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Les courbes de Bertrand

25 mars, 2009

 Bertrand est assis devant son devoir de maths. Ce dimanche après-midi, il serait volontiers resté un peu plus longtemps chez Marc, ce qui aurait présenté l’intérêt de tester un peu plus longuement sa nouvelle console vidéo. Mais c’est l’année du bac, il n’est pas de tradition dans la famille de sortir de scolarité démuni de tout diplôme. Autrement dit, il faut travailler durement. Pourtant Bertrand a le sourire. Aujourd’hui, il s’agit de géométrie, et justement, il a toujours été fasciné par les objets géométriques.

En géométrie, il aime faire naître de son rapporteur, de son compas ou de son équerre toutes sortes de courbes particulières. Parfois il maîtrise facilement leur destin, parfois certaines malicieuses prennent leur propre autonomie en se cachant derrière une équation compliquée jusqu’à ce que Bertrand réussisse à percer leur mystère en résolvant d’une manière fulgurante un système algébrique à multiples variables et encore plus d’inconnues.

Cette curiosité l’obsède depuis la quatrième où elle a pris naissance dans l’étude de l’histoire des parallèles. Deux droites parallèles ne se rencontrent jamais. Enfin, c’est ce que Madame Bernichon avait soutenu en cours. Bertrand s’était demandé comment deux droites peuvent cheminer côte à côte sans jamais se tourner l’une vers l’autre, jusqu’à l’infini. C’est comme s’il marchait aux cotés de son copain Julien sans jamais lui parler. Inimaginable ! Dès le début de l’année scolaire, Bertrand avait mis en doute cette théorie. Dans un entretien avec Madame Bernichon, resté célèbre dans l’histoire du collège, il avait déclaré que personne n’étant allé voir ce qui se passait à l’infini, on n’était pas en droit scientifique d’affirmer que deux parallèles ne pouvaient se couper. Lui pensait, qu’à l’abri des regards, derrière une planète, les deux droites finissaient forcément par se rencontrer pour échanger leurs impressions sur le long parcours qu’elles venaient de réaliser côte à côte. Pour Bertrand, ce n’était pas possible autrement. Madame Bernichon avait émis des doutes dont elle avait fait part lors d’une réunion houleuse avec les parents de Bertrand, convoqués de toute urgence pour examiner les travaux scientifiques particulièrement innovants de leur rejeton.

    

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