Archive pour le 11 mars, 2009

Conjugaison

11 mars, 2009

Je bois mon café en me réveillant. Avec du lait. Ce n’est pas très digeste, mais j’aime ce mélange de saveurs. Ce sont celles de mon enfance. Je me délectais de la fine moustache que laissait la mousse onctueuse sur le bord des lèvres. Mais, parfois, le lait se figeait à la surface du liquide formant la fameuse « peau du lait ». Mon aversion pour cette matière visqueuse gâchait un peu mon plaisir. Lorsque le lait faisait sa « peau », je demandais à prendre du chocolat. Aujourd’hui, on a inventé le cappuccino. J’ai la sensation du café, la moustache de la mousse de lait et je peux saupoudrer le tout de chocolat : le plaisir total. L’inventeur du cappuccino devrait obtenir le Nobel ou le Lépine  du petit déjeuner.

Techniquement la difficulté est d’accompagner le breuvage agréablement. Pendant longtemps, j’ai mastiqué une tartine de pain au beurre. Les qualités gustatives du pain et du beurre sont, bien entendu, déterminantes pour la réussite de cette cérémonie. La difficulté principale réside dans l’application du beurre sur le pain. Je réussissais rarement une tartine lisse, onctueuse, entièrement couverte. La mie du pain des anciennes générations de boulangers était aussi savoureuse qu’indisciplinée, se délitant souvent en miettes sous l’action du couteau. De plus, les trous qui aéraient la tartine se montraient d’une grande fourberie. Il arrivait qu’on puisse les boucher d’une couche de beurre, mais que cet ouvrage d’art cède au moment du passage de la couche de confiture.

Lorsque j’estimais, d’un regard encore trouble de sommeil, que la tartine présentait un aspect consommable, je m’abstenais comme certains amateurs de la tremper. L’immersion de tartine dans le café au lait laisse des débris peu appétissants en surface du bol. De plus, le bruit de succion que le buveur est obligé d’émettre lorsque, courbé sur son bol pour ne pas être taché par le liquide, il porte sa tartine dégoulinante à la bouche, me répugnait particulièrement.

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