice a ramené d’un stage professionnel effectué, il y a longtemps, au fin fond des Pyrénées. Son teint noiraud, issu de son ascendance espagnole et ses bras musclés imposent le respect dans les commerces et les chaumières. Personne n’oserait se moquer de Maria, une femme d’ordre, dure à la tâche. On dit qu’en aidant son mari dans la forêt, elle est capable de soulever des troncs d’arbres monstrueux. Ce soir, l’animation des joues de Maria est encore plus précise que d’habitude : elle se concentre sur le scandale qu’elle va devoir juger.

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Les frustrés

16 mars, 2009

Jean voudrait être remarqué à son bureau. Son chef,  Mercadier ne lui confie aucune tâche nouvelle exaltante. Quand il s’en plaint, il s’entend répondre de se contenter de bien faire son travail. Il s’ennuie, il pense qu’il pourrait faire mieux, plus grand, plus vite. Il rêve d’un exploit professionnel qui lui permettrait de prouver sa valeur.  Il est tout de même d’une dimension bien supérieure à celle de Mademoiselle Pichon, sa voisine de bureau.

La bouche de Juliette commence à s’orner de plis amers aux coins des lèvres. A la maison, elle a l’impression de se charger de toutes les tâches. Jean ne mets jamais les mains dans la machine à laver. Elle parie qu’il ne sait même pas la faire fonctionner. La douche fuit : bien sûr, c’est à elle de se débrouiller avec le plombier. Parfois, elle se maquille et fait des efforts de coquetterie, il ne le remarque même pas. Et pourtant, il y a vingt ans….

Sébastien entre en seconde. Rien ne le passionne. Les maths le désarçonnent comme tout ce qui nécessite qu’il maintienne son attention plus de trois minutes et demie. Il ne voit pas non plus la nécessité de s’attarder sur les écrits qu’ont commis de sombres littérateurs, il y a si longtemps. Il rêve de partir s’installer en Patagonie avec Stéphanie, sa copine de lycée. Il la courtise avec un succès relatif à cause du grand Pierrot qui ne manque pas une occasion de monopoliser l’attention de la jeune fille.

Moi, personne ne s’occupe de moi non plus. Mais je m’en fiche. Tant que j’ai mes croquettes à heures fixes…..

Médor

Un sage

15 mars, 2009

Bloggeur s’étant réfugié dans un tonneau, tel Diogène, pour réfléchir au sens de la vie

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Un chômeur de plus

15 mars, 2009

Le physionomiste était un ancien haltérophile reconverti. Il avait une bonne place. S’il y voyait le moindre inconvénient, il était particulièrement difficile d’entrer dans le cabaret où il avait été embauché comme portier,

C’est que Marcel était d’une carrure impressionnante, mais souffrait de quelques trous de mémoire, ce qui s’avèrait gênant pour un physionomiste.

Dès la première semaine, il réussit à interdire l’entrée de l’établissement au Prince de Galles : il avait cru reconnaître un malfrat évadé de prison dont la photo était parue dans la presse de l’après-midi. Et pour aggraver la situation, Marcel avait répondu, d’un ton goguenard, au noble d’outre-manche qui lui déclinait son identité que lui-même était la reine d’Angleterre.

Quelques jours après Marcel s’inclina jusqu’à terre en laissant entrer un des parrains de la pègre locale qu’il avait confondu  avec un chanteur populaire à la mode. Il s’en suivit une bagarre en règle qui ravagea entièrement l’intérieur du cabaret.

La semaine suivante, Marcel massacra littéralement à coups de poings un individu à la mine patibulaire qui essayait de s’introduire subrepticement dans son antre. L’homme, après un séjour aux urgences qui restera dans les annales hospitalières, mit plusieurs semaines à retrouver une forme humaine. Suffisamment pour que l’on puisse reconnaître le propriétaire de l’établissement dont Marcel avait quelque peu oublié les traits.

Au théâtre, ce soir

14 mars, 2009

Ce soir, nous sommes installés dans le théâtre municipal d’une petite ville de Picardie. Endormi dans l’autocar de la tournée, je n’ai même pas noté le nom de la localité. La peinture tombe des murs, la salle est mal sonorisée, les projecteurs sont flageolants, les sièges grinçants devraient être remplacés. Et le public est absent ou presque. Cinquante personnes, ce sera tout pour la représentation du jour. Beaucoup de gamins, la sortie culturelle du collège fournira le prétexte du prochain cours de français. Certains baillent, d’autres se chamaillent.

Je n’aurais jamais du accepter cette tournée minable, mais c’était  le seul moyen de remonter la pente. Six mois sans jouer, la banque n’en pouvait plus d’attendre.

Paul Julia, mon agent, n’aurait pas patienté davantage, il ne s’est pas gêné pour me le faire savoir. J’ai refusé tout ce qu’il m’a proposé pendant des semaines. Après un second rôle remarqué dans un film de Téchiné, j’espérais beaucoup mieux. Il m’a appelé le soir de Noël pour me lancer un dernier ultimatum. En résumé, il m’offrait avec cette tournée une dernière chance avant de me laisser tomber. La conversation avait pourtant débuté de manière très professionnelle :

-Hernani, tu te rends compte ! Le rôle d’une vie !

Non, le rôle de ma vie, c’est autre chose. Je ne sais pas quoi, mais sûrement quelque chose de moins classique : Jean Gabin dans le « Baron de l’Ecluse », par exemple. Enfin un personnage qui ait de la classe, quoi !

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Diversité culturelle

13 mars, 2009

Je suis Marjorie, une poule de la race des Bourbonnaise. Dans mon élevage, nous sommes d’ailleurs toutes de la même race et je crois que ça vaut mieux. Nous sommes une vingtaine de consoeurs, toutes des poules blanches d’un plumage élégant, légèrement herminé de noir.

Très bonnes pondeuses, nous tournons autour de 200 œufs par an. Nous pondons toute l’année, un peu moins en hiver certes, quand les jours raccourcissent, mais toute l’année quand même. Une des plus jeunes, Pimprenelle a même atteint 234 l’an dernier. Il faut dire qu’elle est atteinte d’une légère surcharge pondérale : elle  avoisine les 3 kilos, poids plus que respectable pour une poule du Bourbonnais.

Nous sommes gouvernée par un coq de la même race nommé Alfred. Il n’est plus très jeune Alfred avec ses 13 ans. De temps en temps, il oublie de se réveiller à l’aube pour chanter, il faut que nous le secouions un peu. Le temps qu’il ouvre l’œil, nous faisons semblant de dormir pour qu’il croie qu’il s’est réveillé tout seul. Mais malgré tout, nous l’aimons bien notre Alfred.

Nous sommes très bien installées. Le poulailler est grand, clair et confortable. Un mètre carré pour trois poules au moins : Alfred est très vigilant sur le respect des normes européennes. La pièce est divisé en trois : les perchoirs, les nids, les mangeoires. Nous avons en plus une véritable crèche : c’est une espèce de grande caisse en bois où nos poussins sont élevés en tribu.

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